a glissé dans ma boîte aux lettre un de ces bulletins dont usent les collectivités locales pour asseoir leur « communication »… Les guillemets s’imposent ici, tant le souci d’informer devient un rituel, une nécessité majeure, une finalité en soi. Faire de la com’ fait peut-être rêver des gens ambitieux mais consacre surtout la vacuité de notre époque. On communique à gogo mais on n’a pas grand-chose à se dire. En France, des « querelles d’Allemand » fleurissent à chaque coin de rue, alors que menace au Moyen-Orient, en ou au Sahel.

En l’espèce, ce bulletin de quarante pages, sur papier recyclé, n’apprend rien et déçoit beaucoup ! Autour d’un dossier central sur le logement, dossier truffé d’un jargon prétentieux et abscons, on y trouve quelques articles propres à sublimer notre réflexion : « Bien vivre dans l’agglomération », « La rue n’est pas la jungle », « Extinction de l’éclairage public », « Non aux erreurs de tri ». Pas de quoi rêver, en somme ! Le rappel de ces gestes de bon sens ou l’autosatisfaction à peine dissimulée de nos édiles ne feront jamais, à eux seuls, un bon journal.

Si l’ennui vient de la monotonie, le malaise, ici, naît de l’impression qu’une telle publication pourrait se dupliquer n’importe où et n’importe quand. Ce journal d’un « territoire » (mot sûrement plus élégant que terroir, contrée, province, pays) est, en réalité, un journal de nulle part ; un journal hors-sol, un journal sans chair et sans âme, dont les articles sont interchangeables, les thèmes anodins et/ou universels, les préoccupations dans l’air du temps, c’est à dire balançant entre l’éphémère et l’inconsistant. Partout, de Dunkerque à Argelès-sur-Mer, le même vocabulaire convenu, le même discours technocratique, pour des lieux de plus en plus semblables.

Passerait encore si ce bulletin n’était qu’unique ou à très faible fréquence. Mais avec le mille-feuille administratif, on a droit aux envois périodiques de chacune des collectivités territoriales. Commune, département, région, chacun y va de sa partition, dans une cacophonie assez pittoresque puisque chacun essaie de se démarquer. Sur ce plan, la est abondamment servie, car il n’est pas sûr qu’autant de papiers submergent Paris, cette métropole qui cumule, précisons-le, le statut de commune, de communauté de ville et de département !

Alors, un conseil à tous ces dames de la com’ : si vous voulez vraiment servir l’environnement, cessez de nous inonder de papier ; supprimez carrément tous ces bulletins qui ne servent qu’à flatter l’ego de leur rédacteur et agacent de plus en plus ceux qui les paient : le contribuable.

L’excès de cette information standardisée tue, à terme, les débats démocratiques. Que peuvent nous dire, sous leur préaux, les candidats aux fonctions quand leurs projets ou leur réalisations auront été dilués, à la petite semaine, dans des feuilles de chou aussi insipides qu’ennuyeuses ?

Mais si la sauvegarde de quelques emplois municipaux vous oblige à maintenir ces publications, faites-en l’instrument de ce lien social, si souvent évoqué, faites-en le « cahier de bord » d’une communauté vivante, située et incarnée.

7 janvier 2020

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