[REPORTAGE] À Ivry, le conseil municipal vire au procès politique contre l’élu RN

Manifestation, réquisitoire de la CGT, vote d'un blâme : un véritable procès de Moscou.
Prise de parole du syndicat CGT en préambule du conseil municipal. Capture d'écran conseil municipal sur Youtube.
Prise de parole du syndicat CGT en préambule du conseil municipal. Capture d'écran conseil municipal sur Youtube.

Le verdict semblait presque écrit d'avance. Jeudi soir, à Ivry-sur-Seine, le conseil municipal n'a pas seulement sanctionné l'élu Rassemblement national Kévin Nader. Il a d'abord semblé construire son procès. Manifestation organisée devant l'hôtel de ville, intervention politique de la CGT dans l'hémicycle, félicitations du maire, puis vote d'un blâme : la soirée s'est déroulée selon une mécanique communiste bien huilée, quelques semaines après le précédent conseil municipal au cours duquel Kévin Nader avait brandi un crucifix et récité un Je vous salue Marie pour dénoncer ce qu'il considère comme le deux poids deux mesures de la majorité municipale sur le port des signes religieux, en réponse à la prise de parole d'une élue voilée.

Une mobilisation avant même l'ouverture du conseil

Avant que les élus ne prennent place, le ton était déjà donné. À l'appel de la CGT, de La France insoumise et de plusieurs organisations d'extrême gauche, près de 200 personnes se sont rassemblées devant l'hôtel de ville afin de dénoncer l'élu RN. Une mobilisation d'autant plus singulière que l'appel à manifester avait été relayé sur le site officiel de la mairie. Le sénateur communiste Pascal Savoldelli est même venu prendre la parole devant les manifestants.

Présent sur place, Boulevard Voltaire a lui-même fait les frais de cette ambiance électrique. Plusieurs militants ont tenté d'empêcher notre équipe de filmer la manifestation et d'exercer librement son travail de journaliste. Lorsque Kévin Nader est arrivé devant l'hôtel de ville, il a traversé la foule sous les huées. « Raciste ! », « Fasciste ! », ont scandé plusieurs manifestants, transformant son entrée au conseil municipal en véritable marche sous les quolibets.

Le réquisitoire avant le verdict

Une fois les portes de la salle refermées, la tension ne s'est pas apaisée. Bien au contraire. Avant même que la première délibération ne soit examinée, le maire communiste Philippe Bouyssou a accordé près de vingt minutes de parole à deux représentants de la CGT en dehors de tout cadre légal. Une intervention qui a rapidement dépassé le cadre syndical pour se transformer en réquisitoire politique contre le Rassemblement national et son élu ivryen.

Les représentants syndicaux ont notamment affirmé que le RN était « toujours ce courant politique fasciste » et l'ont qualifié d'« ennemi de classe que nous sommes fiers de combattre ». Tout au long de cette intervention, Kévin Nader est resté assis face à ses détracteurs, avant que le maire ne salue publiquement aussi bien ce discours que la manifestation organisée quelques minutes plus tôt devant la mairie.

Ce n'est qu'après cette longue séquence que le conseil municipal a examiné la délibération prévoyant un blâme contre le conseiller municipal RN pour les faits survenus lors de la précédente séance. Interrogée par courriel, la mairie d’Ivry n’a pas répondu aux sollicitations de BV au moment de la publication de l’article.

« Le maire a assumé que c'était une procédure politique »

Pour Kévin Nader, difficile de dissocier la sanction de la mise en scène qui l'a précédée. « Le conseil s'est ouvert par un procès politique », affirme-t-il à Boulevard Voltaire. Selon lui, la procédure engagée contre sa personne relève davantage du règlement politique que du droit. « J'ai dit que cette procédure était dépourvue de base légale. Je lui ai demandé s'il assumait. Il a répondu : "Oui, j'assume que c'est une procédure politique". »

L'élu RN dénonce également le déroulement de la séance. Alors qu'il avait été expulsé du précédent conseil au nom de la police de l'assemblée, il estime que les règles n'ont cette fois pas été appliquées avec la même rigueur. « La police de l'assemblée a été totalement bafouée », assure-t-il, expliquant avoir été hué et interrompu par des militants présents dans le public à chaque prise de parole. Le blâme a finalement été adopté par la majorité municipale.

Une fracture appelée à durer

Cette séquence ne devrait pas refermer les plaies ouvertes depuis le précédent conseil municipal. Bien au contraire. « Je ne peux pas me taire face à l'injustice. Donc, oui, ça va être ainsi pendant la durée du mandat », prévient Kévin Nader, déterminé à poursuivre une opposition frontale à la majorité communiste.

Au-delà du cas personnel de l'élu RN, cette soirée interroge surtout sur la place du débat démocratique dans une enceinte municipale. Entre une manifestation soutenue par la majorité avant la séance, un réquisitoire syndical contre un élu d'opposition dans l'hémicycle et le vote d'un blâme dans la foulée, le conseil municipal d'Ivry-sur-Seine aura davantage ressemblé à une mise en accusation publique qu'à un simple débat entre élus.

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire

Vos commentaires

99 commentaires

  1. Toute la gauche avec tout le gouvernement et ses alliés et lèches bottes, vire-vire, tournes veste, … Ne souhaitent que la guerre civile pour pleurnicher qu’ils sont des victimes.
    Mais il faut reconnaître que ce sont, plus que tout, des pourris !!!

  2. A voir le comportement indnamissible de cette gauche d’opposition . Je crais que si Le RN arrive au pouvoir en 2027…on va tout droit vers une confrontation……une petite guerre civile.. Car il y a trop de haine dans ce pays…….

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