[ÉDITO] Euthanasie : « Elle fera comme la loi lui dira de faire… » C’est clair, non ?

Brutalité des mots qui révèlent peut-être la brutalité du projet derrière les belles paroles humanistes prononcées ici et là.
Capture d'écran Clermont1ere
Capture d'écran Clermont1ere

Mis à jour le 1er juillet à 8H30.

« Elle fera comme la loi lui dira de faire… » Qui ça, elle ? Mère Marie-Christine, supérieure de la maison de retraite des Petites Sœurs des Pauvres de Versailles, interrogée par Le Figaro, la veille du vote de la loi ouvrant le droit à l’aide à mourir - en clair l’euthanasie. Cette bonne sœur faisait part de ses inquiétudes concernant l’avenir de son EHPAD, une fois que cette loi entrera en application, puisque la clause de conscience s'applique aux professionnels de santé, pas aux établissements de santé. La République ne veut voir qu’une tête, celles qui dépassent, on les coupe. La tradition révolutionnaire est respectée.

 

Cela fait froid dans le dos

« Ça fait peur d’être obligé et forcé de… Oui, nous refuserons… », déclare, très calmement, la religieuse. « Mais vos états d’âme, ma Mère, ma Sœur ou Madame - appelez-vous comme vous voulez -, je m’en contrefiche, vous ferez comme la loi vous dira de faire. Point barre. » Nous traduisons en langage à peine moins brutal, la réaction sur X de Philippe Lohéac, délégué général de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), aux propos de la disciple de Jeanne Jugan. Une réaction exprimée la veille de ce mardi 30 juin où les députés ont voté par 295 voix pour, 232 voix contre et pour la troisième fois cette loi sur l’euthanasie. Brutalité des propos qui s’assoit sur les questions de conscience. Cela fait froid dans le dos. Et si elle ne fait pas comme la loi lui dit de faire, la bonne sœur, il se passera quoi ?

Mgr Rougé, évêque de Nanterre, dans un entretien au Figaro, ce week-end, évoquait même le risque que des établissements de soins chrétiens soient obligés de fermer et de quitter la France. Notre « système de santé » a sans doute besoin de ça ! Mais, que voulez-vous, il faudra bien qu’ils fassent comme la loi leur dira de faire et laisser leur conscience à l'entrée de l'établissement, s’ils veulent rester et conserver leur statut d'établissement de santé… Du reste, ce ne serait pas la première fois que des institutions religieuses, en l’occurrence catholiques, sont obligées de prendre le chemin de l’exil, sous le coup d’une République sectaire et intransigeante : expulsion des congrégations après la prise des décrets de 1880 puis après la loi de séparation des Églises et de l’État de 1901.

République intransigeante ?

N’exagérons-pas. La République, notamment à travers sa justice rendue théoriquement au nom du peuple français, sait, quand il faut – alors qu’il ne faudrait pas – faire preuve d’aménagements « raisonnables » avec la loi. On ne vous fait pas de dessin.

En tout cas, à force d’acharnement, non pas thérapeutique mais politique - mais aussi lobbyiste, ne nous mentons pas -, ils vont bien bien finir par y arriver, à faire passer cette loi qui dira clairement et précisément à Mère Marie-Christine ce qu’elle doit faire « puisque les Petites Soeurs des Pauvres sont aussi financées par nos impôts », comme l’a indiqué avec délicatesse et finesse le responsable de l’ADMD. Sans doute une allusion au fait que les dons aux Petites sœurs sont défiscalisables. Comme, du reste, ceux à l’ADMD, que cela plaise ou ne plaise pas aux contribuables que nous sommes… Brutalité des mots qui révèlent peut-être la brutalité du projet derrière les belles paroles humanistes prononcées ici et là.

Encore un petit tour au Sénat avant un ultime vote à l’Assemblée le 15 juillet. Yaël Braun-Pivet pourra alors partir en vacances parlementaires, le cœur léger, avec le sentiment du devoir accompli. Quant à Emmanuel Macron, il pourra inscrire à son palmarès une troisième loi sociétale à son bilan deux fois quinquennal, après l’ouverture de la PMA à toutes les femmes et la constitutionnalisation de l’avortement. Aucun de ses prédécesseurs en avait fait autant. Un bilan globalement positif, comme disait l'autre.

Donc, « elle fera comme la loi lui dira de faire… » Car il est vrai, dit-on, qu’il n’y a rien au-dessus des lois de la République. Rien, vraiment ?

Picture of Georges Michel
Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

126 commentaires

  1. A ceux qui s’emportent contre le RN, qu’ils remarquent tout de même que 103 députés ont voté contre, et qu’ils réfléchissent à qui ils pourront ensuite donner leur voix,
    avant de dire qu’ils ne voteront plus pour le RN.

  2. J’approuve ce qu’a déclaré cette Religieuse, elle respecte en fait la devise d’Hippocrate : « Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément. Je préserverai l’indépendance nécessaire à l’accomplissement de ma mission ». RESPECT !

Laisser un commentaire

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

À 14 ans, Hamza LaDouane ne respecte rien et personne !
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois