Perdre n’est jamais agréable, c’est pourquoi sans doute – en France, du moins – les perdants s’arrangent toujours pour expliquer qu’au fond, ils ont gagné. On connaît cela dans le sport. Ce fut longtemps, aussi, le discours général des soirées électorales : aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain, c’est mieux que si c’était pire, la déconfiture en bandoulière et le sourire aux lèvres…

Le dernier scrutin aura, en ce domaine du moins, marqué sa différence : hors les deux vainqueurs (le Rassemblement national et La République en marche), la déconfiture est telle qu’il est impossible, cette fois, de la travestir en victoire. Le Parti socialiste a carrément disparu des radars, noyé dans le gloubi-boulga des listes à participation multiple, et Les Républicains en morceaux continuent de s’éparpiller « façon puzzle ». Ceux-là, au moins, ont admis qu’ils raclaient le fond. En revanche, du côté de de M. Mélenchon, on refuse de rompre avec les vieilles méthodes : stalinien un jour, stalinien toujours !

C’est la jolie qui, pour l’heure, tient le rôle peu enviable de traître à la cause. Elle est sur un siège éjectable et Mélenchon, dans le rôle du presse-bouton, a sûrement le doigt qui le démange. Qu’a-t-elle donc fait, Clémentine ? Elle a osé critiquer « la ligne politique » adoptée par le parti – pardon, le mouvement – pour les européennes. Pire que cela, elle a commis un crime de lèse-majesté en pointant les effets désastreux du cirque clownesque auquel se livre le patron : « logique du clash, du bruit et de la fureur ».

Question de dosage. Le Mélenchon est du genre cabot : il en fait toujours trop. Entre « la République, c’est moi », les postillons à la face de la France et le « J’t’en colle une si tu m’touches », dès qu’on le titille un peu, les Français se sont éloignés de l’atrabilaire.

Dans une analyse plus politique et, ma foi, discutable, Clémentine Autain reproche à ses amis de n’avoir pas roulé suffisamment à gauche. Et comme ce parti est très ouvert à la discussion, « mis à part François Ruffin, tous les députés sont contre elle. Elle en prend plein la gueule. C’est la femme à abattre », dit l’un de ses proches au Figaro. Il paraît même que « de nombreux attachés parlementaires des élus LFI ont arrêté de la saluer ». Ça, c’est du dialogue constructif, coco ! Clémentine Autain serait donc virée demain sur un coup de pouce mélenchonnesque que ça n’étonnerait personne : « On a peur qu’elle connaisse le même sort qu’un Djordje Kuzmanovic ou un François Cocq, virés du mouvement par un simple tweet », s’inquiète l’entourage. Gardez-moi de mes amis…

Reste que l’analyse de Clémentine Autain reste discutable. Elle aurait dû pousser plus loin, mais il est vrai qu’elle ne saurait renier ses amours communistes. Ce qui est en cause, certes, avec les pétarades lassantes de Mélenchon, c’est beaucoup plus la dérive indigéniste de LFI que le pas assez à gauche.

En témoigne le tweet regretté, mais plus encore regrettable, de Manon Monmirel, suppléante et assistante parlementaire du député Éric Coquerel, au soir des élections :« Que la France et tous les Français aillent niquer leur mère ! Pays de fascistes. » (sic).

La dame a retiré son tweet, s’est excusée, mais le fond est là et, comme l’écrit Anne-Sophie Chazaud dans son analyse : « Le problème provient de ce que ce message révèle politiquement, de ce dont il est l’expression. La question se pose tout d’abord du niveau de langue employé, qui n’a rien à envier à la prose des paroles de chansons de Nick Conrad. L’appauvrissement du langage, mais aussi la connotation “racaille” qui le caractérise, en disent long sur le poids et la fascination exercés par cet imaginaire et ce registre sémantique sur tout un pan de la gauche. »

Faut-il le préciser ? On ne sache que quiconque se soit élevé pour réclamer des sanctions contre cette assistante parlementaire.

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