Economie - Editoriaux - International - 6 juin 2019

Huawei-Iran : Trump lance l’Amérique dans deux combats majeurs

Que devons-nous craindre le plus ? Une guerre économique USA-Chine ? Une guerre tout court contre l’Iran ?

L’affaire Huawei marque, sans aucun doute, un palier historique dans les démêlés sino-américains.

Donald Trump vient d’agresser doublement le géant des télécoms chinois. En aval, Huawei a l’interdiction de commercialiser des équipements 5G aux États-Unis ; en amont, il est défendu aux sociétés américaines de lui céder de la technologie « sensible ». Google doit restreindre l’accès de Huawei à Android. Pire : ARM est sommé d’arrêter de fournir Huawei. Or, ARM a le quasi-monopole de la conception des plans des microprocesseurs utilisés dans les smartphones. D’après les spécialistes, il faut des années pour concevoir de telles architectures. En clair, Huawei fait face à une menace mortelle.

Le président américain prouve à ses concitoyens que même sur ses produits phares, la Chine présente des faiblesses. Il sera fort du soutien massif des Américains – y compris ceux de la Silicon Valley -, conscients qu’il s’agit de la 5G, futur pivot du commerce numérique, de la communication, de la santé, des transports et de l’éducation !

Trump et Xi se rencontreront le 20 juin, en marge du G20. Échangeront-ils technologie américaine contre terres rares chinoises ? L’empire du Milieu répliquera-t-il dans une guerre commerciale ou par le boycott des sociétés américaines implantées sur ses terres ?

Non content de l’embargo récemment lancé contre l’Iran, Donald Trump vient de décider d’envoyer 1.500 soldats face aux Perses (ils sont déjà 50.000 dans le Golfe).

Suite à l’embargo, certains pensaient que des pays braveraient la décision du gouvernement américain. Ils ont méconnu la puissance financière des États-Unis. Tout le monde a cédé, en dépit de l’initiative bravache et illusoire de l’Union européenne.

Parce que, d’une part, l’importance économique de l’Iran dans les échanges planétaires est minime. Et que, d’autre part, en Europe, les gouvernements décident et les grandes sociétés disposent. Aucun consortium européen n’est prêt à risquer de se couper des relations commerciales avec les USA ni de s’exposer aux mesures de rétorsion annoncées.

Si l’on ajoute que la vente de brut et de gaz naturel est réduite à 10 % de son potentiel, on mesure la violence du traumatisme financier subi par les Perses.

Privés d’argent, les mollahs ne peuvent ni financer la recherche nucléaire (même si personne ne les croit proches d’un résultat tangible), ni soutenir les engagements militaires extérieurs. Des centaines de combattants ont dû être démobilisés, d’autres moins rémunérés. Les médias de la milice, telle la chaîne de télévision Al-Manar, licencient. Ils ne peuvent, non plus, se prémunir d’une éventuelle révolte d’un peuple persan lassé des privations.

Pour sauver les apparences, l’Iran multipliera insultes et menaces, mais ses capacités, déjà réduites, s’amenuisent à la vitesse de leur stock d’armes et de leur réserve monétaire.

La « République » islamique n’a pas les moyens de mener un combat. Rappelons que jamais elle n’a réussi à envoyer le moindre missile sur Israël. Elle peut, au maximum, lancer des terroristes-suicides contre des pétroliers ; envoyer quelques missiles balistiques sur des villes saoudiennes.

Alors, pourquoi s’inquiéter ?

Eh bien, le risque principal ne viendra ni de la Chine ni de l’Iran, mais des États-Unis eux-mêmes.

Pour la Chine, Trump ne se bornera-t-il qu’à montrer ses muscles ? Ou est-il prêt à la confrontation, dût-il en coûter une récession mondiale même temporaire ?

Quant à l’Iran, le lobby militaro-industriel américain, qui n’a plus de conflit majeur à se mettre sous la dent, est-il intervenu ? Les 1.500 soldats supplémentaires envoyés sont-ils là pour prévenir une guerre (selon l’adage si vis pacem para bellum) ou pour la préparer ?

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Comment en sont-elles arrivées là ? Quel est le risque ? …