[CINEMA] Le Tableau volé, les rouages du marché de l’art dévoilés

Le tableau volé

Commissaire-priseur dans la maison de vente Scottie’s, André Masson connaît son métier sur le bout des doigts. Sûr de lui, hautain, cassant, il est tantôt craint, tantôt haï par ses associés – sa jeune stagiaire, notamment, a bien du mal à supporter sa tendance à ergoter à la moindre occasion.

Un jour, André Masson reçoit une lettre l’informant de la découverte, chez un ouvrier de Mulhouse, d’un tableau disparu d’Egon Schiele. Une œuvre spoliée par les nazis en 1939, dont la valeur pourrait bien dépasser les douze millions d’euros. Avec son ex-épouse Bertina et sa stagiaire, André va devoir surmonter de sérieuses difficultés pour pouvoir mener à bien cette vente.

Inspiré d’une histoire vraie survenue au début des années 2000, Le Tableau volé est une comédie dramatique au charme discret sur le marché de l’art et les dessous de la vente aux enchères. De la découverte d’un tableau disparu jusqu’à son acquisition finale par une grande fortune, le film de Pascal Bonitzer fait un tour d’horizon du métier de commissaire-priseur et nous raconte avec subtilité les manipulations auxquelles s’exposent ces spécialistes de la part de ceux qui cherchent à casser le prix de vente d’une œuvre.

Les enchères, un loisir de riche

Tourné en partie à l’hôtel Drouot, lieu incontournable du marché de l’art français, le film joue à loisir du contraste entre cette sociologie de gens huppés qui ont les moyens financiers de se passionner pour les enchères et ces ouvriers modestes qui, par le plus grand des hasards, ont mis la main sur un tableau de grande valeur. Le réalisateur, au passage, fait mine de vouloir dénoncer le mépris dont ces derniers font l’objet de la part des spécialistes, mais lui-même ne se départ jamais tout à fait d’un certain paternalisme à leur égard. Lequel transparaît ostensiblement sur la fin du récit, lorsqu’il filme le visage émerveillé de ce jeune ouvrier assistant à la montée des enchères et s’apprêtant, en définitive, à devenir millionnaire. Pascal Bonitzer, de toute évidence, n’est pas du même monde et appartient bel et bien à une autre classe sociale. C’est là toute la limite de l’entreprise, son film s’adresse à une catégorie sociale bien précise. Il ne parlera sans doute pas au grand public.

Néanmoins, Le Tableau volé possède un cachet particulier. Le récit est porté par un casting des plus réussis – Alex Lutz et Louise Chevillotte forment un tandem détonnant – bénéficiant de dialogues ciselés à l’humour diffus, souvent pince-sans-rire.

Quelques sous-intrigues, il est vrai, encombrent inutilement le récit (notamment la relation complexe et hors sujet entre la stagiaire et son père), mais l’ensemble fonctionne.

3 étoiles sur 5

Pierre Marcellesi
Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

3 commentaires

  1. Je me suis toujours demandé pourquoi Fabius avait créé la taxe foncière pour les propriétaires terriens et immobiliers et pas une taxe artistique sur ces oeuvres d’art qui sont un vrai refuge au blanchiment d’argent…….. peut-être parce que sa famille y avait fait fortune et qu’il ne voulait pas » se tirer une balle dans le pied » comme disait LeLuron.

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