Editoriaux - 9 octobre 2019

Audition de Castaner : les signaux faibles de l’hydre

Toute catastrophe, tout scandale – et l’attaque de la préfecture de police et les « failles » qu’elle révèle cochent évidemment les deux cases – est toujours porteuse de vérités implacables, de choses que l’on n’aurait pas imaginées, ou osé imaginer ni dire et qui, le drame ayant eu lieu, doivent être appréhendées dans toutes leurs conséquences.

Donc, hier, lors de l’audition du ministre de l’Intérieur devant les parlementaires, plusieurs questions, taboues jusque-là, ont été posées et, avec l’histoire de M. Harpon, les réponses sont malheureusement évidentes. Et contredisent toute l’idéologie de la non-stigmatisation, du pas d’amalgame nées en 2015, et qui ont malheureusement conduit à ce que M. Harpon puisse faire ce qu’il a fait sans jamais être inquiété depuis 2015, malgré tous les « signaux faibles », comme l’on dit à présent, qui s’allumaient les uns après les autres.

Christophe Castaner a reconnu qu’une des failles remontait à 2014, quand aucune enquête approfondie n’avait été décidée après le mariage de M. Harpon avec une épouse musulmane. Oui, épouser une musulmane ou un musulman, ce n’est pas anodin, quand on travaille dans la police ou dans un service public, aujourd’hui en France. Signal faible.

Autre signal faible : la conversion à l’islam. « Il est notoire que l’auteur s’était converti à l’islam il y a une dizaine d’années », a déclaré Chritophe Castaner, ajoutant immédiatement : « Mais je tiens à le rappeler : être musulman, ce n’est pas être terroriste. » Certes, mais se convertir à l’islam, aujourd’hui, en France, ce n’est pas anodin, quand on travaille dans la police ou un service public sensible. Signal faible.

Il y a donc tous ces signaux faibles, que notre État, auto-paralysé par l’idéologie de la non-discrimination et du pas d’amalgame, n’a pas voulu voir et – pire – impose à tous de ne pas voir et, surtout, de ne pas dire. On pourrait ajouter la fréquentation de telle ou telle mosquée. D’où, d’après les témoignages qui remontent à présent, toute cette autocensure de policiers qui avouent ne pas signaler par peur des conséquences sur leur carrière. Dans « signal faible », on ne retenait que « faible » mais pas « signal », et on y répondait avec une grande faiblesse. Et, comble de l’absurde tragique, si vous dénonciez un signal faible, cela pouvait avoir une conséquence dramatiquement forte pour vous et votre carrière. Le monde à l’envers, le syndrome Zemmour, comme on pourra dorénavant l’appeler, comme une sous-catégorie du syndrome de Stockholm.

Le président de la République dit vouloir s’attaquer à l’hydre islamiste ? Si les mots ont un sens, et en particulier son hydre, s’il veut que les Français lui accordent encore un peu de crédibilité, il doit faire en sorte que tous ces signaux faibles soient désormais réellement pris au sérieux, et dans toute la société française, et balayer toutes les faiblesses, les culpabilisations, les censures. Cela doit avoir des conséquences immédiates dans la gestion de l’islam en France, dans la politique de censure des journalistes et des réseaux sociaux, dans la politique migratoire, dans le contrôle ferme de tous les soutiens – même faibles – à l’islamisme.

Car la vérité, la morale de cette tragédie,c’est que ces signaux sont loin d’être faibles et que, surtout, il n’y a en face d’eux que des maillons faibles. Christophe Castaner est actuellement le plus visible, le gros maillon faible. Maillon faible, il l’a été dans sa gestion de toutes ces questions de sécurité et de terrorisme. Mais il l’est aussi dans sa gestion de l’islam avec, par exemple, l’inauguration, le mois dernier, d’un centre de culture islamique à Lyon, avec des personnalités douteuses, comme Boulevard Voltaire le dénonçait ici avant que le recteur de la mosquée de Paris lui-même le lui reproche hier dans des termes très vifs. Et que dire de cette manifestation de soutien au terroriste, que Christophe Castaner a mis plus de vingt-quatre heures à interdire, sous la pression ?

Si Emmanuel Macron souhaite vraiment changer de doctrine face à l’islamisme, cela passe d’abord par une décision symbolique : le départ de Christophe Castaner. Plus cette décision tardera, plus sa crédibilité en pâtira. Et le prochain maillon faible, ce sera le président de la République lui-même…

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