Editoriaux - Entretiens - Videos - 3 octobre 2019

Noam Anouar, après l’attaque à la préfecture de police : « Dans les brigades et les commissariats, nous ne sommes à l’abri nulle part »

Un agent administratif de la préfecture de police de Paris, récemment converti à l’islam, a tué quatre collègues policiers dans une attaque au couteau à l’intérieur de la préfecture, sur l’île de la Cité, jeudi 3 octobre à 13 heures.

Au micro de Boulevard Voltaire, Noam Anouar, ancien policier qui a passé dix ans aux Renseignements généraux (RG), dans le 93, aujourd’hui écrivain et spécialiste de la radicalisation islamique, réagit à cette attaque sans précédent, en attendant les premiers éléments de l’enquête, et revient sur le malaise au sein de la profession.

Vous avez passé dix ans à la DRPP où vous étiez spécialisé sur la Seine-Saint-Denis et sur les mouvements djihadistes d’islamisme radical.
On imagine que vous êtes sous le choc en apprenant l’attaque à la préfecture de police de Paris.

Bien entendu, d’autant que je n’ai pas encore l’identité des victimes. Je m’attends à trouver dans le listing des personnes avec qui j’aurais pu travailler. Quoi qu’il en soit, la première réaction à avoir est de présenter des condoléances les plus sincères aux familles des victimes. Elles sont les premières concernées. Ensuite, à tous les collègues de la DRPP qui doivent être sous le choc et en particulier à ceux qui ont assisté à la scène.


L’assaillant était converti à l’islam depuis deux ans. Il avait été convoqué par sa chef pour s’expliquer sur le fait qu’il ne saluait plus ses collègues femmes.
Est-il temps de pointer ces problèmes-là du doigt ?

Avant de confirmer le caractère terroriste de l’affaire, il va falloir attendre la saisine officielle du parquet antiterroriste par les autorités. Si je ne m’abuse, ce n’est pas encore le cas à l’heure qu’il est. Une perquisition est en cours sur la ville de Gonesse dans le Val-d’Oise. Au regard des éléments qui seront déterminés et trouvés au cours de cette perquisition, on déterminera le caractère idéologique de l’attaque.
Deux thèses sont avancées à l’heure actuelle. Premièrement, la thèse d’un règlement de compte personnel. Il semblerait que l’ex-compagne du fonctionnaire figure parmi la liste des victimes. Deuxièmement, la possibilité d’une thèse terroriste qui serait liée à la radicalisation religieuse de l’assaillant.
Cela ne sert à rien de commenter outre mesure des actes tant qu’on n’a pas de thèse officielle. Il faut savoir que depuis quelque temps, la DRPP n’était pas un lieu de sérénité. C’était un lieu de turnover important avec une politique des ressources humaines largement contestée.
Un certain nombre de fonctionnaires, notamment d’origine maghrébine, avait été déshabilité.
Le MRAP avait saisi Michèle Alliot-Marie en ce sens en 2008. Un certain nombre de saisines et de plaintes avaient été diligentées par la suite et cela n’avait jamais donné de résultat.
Au regard des ressources humaines de la DRPP, le simple fait d’être d’origine maghrébine ou africaine suffisait à déterminer une radicalité. Ce n’était pas nécessairement le cas.
Le fonctionnaire en question était d’origine ou de type européen. Il semblerait que ceci ait suffi à la DRPP pour lui retrancher toute possibilité de radicalisation. Ce qui naturellement serait inadmissible s’il y avait eu une négligence quelconque.

Vous avez passé dix ans à surveiller ces mouvements radicaux. Le principe de l’ennemi de l’intérieur fait partie des choses qui étaient redoutées ?

Si cette hypothèse venait à se confirmer, il faudrait se dire que c’était un personnel administratif, donc non armé. On peut imaginer le bilan s’il s’agissait d’un fonctionnaire de police armé. Là, ce n’est pas le cas. Il n’y a pas matière à s’en réjouir puisque naturellement il y a eu quatre victimes décédées et peut-être d’autres blessées.
Je n’ai pas d’autres choix que de rappeler les consignes de prudence à nos collègues qui nous écoutent. Ils ne sont plus en sécurité, y compris dans les locaux de police. Il faut donc rester armé et faire preuve d’une prudence continue et permanente. Il ne faut pas négliger les formations au tir et les formations aux gestes techniques préventifs d’intervention. La condition physique permet de se défendre face à un assaillant déterminé.


Hier s’est déroulée la grande manifestation inter-syndicale des policiers. Tous les syndicats à part Vigi étaient présents.
Cette attaque intervient dans un contexte terrible puisque les policiers affrontent une vague de suicides jamais vue.
Dans quel état trouvez-vous vos anciens collègues ?

C’était une des grandes craintes. On a plusieurs types de radicalité dans la société française. Il y a la radicalité islamiste, la radicalité d’extrême droite et la radicalité dite « d’extrême gauche » de la mouvance contestataire. On craignait justement l’hypothèse d’un suicide offensif, c’est-à-dire d’une personne qui déciderait de se donner la mort par l’intermédiaire des forces de l’ordre en perpétrant un acte terroriste.
Nous n’avons pas la thèse ou la confirmation de l’acte terroriste concernant les événements de cet après-midi. Il va falloir attendre une éventuelle revendication de l’étranger ou de l’extérieur pour pouvoir confirmer cette thèse. Les conditions de travail des policiers sont extrêmement difficiles en ce moment. Il va falloir se méfier à l’intérieur des locaux de police, au sein même des brigades et dans les commissariats. Nous ne sommes à l’abri nulle part. Nous demandons une véritable politique de prévention et de prise en compte de la souffrance des policiers. Ce sera après le deuil puisque l’heure n’est pas à la polémique, mais au recueillement.

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