Editoriaux - Polémiques - Politique - 26 juillet 2018

Alexandre Benalla s’explique. Et il dénonce

Alexandre Benalla n’est visiblement pas rancunier, puisque plus d’une semaine après la révélation des faits le concernant par le journal Le Monde, c’est à ce quotidien qu’il a réservé sa première intervention médiatique. Dans cette interview fleuve, l’ancien collaborateur de Macron à l’Élysée donne sa version des faits. Et elle n’est pas dénuée d’intérêt.

Sur les faits eux-mêmes, Benalla assume. Il prétend avoir agi dans le feu de l’action et, pour venir en aide à des forces de l’ordre qui, selon lui, étaient dépassées par les événements. Nous aurions voulu croire à cette version, si les images disponibles n’avaient pas révélé une situation, certes difficile place de la Contrescarpe le 1er mai, mais ne semblant, en aucun cas, échapper aux CRS présents sur les lieux. Mais les informations révélées par Alexandre Benalla sont ailleurs. Elles attestent, tout d’abord, de l’existence d’un mode de fonctionnement élyséen très surprenant. Et, ensuite, du caractère d’un individu qui, malgré ses contours nébuleux, a pu accéder au plus près du président de la République.

Sur le fonctionnement du palais de l’Élysée, Benalla évoque « un phénomène de cour ». Et là, on peut ne peut qu’accréditer cette affirmation. Macron est un monarque, chaque jour qui passe en atteste. Il est entouré de hauts fonctionnaires qui n’ont qu’un seul objectif : se faire remarquer pour, à l’occasion, en tirer un avantage de carrière. Benalla a, lui même, su être à la manœuvre et obtenir de très nombreuses largesses (salaire confortable, logement de fonction, véhicule équipé police, etc.). Ce faisant, il s’est fait un nombre considérable d’ennemis. Et, parmi ceux-ci, les policiers du GSPR, que son attitude arrogante et despotique n’a certainement pas manqué d’irriter au fil du temps. Il est, ainsi qu’il le dit, devenu « le maillon faible » de la présidence. Maillon à travers lequel il devenait facile d’atteindre un Président, lui-même aveuglé, tel Narcisse, par sa propre image.

Si des manœuvres politiciennes ont, sans doute, été à l’origine de « l’affaire Benalla », celui-ci n’en révèle pas moins des dysfonctionnements importants au cœur de nos institutions. Benalla aurait donc été en contact avec Macron à l’occasion de la campagne pour les présidentielles. Il aurait pris les fonctions de directeur de la sûreté et de la sécurité du mouvement En Marche ! Interrogé sur ses qualifications pour occuper un tel poste, Benalla se prévaut de compétences acquises « sur le terrain » au sein du service d’ordre du Parti socialiste entre 2009 et 2012. Cela est simplement impossible. Pour aussi doué que l’on soit, on ne passe pas de fonction d’agent de sécurité à celle de directeur de la sécurité d’un mouvement politique en quelques mois. C’est forcément par l’entremise d’un réseau, ou d’une structure professionnelle compétente, que l’on accède à de telles responsabilités. Et de cela, comme par hasard, Benalla ne dit rien.

De la même façon, ses explications pour justifier de son port d’armes sont visiblement un peu courtes. D’abord, en ce qui concerne les modalités de son obtention, pour lesquelles il est évident que le poids de l’Élysée fut déterminant. Dans notre République, on ne refuse rien au « Château ». Sur ses compétences, ensuite, pour détenir un pistolet automatique à forte capacité de tir. Ce ne sont pas son inscription à un club de tir et les quelques tirs peut-être effectués comme gendarme réserviste qui pouvaient justifier cette autorisation. Elle est donc bien révélatrice d’un passe-droit évident. Mais les éléments les plus flous révélés par Benalla concernent ceux du 1er mai. Il renvoie la responsabilité de sa présence sur les lieux des manifestations, et donc de ses errements, à la préfecture de police, allant même jusqu’à considérer que le dispositif chargé de le prendre en compte était insuffisant. Là encore, qui peut imaginer un haut fonctionnaire refusant une telle demande venant de l’Élysée ?

En conclusion, les confidences de Benalla confirment bien l’existence, à l’Élysée, de réseaux qui s’affranchissent de la plupart des règles qui régissent le fonctionnement de nos administrations. Et Benalla, dont on se demande toujours à qui il pouvait s’adresser avec son talkie-walkie lors des affrontements avec les manifestants, renseignait vraisemblablement, en direct, ses supérieurs hiérarchiques élyséens. Mais ça, personne ne le reconnaîtra.

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