Audio - Editoriaux - Entretiens - Société - 7 octobre 2019

Albéric Dumont : « C’est une première manifestation d’avertissement au gouvernement »

Dimanche 6 octobre, à Paris, a eu lieu la première manifestation contre la PMA sous la bannière d’« Allons enfants », collectif rassemblant 22 associations. Quel est le bilan de cette première mobilisation ? Réponse d’Albéric Dumont, qui revient sur la polémique autour du nombre de manifestants.


Hier, la première mobilisation de Marchons Enfants a eu lieu. Quel premier bilan retirez-vous de cette mobilisation ?

Elle a été un véritable succès en termes de mobilisation. Beaucoup d’observateurs et de gens présents ont été surpris par la foule immense extrêmement dense présente hier aux abords du Sénat et de la tour Montparnasse. C’est encourageant. C’était le coup d’envoi de la campagne de Marchons Enfants contre la PMA sans père et la GPA. C’est une première manifestation d’avertissement à destination du gouvernement.


Vous annoncez 600 000 participants. L’agence indépendante baptisée Occurence a parlé de 79 000 marcheurs.
Contestez-vous ces chiffres ?

Nous contestons à la fois les chiffres de la préfecture de police et du cabinet Occurence.
Après avoir annoncé ne pas avoir été en mesure de comptabiliser les manifestants suite à l’ouverture d’un itinéraire de délestage en urgence pour fluidifier le flux face à la saturation de l’axe, la préfecture de police a finalement annoncé le chiffre 15 min plus tard. Ce chiffre est totalement fantaisiste puisqu’il ne prend en compte qu’une seule partie d’un seul des parcours. C’est la raison pour laquelle, les équipes techniques de la Manif pour tous ont demandé dès hier au préfet de police de communiquer les images prises par les services de renseignement pour pouvoir démonter ce chiffre absolument ridicule.
Concernant le cabinet Occurence, nous sommes également très surpris. Cette technique de comptage demande des moyens technologiques assez précis en termes de caméras et d’angles de vue. Nous sommes surpris qu’ils aient réussi en catastrophe à mettre en place un dispositif sur les itinéraires alternatifs. De plus, l’accointance que nous avons pu découvrir entre ce cabinet soi-disant indépendant et la République En Marche nous interroge sur la partialité du chiffre annoncé.

Vous avez annoncé cinq autres mobilisations jusqu’en juin 2020. Espérez-vous vraiment que le gouvernement reculera, même si cela n’avait pas été le cas à l’époque du mariage pour tous ?

Nous sommes au début d’un long processus. Nous sommes seulement au milieu de la première lecture à l’Assemblée nationale. Le texte doit d’abord aller au Sénat, revenir à l’Assemblée nationale, repartir au Sénat, aller au Conseil constitutionnel et s’il est voté, il devrait être promulgué, etc. C’est autant d’étapes qui vont être un parcours d’embûches.
L’issue de ce projet de loi est plus que jamais incertaine. Nous serons présents à chacune de ces étapes. C’est la raison pour laquelle nous avons demandé aux manifestants présents hier de réserver dans leurs agendas un certain nombre de dates dans le cas où nous serions obligés de les activer et de les confirmer. Si le gouvernement continue dans son attitude jusqu’au-boutiste, nous organiserons ces actions.


Espérez-vous que le gouvernement entende vos revendications ?

Notre objectif premier est que la PMA sans père soit retirée du projet de loi bioéthique. Cette PMA sans père n’a rien à faire dans un projet de loi bioéthique, c’est un projet de loi de société.
Aujourd’hui, une majorité de Français est opposée à ce texte. Selon un sondage IFOP, 83 % des Français considèrent que l’État doit garantir aux enfants nés de PMA le droit de connaître leur père et si possible d’être aimé par lui.
L’académie nationale de médecine rappelle que fabriquer et faire naître des enfants délibérément privés de père n’est pas sans risque pour son développement et son équilibre lorsqu’il grandira. Tous ces éléments nous montrent bien que s’il y a un consensus en France, il est contre la PMA sans père.
Ce texte est injuste et violent pour les enfants puisqu’il va créer une injustice entre ceux qui auront le droit de connaître leur père et ceux qui en seront privés pour toute leur vie. C’est la raison pour laquelle notre objectif premier est le retrait de la PMA sans père de ce projet de loi bioéthique.

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