Editoriaux - Politique - 7 octobre 2019

Droit et souple, en même temps…

On associe souvent Alain Juppé à une expression qui a fait beaucoup de mal dans et à la vie politique : droit dans ses bottes.

Il faudrait demeurer droit dans ses bottes parce que le contraire reviendrait à manquer de virilité démocratique et qu’il n’est pas concevable, en France, de pouvoir admirer une personnalité qui ne nous donne pas au moins l’impression d’un caractère trempé.

Pourtant, dans notre histoire présidentielle et notre vie gouvernementale, combien de fois a-t-on pu assister à des changements d’esprit et de pied, à des revirements en douceur après des tentatives de passage en force, à des fluctuations d’autant plus mal comprises qu’initialement nous avait été promis un homme de fer et que nous n’avons eu à faire qu’à une nature fragile, peu sûre d’elle-même !

La pire des postures est en effet de faire se suivre l’être prétendant être droit dans ses bottes – par exemple, trop longtemps, Emmanuel Macron avec les gilets jaunes – puis l’inverse : un Président découvrant les charmes de la concertation, de l’écoute et du dialogue au point que certains doutent même non pas de sa capacité à annoncer des réformes mais à les concrétiser. Les gilets jaunes n’ont jamais été mieux compris par lui que depuis qu’ils ne sont plus enkystés dans l’effervescence républicaine et les samedis violents. Au moins Emmanuel Macron nous a-t-il clairement avisé de ce tournant radical : il ne nous a pas pris en traître.

Le droit dans ses bottes a laissé ostensiblement la place au souple dans ses chaussures.

Le risque est qu’évidemment, pour récuser le droit dans ses bottes, le souple dans ses chaussures tourne à une forme d’atonie tranquille, comme le regretté Jacques Chirac nous en a fourni une illustration au cours de son quinquennat.

Peut-être le plus préjudiciable des comportements est-il de se glorifier d’être droit dans ses bottes, constant, exemplaire mais d’être en pratique, tout de suite ou au fil du temps, souple dans ses chaussures parce que l’image qu’on cherchait à donner de soi n’était pas la bonne, en tout cas pas l’essentielle. J’ai ainsi toujours considéré, par exemple, que Nicolas Sarkozy, sur le plan du tempérament, était un faux dur mais un vrai gentil malgré les apparences – sa bienveillance à l’égard de ses ministres femmes l’a démontré – tandis que François Hollande, lui, était un authentique dur et sec, ce qui n’a pas garanti une politique ferme et structurée.

Une autre dérive est aussi à craindre, très à l’honneur avec ce gouvernement, une sorte de droit dans ses bottes amoindri, au petit pied, par exemple comme le Premier ministre qui réaffirme toute sa confiance à Christophe Castaner et réagit aux crimes de la préfecture de police de Paris en se contentant d’une prise de conscience nous annonçant des évaluations (JDD). Donc rien de tangible. On va analyser, pas empêcher.

Quelle serait la personnalité politique idéale en France ? Une synthèse entre le droit et le souple, tout le temps, de sorte qu’avec ce capital on pourrait puiser, dans ce vivier, à volonté, du droit ou du souple selon les circonstances et l’humeur des Français. La République aime les Présidents forts s’ils sont capables d’empathie. Elle raffole des Présidents d’authentique proximité et de vraie urbanité s’ils n’oublient pas la grandeur.

Le droit et le souple en même temps.

N’est-ce pas, Monsieur le Président ?

Extrait de : Justice au Singulier

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