Dans les cours de récréation, on appelait ça un cafteur ; dans le demi-monde, une balance. Les pions, tout comme les flics, méprisent de longue date les délateurs, même si plus ou moins obligés de composer avec le moins flamboyant de la nature humaine. Jean- Aphatie participe de ces deux catégories, lorsque voulant « interdire d’antenne le délinquant Zemmour ». Ainsi, les médias sont devenus salles de classe dans lesquelles il convient d’éduquer ou de rééduquer ce peuple, ignorant par nature ; charge à la Justice de tamponner la procédure d’exclusion de vie scolaire et civique.

En effet, l’intellectuel que la galaxie entière nous envie s’indigne que les « médias puissent relayer la parole d’un homme condamné pour incitation à la haine religieuse ». Comme si condamnation ponctuelle valait damnation éternelle…

À ce compte, des faiseuses d’anges ont été condamnées par les mêmes tribunaux en des temps pas si lointains ; ce qui n’empêche pas certains médias de saluer leur prescience en matière de désobéissance citoyenne. On glorifie la figure de Galilée, lui aussi condamné en son époque, alors qu’il n’avait pas tout à fait tort non plus.

Idem pour les « migrants » : les Identitaires  sont poursuivis par la Justice parce que faisant respecter la loi républicaine, tandis que ceux qui ont violé cette même loi ne subissent, pour seule punition, que celle consistant à gravir les marches tendues de velours rouge au Festival de Cannes.

Bref, Antigone et Créon sont interchangeables selon les élégances humanistes du moment, à interpréter le dans le texte. Ça doit être de l’humour basque.

On notera que le même speakerin, en février dernier, saluait un , qui « enrichit le débat », tout en tenant, déjà, Éric Zemmour pour « dangereux ». En septembre 2018, il tenait le livre Destin français, de Zemmour Éric, pour une « merde » ; encore un dont la finesse de jugement nous fait regretter qu’il n’ait pas épousé la carrière de critique littéraire. Mieux : Jean-Michel Aphatie assurait que le polémiste en question était « devenu fou ».

Réflexe soviétique typique : devant les mille et une félicités apportées, cachet de La Poste faisant foi, par le monde de demain, il faut bien être « fou » pour faire la fine bouche et on ne voit effectivement rien d’autre que l’hôpital psychiatrique pour amener le contrevenant à de meilleurs sentiments.

Après, on est en droit d’estimer que Cyril Hanouna, qui doit sûrement penser que Le Banquet de Platon se résumait à ripailles et concours de nouilles dans les toges, « enrichit le débat ». Mais on peut aussi estimer qu’un Alain Finkielkraut peut, lui aussi, « enrichir » ce même « débat ». Interrogé, ce dimanche dernier, sur BFM TV, cet autre « fou » assurait n’être pas toujours d’accord avec Éric Zemmour, lui reprochant son pessimisme foncier et son essentialisation de l’, mais qu’il ne voyait pas en quoi il fallait l’interdire de parole.

Il est vrai, rappelle-t-il, que la démocratie est, par essence, fondée sur le débat ; lequel débat implique la confrontation d’opinions différentes, qu’on les partage ou non [C’est d’ailleurs la règle de ce site, NDLR]. Cette remarque est d’autant plus pertinente que notre censeur à béret, pour étayer sa démonstration, en appelle, sans forcément s’en rendre compte, aux arguments d’un Dieudonné, coupable selon lui, à l’instar d’un Zemmour, de « répandre la hain ». Ainsi, quand notre ravi de la crèche assure « qu’il y a deux poids deux mesures dans la française : un discours antisémite est sanctionné, un discours anti-arabe ne l’est pas », on imagine que monsieur M’Bala M’Bala a dû se resservir un troisième punch. Voire un quatrième, sachant que l’argumentaire des Indigènes de la et le viatique d’un à la Edwy Plenel ne prétendent finalement pas autre chose.

Bref, et ce, toujours à propos de cours de récréation, on peut estimer qu’au lieu de dénoncer ses petits camarades, Jean-Michel Aphatie serait mieux inspiré de ne pas se risquer dans celle des grands et trouver un emploi médiatique à sa mesure.

Il paraît qu’on embauche à tour de bras chez Gulli.

7 octobre 2019

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