Agriculture - Editoriaux - 24 février 2019

Agriculteurs : la mondialisation a généré de nouvelles citadelles

Épuisés physiquement, débordés administrativement et désespérés irrémédiablement, plus de 150 agriculteurs mettent fin à leurs jours chaque année. Quelles que soient les productions, ce fléau n’a d’équivalent dans aucune autre catégorie socioprofessionnelle. Les paysans meurent de plus en plus…

En réalité, la mondialisation a généré de nouvelles citadelles. Hors des métropoles, point de salut. Au nom de la société ouverte, le système économique rejette désormais la France des cantons et des sous-préfectures, la France des salles de traite et des marchés aux bestiaux. Elle n’en a plus besoin et peu lui importe que cette France meure à petit feu.

La nature même de l’activité agricole, dépendante des aléas climatiques et tributaire des contraintes agronomiques locales, en fait un métier à part. Par ailleurs, le législateur et le technocrate n’en finissent pas de modifier les textes au gré des tendances fiscales, commerciales et environnementales du moment. Aux cycles naturels lents et longs viennent brutalement s’imposer des règlements applicables immédiatement. L’Union européenne ne s’en prive pas et la France en rajoute. Or, on ne change pas des façons culturales en un clin d’œil, on ne se lance pas dans une nouvelle production en claquant des doigts. L’agriculture a besoin de visibilité sur le long terme et de temps pour s’adapter.

Quant aux revenus procurés par ce métier que nous avons choisi et que nous aimons, ils sont dérisoires, pour ne pas dire indécents. Qui travaillerait, en 2019, pour 350 € par mois, comme c’est le cas pour 40 % d’entre nous, d’après le dernier recensement de la Mutualité sociale agricole ? Ces chiffres sont à rapprocher des exigences horaires et des contraintes liées aux différentes productions, en particulier celles de l’élevage… en voie de raréfaction, et pour cause. Il ne nous est pas rare de travailler dix heures dans la journée, d’y passer une partie de la nuit, de ne prendre aucunes vacances, c’est notre liberté. Mais nous voudrions pouvoir en vivre !

C’est la raison pour laquelle le poids des charges – naturelles et artificielles – associé aux désillusions du quotidien explique aisément l’angoisse qui, tout d’un coup, altère le raisonnement et fait commettre les gestes que nous déplorons. C’est le grand échec de la PAC hier et de la « Macronie » aujourd’hui !

En dépit des incantations sur le “vivre ensemble” et sur l’ouverture, la France a basculé, en quelques décennies, dans une société inégalitaire et multiculturelle. Ce modèle provoque un chaos social et culturel considérable dans les classes populaires et le monde agricole. Ce nouvel ordre économique n’en finit plus de dresser des fractures sociales et territoriales. La partition officielle, républicaine et démocratique sonne de plus en plus faux. Le discours d’ouverture au monde et aux autres apparaît pour ce qu’il est : un écran de fumée visant à dissimuler l’émergence d’une société fracturée opposant ceux qui profitent de la mondialisation et ceux qui en sont les grands perdants… Les esprits faibles, les peu qualifiés, les non-diplômés n’y ont plus leur place. Au propre comme au figuré, notre modèle agricole est en train de mourir.

Désormais, des milliers d’agriculteurs et PME de l’agro-alimentaire travaillent d’arrache-pied au profit de cinq centrales d’achat. Le rapport de force est destructeur et les lendemains libre-échangistes n’augurent rien de bon. Ils ont détruit des pans entiers de notre industrie et de notre agriculture pour satisfaire une criminelle vision idéologique !

Notre communauté de destin doit prévaloir sur le grand marché mondial ! Le progrès, c’est le local avant le mondial, le citoyen plutôt que l’individu interchangeable, mais aussi la vision d’une France durable loin de l’éphémère et du court terme !

“La solution s’appelle “localisme” et “circuits courts”. L’avenir s’appelle “juste-échange” et non “libre-échange”… Le progrès s’appelle “protections” et surtout “nations” !”

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