Editoriaux - 23 juillet 2018

Affaire Benalla : jusqu’à quand Emmanuel Macron pourra-t-il se cacher ?

Sans doute l’ombre jupitérienne était-elle présente dans les locaux de la commission des lois, ce matin, lors de l’audition de Gérard Collomb. Comme il fallait s’y attendre, le ministre de l’Intérieur s’est montré tour à tour amnésique, approximatif ou prolixe en informations dépourvues de tout intérêt. Mais pouvait-il en être autrement. Non !

L’affaire à laquelle les Français sont confrontés aujourd’hui est gravissime. Si elle va jusqu’au bout, elle révélera l’existence d’un système policier élyséen parallèle qui est capable, du « fait du prince », de s’exonérer de toutes les règles propres au fonctionnement d’une démocratie.

Même si l’audition de Collomb n’a rien apporté sur le fond, elle a toutefois confirmé l’existence d’un certain nombre de faits qui, en eux-mêmes, ne peuvent que faire frémir. Tout d’abord, elle a révélé que le ministre de l’Intérieur n’est plus, aujourd’hui, dans notre pays, l’homme le mieux informé de France. Il est apparu clairement, au fil des questions des députés, que le locataire de la place Beauvau ne savait rien, ou que peu de chose, sur l’existence ou les activités de Benalla. Si, sur le premier point, il est possible de douter de la bonne foi du ministre, sur le second, les arguments développés par Collomb sont malheureusement parfaitement recevables. Il est, en effet, inconcevable que l’ancien maire de Lyon n’ait pas connu Benalla. D’abord, parce que l’intéressé a été omniprésent lors de la campagne présidentielle de Macron. Et l’on sait la part prise par Collomb lors de cette campagne. Ensuite, parce que Benalla est aujourd’hui de tous les déplacements présidentiels, et l’on imagine mal que le ministre en charge de la sécurité dans notre pays ne soit pas au fait de qui fait quoi aux côtés du président de la République. Enfin, parce que les fonctions importantes exercées par Benalla à l’Élysée amenaient immanquablement une coopération étroite entre l’Intérieur et les services élyséens concernés.

Sur le second point, il est évident que les affaires directement traitées par l’Élysée échappent au ministre de l’Intérieur. Non pas parce que ce dernier est incompétent – fonctionnellement ou administrativement – mais parce que l’exercice (trop) centralisé et autoritaire du pouvoir présidentiel a forcément conduit à des dérives dont celles illustrées par l’affaire Benalla n’est qu’une petite révélation.

Oui, il existe bien un service policier parallèle à l’Élysée. Il ne date certainement pas de l’ère Macron, mais on peut se demander pourquoi notre Président exemplaire a préféré utiliser ses services plutôt que de réformer cette dérive totalitaire. On peut également se demander pourquoi Macron s’apprêtait à réformer le dispositif de sécurité de l’Élysée en confiant, au moins pour partie, cette réforme à des individus comme Benalla plutôt que de modifier les modalités de fonctionnement, certainement imparfaites, du service en place (GSPR) qui, lui, néanmoins, travaille et agit dans les règles propres à notre démocratie.

Alors qu’il semblerait que Macron est plus préoccupé par la mise en sommeil de sa réforme institutionnelle, il paraît urgent de lui conseiller de se pencher sur les graves dysfonctionnements de ses propres services. Il est également urgent de mettre un terme aux luttes des chapelles internes que se livrent les hauts fonctionnaires (civils et militaires) de nos administrations et qui ont permis l’émergence de services ou de bureaux parallèles jusqu’au plus haut sommet de l’État. Si des têtes doivent tomber, c’est le moment. Mais ne nous contentons pas des lampistes.

À lire aussi

Attentat islamiste de la préfecture de police : était-ce vraiment imprévisible ?

Chaque fonctionnaire, policier ou militaire doit prendre désormais conscience que le dange…