Audio - Editoriaux - Entretiens - Polémiques - Politique - 23 juillet 2018

Julien Aubert : “Gérard Collomb fait penser aux 3 singes : ne rien voir, ne rien dire, ne rien entendre !”

Dans le cadre de l’affaire Benalla, le député de Vaucluse Julien Aubert revient sur la crise qui touche le plus haut sommet de l’État, et qui s’amplifie avec l’audition du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb à l’Assemblée nationale.

Que faut-il penser de l’affaire Benalla selon vous ?

Vous parlez d’une affaire, mais en réalité il y a plusieurs affaires dans l’affaire.
Il y a tout d’abord une proximité étrange du président avec un conseiller qui n’aurait pas dû avoir de prérogatives particulières. Au lieu d’être sanctionné, il se retrouve promu.
La deuxième affaire tient à la multiplication de passe-droits distribués au coeur de la chaîne de sécurité de l’État, avec soit des infractions commises par des policiers et des usurpations de fonctions, soit tout simplement le fait que le pouvoir politique ait soustrait monsieur Benalla au pouvoir de la justice.
Troisièmement, il y a le volet politique de cette affaire, avec l’incapacité tant du gouvernement, tant du Président à rendre compte de cette affaire, avec un Parlement bloqué pendant le week-end.
Tout ceci aurait pu passer pour un simple fait divers. Le fait qu’on en arrive là est assez révélateur de la profondeur de la crise de l’État, et des dérives de l’État sous la présidence Macron.

N’y aurait-il pas une surenchère de l’opposition sur cette affaire ?

Il faut tout de même bien voir le contexte dans lequel cette affaire est arrivée. L’opposition était en train de s’opposer à une réforme du Parlement conduite au motif que tout cela coûterait très cher, pour ne pas dire ”un pognon de dingue”. À côté de cela, on a un gorille du président qui joue les cow-boys et qui est payé deux fois ce que coûte un député et dispose d’un appartement luxueux.
Face à cela, la présidence de la République n’en a strictement rien à faire de rendre des comptes au Parlement. Ce n’est certes pas le rôle du président de la République, mais au moins celui du gouvernement.
Cette espèce de hiatus entre la réforme qui aurait vocation à rendre la démocratie plus belle et plus transparente et de l’autre un phénomène qui montre l’inverse a fédéré puis radicalisé l’opposition lorsqu’il n’y a eu aucune volonté de transparence.
C’est sans compter le fait que nous ayons eu le droit toutes les heures à un nouveau fait divers. Nous sommes passés non seulement de quelqu’un de violent à quelqu’un qui bénéficiait d’accès à l’hémicycle, d’un appartement, et de pouvoirs qui tranchent avec l’organisation de l’État.
On est en droit de se demander qui est ce monsieur et pourquoi il a pris une telle importance.

Après l’audition du ministre de l’Intérieur, il semblerait, pour paraphraser le député Gilbert Collard, que tout s’est passé à l’insu de son plein gré…

C’est un peu cela en effet. Monsieur Collomb me fait penser à ces trois singes, rien voir, rien dire, rien entendre. Quand on est l’homme le mieux informé de France, c’est un peu dur à admettre.
Je peux comprendre que la Présidence ait géré en direct cette affaire, mais elle concerne tout de même la chaîne police. Il est donc assez petit de la part de monsieur Collomb de se défausser sur la Préfecture de Police et sur l’Élysée sans lui-même prendre sa part de responsabilité.
Un ministre qui est ainsi mis sur la touche et qui refuse de connaître des dysfonctionnements graves qui ont agité ses services est un mauvais ministre de l’Intérieur. Je crois qu’il aurait dû présenter sa démission depuis longtemps.


En bref, soit il n’était pas au courant, soit il a menti sous serment.

C’est cela, mais je considère qu’il n’a pas pu mentir. Il a renvoyé la balle vers la Préfecture de police et le cabinet de l’Élysée. Le préfet de police a parlé de copinage malsain. Tout ceci laisse penser que l’Élysée s’est soustrait de l’organisation normale de l’État pour imposer un cowboy à la tête de la sécurité avec des pouvoirs exorbitants en totale violation avec les lois. Cela pose un vrai problème.
Le président n’a pas de responsabilité devant le Parlement, mais il peut avoir une responsabilité pénale, ou au moins politique.
Je crains malheureusement que, compte tenu des pouvoirs exorbitants qui ont été donnés à monsieur Benalla, le seul à avoir la clé du mystère soit monsieur Macron.

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