Editoriaux - International - 18 août 2019

À Brégançon, Macron et Poutine vont jouer au chat et à la souris

On peut contester l’existence du G7, censé réunir les plus anciennes puissances économiques : États-Unis, Royaume-Uni, Canada, Italie, Japon, Allemagne et France. Une organisation à forte influence anglo-saxonne, comprenant des pays européens et le Japon, dont on connaît les liens avec les Américains. La Russie en a été exclue, en 2014, après l’annexion de la Crimée. Pas question d’y admettre la Chine ni des pays émergents qui pourraient bientôt damer le pion aux puissances traditionnelles.

C’est la France qui présidera, cette année, le sommet réunissant à Biarritz, du 24 au 26 août, les chefs d’État et de gouvernement du G7. Une occasion, pour Macron, de se mettre en valeur pour briller comme le Roi-Soleil. À ce qu’il croit, du moins, car son œuvre, jusqu’à présent, ne laisse pas de souvenir impérissable. Mais c’est le propre des nains politiques de se prendre pour des géants capables d’inverser le cours du monde. Il va donc recevoir, lundi, au fort de Brégançon, l’ancien membre de cette organisation, Vladimir Poutine. Pour jouer au chat et à la souris ?

Les guerres en Syrie et en Ukraine, les tensions avec l’Iran, les manifestations réprimées à Moscou sont au menu des discussions : de quoi alimenter la conversation ! Mais Macron sait bien qu’il ne parviendra pas à convaincre son homologue russe. L’Élysée reconnaît, d’ailleurs, que « ce n’est pas un entretien, quel qu’il soit et quelle qu’en soit l’intensité, qui permet de régler des questions aussi compliquées que l’Iran, la Syrie ou l’Ukraine ». Une fois de plus, notre Président veut faire illusion, montrer à Trump qu’il peut parler aux grands et faire croire qu’il est indispensable.

Plutôt que d’essayer de réchauffer les relations entre Paris et Moscou, qu’il a contribué lui-même à refroidir, il eût été plus inspiré de proposer le retour de la Russie au sein de cet énième groupe d’influence où la finance dicte sa loi. Ou d’appeler à la disparition de cette organisation redondante. Mais il veut, avant tout, apparaître comme le défenseur privilégié des droits de l’homme. Lorsqu’il rencontra Poutine pour la première fois, il lui aurait déclaré, selon la presse : « Sachez que je suis particulièrement très attaché […] à ce qu’on puisse trouver une solution qui corresponde aux valeurs que nous défendons et auxquelles je ne céderai rien. »

Le président russe doit bien s’amuser de le voir ainsi faire son prêchi-prêcha. Il avait eu beau jeu, en pleine crise des gilets jaunes, d’appeler « les autorités parisiennes à s’abstenir de tout recours excessif à la force conformément aux principes de l’humanisme ». Finalement, c’est Poutine qui pourrait tirer profit, à la fois de l’ostracisme qu’il subit et des égards que lui prodigue Macron avant le sommet. Il continuera de dénier au G7 son statut d’organisation internationale et de se présenter comme le porte-parole des pays émergents.

Il paraît qu’Emmanuel et Brigitte Macron sont adeptes, pendant leurs vacances, des petits plaisirs simples. Qu’ils l’aient fait savoir montre à quel point ils veulent passer pour un couple normal et proche des Français. On est assuré que notre Président n’offrira pas de homard à son hôte, mais on ne sait pas encore s’il prendra un bain avec lui dans sa piscine pour comparer leur musculature ou leur bronzage. Qui est le chat, qui est la souris ? Qu’importe ! Au bout du compte, Macron s’enorgueillira d’avoir accompli son devoir et Poutine pourra se moquer du matamore de la politique. La comédie sera jouée et chacun pourra rentrer chez lui, couronné des lauriers factices de la victoire.

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