Editoriaux - Politique - 18 août 2019

Macron-Sarkozy : habileté et vanité…

L’ancien Président et le Président actuel ont, bien sûr, le droit d’éprouver une sincère complicité amicale, mais je me permets de douter qu’elle soit suffisante à elle seule pour expliquer cette ostensible représentation d’un lien dépassant très largement le prétexte invoqué : son caractère républicain.

Comme si ce dernier contraignait à cette confusion politique qui n’est pas loin de constituer, pour Nicolas Sarkozy, une pierre en permanence jetée dans le jardin des LR.

Ce rapprochement est trop systématique pour ne pas susciter tout de même, du côté de la droite, une incompréhension – pire, une hostilité – parce qu’elle ne pouvait pas imaginer que Nicolas Sarkozy, quoique défait à deux reprises, irait si loin dans une ambiguïté préjudiciable à son camp.

Rachida Dati a mis en garde Nicolas Sarkozy : « Vous pensez qu’il vous aime mais il vous neutralise » (Le Monde). Propos très fin. Il est facile, en effet, de percevoir combien cette familiarité est rentable pour le Président. Il voit ainsi validée, sur un plan personnel, sa volonté d’effacer l’identité autonome des LR en laissant accroire que LREM leur ouvrira grand les bras, parce que rien, au fond, ne les distinguerait.

D’autant plus que le processus a déjà commencé et qu’Emmanuel Macron a l’ambition de le voir se poursuivre pour que toute aspiration à une opposition conservatrice soit balayée.

Sans surestimer les échanges entre les deux, la proximité surjouée donne un semblant de légitimité à cet impérialisme macronien qui ne pourrait pas se contenter de leur détestation commune de François Hollande.

S’il est aisé de constater les bénéfices tirés par l’un de cette alliance si peu spontanée, pour analyser l’attitude de l’autre, il est nécessaire de sortir de l’idolâtrie et d’accepter de regarder la vérité, la réalité en face.

Je pressens, pour le subir quotidiennement sur Twitter, ce qu’une approche critique de la personnalité de Nicolas Sarkozy, qui n’a jamais exclu toutefois que je dise du bien aussi de l’ancien Président, va susciter comme réactions négatives à mon encontre puisque je serais « hystérique » et que j’éprouverais de la « haine », seule l’inconditionnalité étant tolérée. Pourtant, ce serait manquer l’essentiel que de ne pas tenter d’aller visiter les tréfonds de cet être exceptionnel à plus d’un titre !

Nicolas Sarkozy vit comme des blessures sa défaite de 2012, sa mise au rancart lors de la primaire de la droite et du centre, les procédures judiciaires qui le visent et dont l’une a entraîné son renvoi devant le tribunal correctionnel de Paris. Ces brèches dans le bloc de réussite et d’intégrité qu’il a toujours prétendu constituer n’ont pas été compensées, consolées, à l’évidence, par le statut de « parrain » de la droite et de « sage » qui lui est accolé et qui ne lui va pas comme un gant.

Ce qui se déroule entre Emmanuel Macron et lui, quels que soient les indéniables risques politiques, est une occasion unique de satisfaire une certaine vanité. Après avoir dû quitter le pouvoir, si proche de lui encore, courtisé, flatté, particulièrement soigné en certaines circonstances intimes et familiales par le Président, il jouit d’une posture qui cible son point faible : on fait comme s’il était encore nécessaire, irremplaçable.

Je crois volontiers que ses déroutes politiques, malgré la considération partisane dont on le gratifie, ne peuvent être véritablement occultées, dans sa sensibilité à vif, que par l’excès de révérence et de considération (bien sûr républicaines) magistralement programmé et exploité par Emmanuel Macron.

Et c’est encore mieux quand cela suit un premier dîner entre couples à l’Élysée où Brigitte Macron a exprimé – en toute candeur ? – sa dilection politique pour Nicolas Sarkozy.

On va sans doute me renvoyer dans mes cordes en jugeant inconcevable une telle faiblesse de caractère chez Nicolas Sarkozy si l’habileté d’Emmanuel Macron a déjà, elle, été surabondamment démontrée.

Peu importe. Le bonheur de la liberté d’expression est à la fois la liberté de soi et l’expression des autres.

Extrait de : Justice au Singulier

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