Le 5 juin, les Allemands lancent leur grande offensive, Fall Rot (plan rouge). Leurs armées sont supérieures en nombre : entre 1 pour 2 et un pour 3. À côté des soldats français qui ont perdu une grande partie de leur matériel militaire, il ne reste plus qu’une division anglaise. Cependant, le moral des troupes reste bon, surtout après l’opération, aussi inespérée que réussie, d’évacuer Dunkerque.

Le même jour, le président du Conseil, Paul Reynaud (1878-1966), décide de remanier son gouvernement. Un remaniement essentiellement destiné à se débarrasser de son ministre des Affaires étrangères, Édouard Daladier (1884-1970), avec qui les rapports se sont détériorés et qui incarne trop, en cette période de guerre, les funestes accords de Munich. C’est Paul Reynaud qui reprend son portefeuille et cumule ainsi les titres de chef du gouvernement, ministre de la Guerre et ministre des Affaires étrangères. Les deux hommes avaient déjà interchangé leurs portefeuilles le 18 mai . Le ministre des Finances Lucien Lamoureux (1888-1970)[1] est remplacé par un haut fonctionnaire, Yves Bouthillier (1901-1977). Albert Sarrault (1872-1962), ministre de l’ nationale, laisse sa place à Yvon Delbos (1885-1956). Albert Chichery (1888-1944) devient ministre du Commerce et de l’Industrie à la place de Léon Baréty (1883-1971). Au jeu des chaises musicales, Anatole de Monzie (1876-1947), ministre des Travaux publics, cède les clés à Ludovic-Oscar Frossard (1889-1946)[2], qui donne celles du ministère de l’Information au patron de presse Jean Prouvost (1885-1978)[3]. Le sénateur du Doubs Georges Pernot (1879-1962) est désigné ministre de la Santé publique en lieu et place de Marcel Héraud (1883-1960).

C’est le ministre de l’Intérieur Georges Mandel (1885-1944) qui souffle à Paul Reynaud l’idée de prendre à ses côtés Charles de Gaulle, nommé général de brigade à titre temporaire le 1er juin. Paul Reynaud et de Gaulle se connaissent un peu. Le premier a fait écho au second dans un de ses discours à la Chambre des députés, le 15 mars 1935, et a parlé de lui dans un de ses ouvrages.

Le jeune général quitte le front le 5 juin et, le 6, prend son poste de sous-secrétaire d’État chargé de la Défense nationale et de la Guerre, portefeuille qui avait disparu lors du remaniement du 10 mai. Le journaliste Lucien Blanc, de -Soir, dresse, dans l’édition du 6 juin, un portrait flatteur du sous le titre « Le général Charles de Gaulle est le père spirituel de l’armée motorisée ». Pour lui, « il se range parmi les esprits les plus lucides, les personnalités les plus agissantes de l’armée française ».

Sous la plume d’un certain R. G-R., l’Excelsior daté du 7 juin remarque, à propos de Charles de Gaulle, sous le titre « Le Général de Gaulle technicien prophétique », qu’« à moins de cinquante ans, il a derrière lui un étonnant acquit de culture militaire, de technicité et d’intelligence créatrice, qui en font une des plus précieuses réserves de la patrie ». Même Maurice Pujo, de L’Action française du 9 juin, loue les qualités du nouveau ministre dont il a connu le père. Le fils a « de qui tenir. Et que le général de Gaulle ait été formé par ce père rend plus solides encore les espoirs que la France blessée met en lui. » L’expérience de ministre de Charles de Gaulle ne durera que dix jours.

[1] On lui doit la mise à l’abri de l’or de la Banque de France au Canada, à Fort-de-France, à Dakar, à Kayes, à Alger et à Casablanca.
[2] Père de l’académicien André Frossard (1915-1995)
[3] Il sera PDG de la radio RTL de 1965 à 1975

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