Véran contre Raoult, c’était la carte contre le territoire, le médecin socialiste ambitieux devenu ministre contre un infectiologue de renommée mondiale mais anticonformiste à la tête de l’IHU marseillais. Le premier s’appuyait sur les institutions et les instances qui constituent le microcosme médical, composé de spécialistes qui, à force de courir d’une réunion à l’autre, ne voient plus guère de malades. Le second, c’était le terrain, les patients en direct et près de 4.000 personnes testées et soignées, mais en dehors des règles académiques. Le premier, et son cerbère Salomon, égrenaient les chiffres, dessinaient les cartes des zones les plus touchées et de celles qui l’étaient moins. Le second administrait aux volontaires infectés par le Covid-19 des doses d’ et d’azythromycine pendant quelques jours avec des résultats positifs, puisqu’on ne constatait que 0,5 % de décès parmi eux.

Cette apparence du sérieux institutionnel contre une sorte de braconnage médical était renforcée par le style volontiers provocateur du « druide » marseillais qui ne cessait de rappeler son audience internationale et son niveau scientifique dont il affichait si peu les signes ostentatoires. Mais la carte sûre d’elle s’est assez vite fissurée, crevassée : pourquoi l’État avait-il, au mois de janvier, classé parmi les produits toxiques cette chloroquine utilisée depuis près de 80 ans contre le paludisme et nécessaire aux malades du lupus ? Pourquoi le ministre Véran avait-il réservé son usage aux malades gravement atteints par le Covid-19, et sans l’antibiotique préconisé dans le protocole Raoult ? Ce dernier avait pourtant insisté sur la nécessité d’en user précocement pour diminuer la charge virale, ce qu’il constatait à Marseille, et sur son inutilité dès lors que les problèmes respiratoires aigus, qui allaient entraîner la mort, ne dépendaient plus du virus. La thérapeutique du professeur marseillais était mise en œuvre dans de nombreux pays dans le monde. En France, elle suscitait une véritable guerre civile médicale. Mais, derrière Raoult, soutenu en France par Onfray, et à l’étranger par Trump, se profilait l’ombre du populisme. L’infectiologue de réputation mondiale devenait alors un charlatan !

Aussi, lorsque la revue de référence The Lancet publia une étude portant sur 96.000 cas et concluant à la nocivité de l’hydroxychloroquine, un cri de triomphe parcourut le microcosme de la bien-pensance, dont les vecteurs médiatiques pavoisèrent et jubilèrent. La bête était morte, les institutions internationales et nationales, l’OMS et l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) suspendaient les essais cliniques de la molécule dans le cadre de l’épidémie actuelle. Le ministre Véran se mettait au niveau de Cohn-Bendit pour demander aux partisans de Raoult de « fermer leur gueule ».

Cette danse sur un cadavre n’a duré que quelques jours. De nombreuses personnalités scientifiques, y compris des opposants à la thérapie marseillaise, ont décelé la supercherie : la revue de référence avait publié sans véritable contrôle un article manifestement fallacieux, bourré d’erreurs factuelles et fondé sur des sources incertaines. The Lancet lui-même mettait en garde, et on assista alors à la pantalonnade du ministre Véran allant demander des explications au Lancet qui l’avait amené, un vendredi soir, à interdire l’emploi du médicament contesté, même dans le protocole inopérant dans lequel il l’avait d’abord autorisé. Ainsi, une revue étrangère avait conduit le ministre d’un grand pays soi-disant doté du meilleur système de santé du monde, bardé d’autorités, d’agences, de conseils destinés à conforter le ministère dans la sûreté de sa politique… à prendre une décision précipitée d’ignorant pressé, comme si d’autres motifs avaient agi aussi.

L’éthique et le bon sens ont conduit à préconiser une méthode : dépister les personnes infectées, les isoler, les soigner. Il a su se procurer les tests auprès, notamment, d’un laboratoire vétérinaire auquel le gouvernement ne daignait pas répondre. Il n’a pas, comme le conseillait Véran, renvoyé les gens chez eux avec du Doliprane™… pour contaminer leurs proches. C’est ce que devaient pouvoir faire tous les médecins, ces médecins de ville qu’on a méprisés jusqu’à les priver des moyens matériels indispensables à l’exercice de leur métier, comme les masques.

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