Le 18 mai, l’état-major français se rend compte que la manœuvre alliée Dyle-Bréda est un échec. Le général Maurice Gamelin a été contraint de faire entrer en Belgique, dans la trouée de Gembloux, ses meilleures troupes : trois divisions légères mécanisées, cinq divisions d’infanterie motorisées et deux divisions blindées. Seulement, l’étau allemand s’est vite refermé, car attirées et marchant vers le nord, les troupes françaises se rendent compte que l’ennemi marche au centre et file vers les Ardennes, un massif pas si impénétrable que prévu.

Le 14 mai, les unités françaises défendant la trouée de Gembloux et constituant l’aile droite de la 1ère armée commandée par le général Georges Blanchard (1877-1954) sont contraintes de reculer. Le 17 mai, la retraite est générale derrière le canal Bruxelles-Charleroi. La presse de l’époque minimise ce que de nombreux historiens qualifieront de déroute : « En Belgique, l’armée du Nord opère avec succès un repli stratégique » affiche en une, La Liberté du 20 mai. « Pétain, Pétain est là », titre le même journal pour qui « le nom de Pétain a ramené chez tous l’âme de Verdun ».

La Liberté annonce également le remaniement ministériel réalisé la veille. Avec l’approbation du président de la République, Albert Lebrun (1871-1950), le président du Conseil, Paul Reynaud (1878-1966), fait entrer le vainqueur de Verdun au poste de vice-président du Conseil en remplacement de Camille Chautemps (1885-1963). Pétain « sera un précieux conseil pour la conduite de la guerre », souligne La Liberté. Paul Reynaud, déjà président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, abandonne ce dernier poste et cumule désormais cette fonction avec celle de ministre de la Guerre en remplacement d’Édouard Daladier (1884-1970). En contrepartie, ce dernier devient ministre des Affaires étrangères. Léon Baréty (1883-1971) devient ministre du Commerce et de l’Industrie à la place de Louis Rollin (1879-1952) qui prend le ministère des Colonies, lui-même en remplacement de Georges Mandel (1885-1944), ce dernier succédant à Henri Roy (1873-1950) au ministère de l’Intérieur. Dans la grande majorité des cas, les journaux d’époque se félicitent de ce jeu de chaises musicales qui augure un changement de cap. « Il faut changer les méthodes et les hommes », justifie ainsi Paul Reynaud devant la Chambre des députés. « Être clairvoyant, être volontaire : voilà ce que nous attendons de nos chefs », écrit le rédacteur en chef du Matin, Stéphane Lauzanne (1874-1958). Au détour des lectures, on apprend aussi que des titres de circulation seront obligatoires à partir du 1er juin « dans les départements de la Seine, Seine-et-Oise et Seine-et-Marne ». On apprend aussi qu’Alexis Léger (1887-1975), secrétaire général du Quai d’Orsay (plus connu sous son nom de plume de Saint-John Perse) est remplacé par François Charles-Roux (1879-1961).

Ce remaniement politique sonne le glas pour Maurice Gamelin qui est dessaisi de son commandement. Il est remplacé, au poste de généralissime, par le général Maxime Weygand (1867-1965), ancien bras droit du maréchal Foch pendant la Première Guerre mondiale. Weygand fait appel à son mentor dans son premier ordre du jour publié dans les journaux du 21 mai,  : « (…) On arrête toujours le Boche : il suffit d’en donner l’ordre (…) le Boche est fixé (…) Et Foch vainquit là où il était. Il vainquit ensuite ailleurs. Sa grande maxime était : ‘On n’est vaincu que quand on croit l’être’ ».

 

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