Orbán au pays des soviets bruxellois

Qui aurait pu croire qu’un jour, l’actuel Premier ministre de la Hongrie, membre de l’Union européenne, Viktor Orbán allait, dans son dernier discours à l’occasion du 62e anniversaire de la révolution et de la lutte pour la liberté de 1956 (Budapest, 23 octobre 2018), confirmer les thèses de l’écrivain et ancien dissident soviétique Vladimir Boukovski, qui assimile l’Union européenne à l’ex-Union soviétique ?

En effet, Boukovski a plus d’une fois démontré les similitudes frappantes entre l’Union soviétique et l’Union européenne, entre la bureaucratisation soviétique et la technocratie bruxelloise, le système de délégation du pouvoir aux instances supranationales, la corruption et l’irresponsabilité collective des instances dirigeantes.

L’URSS était gouvernée par quinze personnes non élues, qui se nommaient entre elles et n’avaient de compte à rentre à personne. L’Union européenne, de son côté, est gouvernée par deux douzaines de commissaires cooptés, lesquels sont l’émanation des intérêts et des nombreux lobbys œuvrant pour le compte des multinationales.

Le communisme internationaliste de l’Union soviétique a toujours voulu détruire les nations souveraines, les identités nationales et culturelles européennes, de même que l’idéologie libre-échangiste mondialiste de l’Union européenne entend unifier et dé-souverainiser les nations européennes dans un vaste marché mondial néolibéral et consumériste.

Pour ce qui est du totalitarisme, seule la méthodologie change : alors que l’Union soviétique utilisait la répression physique pour réduire au silence ses opposants, dans l’Union européenne est à l’œuvre une « soft répression » de la police de la pensée, que Boukovski assimile au « goulag intellectuel » du politiquement correct et de l’idéologie des droits de l’homme.

Summa summarum, une fois de plus le dernier discours de Viktor Orbán et les prémonitions de Vladimir Boukovski montrent l’interchangeabilité et la filiation naturelle entre l’idéologie communiste internationaliste et celle du mondialisme libéral, les deux étant solubles dans l’utopie unificatrice mondialiste et économiciste, réduisant les peuples, les cultures et les identités ancrées à la seule forme capitale.

Ce n’est pas par hasard que lesdites idéologies ont enfanté les totalitarismes de la modernité puisqu’elles résultent de la même matrice constructiviste des Lumières, à la fois faustienne et artificialiste. Bref, c’est bien le projet mondialiste néolibéral de l’Union européenne qui est en train de réaliser le vaste travail de destruction des nations européennes, là où le communisme internationaliste avait échoué. En effet, l’une des armes innovantes du mondialisme libéral qui faisait défaut au communiste international est celle de l’immigration massive, qui réduit les peuples européens autochtones en minorités sur leur propre sol. La société libérale du marché est bien l’aboutissement de la phase suprême de l’impérialisme.

Cela explique l’interrogation du président Orbán : « Qui aurait cru que le plus petit continent du globe, riche de la culture la plus florissante, des techniques les plus modernes, des meilleures écoles du monde, du niveau de vie le plus élevé que l’humanité ait jamais atteint, puisse en quelques années être en déclin et se traîner au bord du précipice ? » La réponse à cette interrogation se trouve dans la dystopie quasi orwellienne de Vladimir Boukovski qui déclare : « J’ai vécu dans votre futur et ça n’a pas marché. » Il semblerait bien qu’après la chute du mur de Berlin, l’Europe de l’Est, enfin libérée du joug soviétique, n’aurait pas été rapatriée au cercle européen des nations libres et souveraines après avoir été kidnappée par l’Est soviétique, comme le prȏnait Milan Kundera, mais, au contraire, a été « recolonisée » par un nouveau moloch néo-impérial et technocratique. Ainsi, au « réenchantement » euphorique des années 90 allait succéder le désenchantement occidental.

« L’Union européenne porte en elle les germes de sa chute », explique Vladimir Boukovski, et « s’écroulera de l’intérieur tout comme l’Union soviétique ». Le réenchantement européen se fera bien au bord du précipice, tout comme l’Europe se fera au bord du tombeau, au prix d’une prise de conscience anti-impérialiste et anti-mondialiste. C’est à ce titre que l’alternative mise en exergue dans le discours du président hongrois Orbán réside dans une troisième voie renouvelée, dans une Europe indépendante, une patrie des nations coopérantes et souveraines, au-delà du mondialisme libéral et du socialisme internationaliste.

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