Baccalauréat 2017

On veut bien leur donner le bac, mais pas la culture

 

Le premier groupe d’épreuves du bac s’achève. Puis viendra le « rattrapage », avant la proclamation des résultats définitifs le 7 juillet.

Le bac en France, le CESS en Wallonie… beaucoup de réussites, mais que valent-elles ?

Depuis quelques années, retraitée active, j’aide des élèves et des étudiants en difficulté. Est-ce mon âge avancé ou la réalité objective : chaque année, les cours que je vois sont plus abscons ; les sujets d’étude, les questionnaires sont plus éloignés de toute réalité, de toute culture. Les élèves sont nuls en maths, nuls en tout ; pour peu qu’on pose une question « basique », on se demande (et ils se demandent peut-être) ce qu’ils font à l’école !

Les jeunes profs sont stressés, les vieux attendent la retraite, les parents attendent des points mais commencent à en avoir assez des changements incessants de programme, des moyens qu’eux, parents, doivent apporter pour que leurs enfants puissent réussir – moyens dont tous les parents ne disposent pas ! L’égalité est le but poursuivi, nous dit-on, mais, quand je vois des enfants de parents pauvres ou peu instruits, j’ai plutôt l’impression que l’inégalité est le but poursuivi…

Pourtant, la réalité de la situation ne frappe pas vraiment les esprits. Ainsi, un très vieil ami – il enseignait déjà quand je suis née – n’aimait pas m’entendre critiquer l’enseignement et m’interrompait par un catégorique « On critiquait déjà l’enseignement à l’époque de Socrate ! » Il ajoutait qu’il y a toujours eu de bons et de mauvais profs et que cela ne risque pas de changer. J’ai fini par lui lire quelques phrases au lieu de « râler dans le vide » et, là , j’ai eu droit à l’étonnement le plus total : « Ah, non, ça, je ne l’aurais jamais cru possible ! C’est pire qu’au Moyen Âge. Que peut-il bien rester dans une jeune tête après cette maltraitance ? » Alors, j’ai pu expliquer que cet enseignement purement formel évite les recours, veille à l’égalité de tous dans la nullité pour tous. Quelques exemples ?

– Au cours d’histoire, des élèves de 16 ans doivent « comparer l’évolution de la démocratie en France et en Allemagne du XIIIe au XVIIe siècle ». Aucun ne sait ce que signifie le mot « démocratie », aucun ne connaît la vie dans ces deux pays à ces époques lointaines, et quand j’ai suggéré, sans rire, de se renseigner sur les programmes télé du temps, l’idée n’a heurté personne…
– Au cours d’anglais, on n’apprend pas correctement la différence entre « to have » et « to be », mais on apprend celle entre « to have » et « to have got ». Ma sœur m’a envoyé les précisions du Cambridge Dictionary : il n’y a aucune différence réelle entre « to have » et « to have got », juste une complication quand il s’agit de construire la forme négative… Il faut que les élèves « se construisent une vraie connaissance de l’anglais », alors qu’ils sont en réalité incapables de comprendre ou de former une phrase toute simple en anglais !
– Pour parler de myopie ou de presbytie, on « offre » aux élèves un vrai cours d’optique et on leur demande une vraie recherche : la présentation personnelle d’un microscope, présentation à laquelle le cours ne les prépare pas !

Au cours de français… non, j’arrête ici et rappelle simplement la phrase lumineuse de Condillac : « La grammaire est la première étape de l’art de penser. » Elle n’est pas ou très mal enseignée, la grammaire, et, bientôt, le but sera atteint : des consommateurs dépourvus de toute culture, de tout esprit critique, de toute pensée logique, avalant docilement tout ce que « l’autorité » veut qu’ils avalent 1.

Notes:

  1. Lisez le tout petit livre (91 pages) de Stanley Milgram, Expérience sur l’obéissance et la désobéissance à l’autorité, 2013, ainsi que le très fameux mais peu lu Propaganda d’Edward Bernays, 1928.

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