[CINEMA] Backrooms : l’horreur selon la Gen-Z
Connaissez-vous les backrooms ? Concept né sur un forum Internet en 2019, il s’agit de prendre des lieux existants (rues, halls d’immeuble, piscine… et, bien sûr, bureaux) mais qui sont totalement vides et ont un aspect… étrange. Bizarre. Inquiétant.
Les backrooms et la génération Z
En quelques années, les backrooms - les arrière-salles, littéralement - sont devenus un pilier de la sous-culture Internet. Des internautes ont développé des histoires, des visuels et même des vidéos qui s’inscrivent dans l’esthétique – et l’univers – des backrooms.
Les backrooms peuvent s’interpréter comme un phénomène générationnel. Comme le message d’une classe d’âge, la génération Z, qui exprime son angoisse face à un monde dont la normalité leur paraît hostile. Après avoir été enfermés deux ans à l’âge où ils avaient le plus besoin de sortir et d’aller au contact des autres, avec le retour de la guerre, la crise climatique, la montagne de la dette dont ils vont hériter et, bien sûr, l’arrivée de l’IA et de ses effets sur le marché du travail, on serait bien en peine de leur faire la morale…
Kane Parsons, un auteur à suivre
Si le phénomène backrooms a une multitude d’auteurs, l’un de ceux qui a eu le plus d’influence est l’américain Kane Parsons. En 2022, encore adolescent, il diffuse sur YouTube un court-métrage se passant dans l’univers des backrooms : celui-ci a été vu plus de 86 millions de fois, à l’heure où nous écrivons ces lignes. Il a ensuite étendu ce court-métrage en Web-série, chaque épisode étant vu des millions de fois.
Il n’en fallait évidemment pas plus pour qu’Hollywood se penche sur ce phénomène culturel et ce jeune auteur plein de talent. Et c’est le studio A24, connu pour son approche « auteurisante », qui a engagé Kane Parsons pour réaliser un film intitulé tout simplement Backrooms.
Il y avait de quoi être particulièrement sceptique, devant ce projet. Combien de jeunes cinéastes, repérés par Hollywood et mis à la tête de projets qu’ils n’avaient pas les épaules pour gérer, ont éclaté en vol ? Combien d’auteurs ont été broyés par la machine hollywoodienne et n’ont plus livré que des produits aseptisés sans âme ? Et combien de concepts forts et marquants, qui fonctionnaient très bien sur Internet, n’ont jamais réussi l’étape du long-métrage ?
Pourtant, en sortant de Backrooms, on ne peut que s’incliner : oui, Kane Parsons a réussi. À seulement 20 ans, il a réalisé un film d’épouvante prenant et efficace, qui respecte parfaitement l’univers des Backrooms.
Une réussite sensorielle
Backrooms, c’est déjà une esthétique, des décors, une photographie qui fonctionnent parfaitement. Les pièces immenses et interminables, les murs jaunes fatigués, la lumière sale réussissent à créer une ambiance qui met profondément mal à l’aise. Nous sommes en plein dans cette vallée de l’étrange, ce sentiment d’être devant quelque chose de presque parfaitement normal – mais c’est justement ce « presque » qui crée le malaise et l’angoisse.
Ces décors sont sublimés par le travail de l’image. Kane Parsons utilise les grands angles pour déformer les perspectives et agrandir encore plus les salles et les couloirs déjà interminables. Il place souvent sa caméra dans des positions inhabituelles pour faire ressortir les murs ou les plafonds, qui prennent une place disproportionnée.
Le son est également une grande réussite. Dans Backrooms, l’étrangeté n’est pas seulement visuelle et la terreur commence bien souvent par des bruits. Des bruits qui donnent envie de connaître leur origine, mais aussi de se cacher ou de fuir, car ce qui peut les causer ne peut pas ne pas être dangereux.
Un film encore imparfait
Bien sûr, tout n’est pas réussi. L’histoire de Backrooms est simple, et même un peu simpliste. Un des personnages a une évolution vraiment très brutale, on en vient presque à se demander s’ils n’ont pas manqué du budget nécessaire pour tourner une scène manquante. Et la façon dont Backrooms veut relier l’histoire des personnages avec les backrooms elles-mêmes n’est, pour rester poli, pas très subtile.
Par contre, Kane Parsons a évité l’écueil majeur qui se dressait sur la route de son histoire, à savoir l’envie de tout expliquer, de tout rationaliser, de répondre à toutes les questions possibles et imaginables en faisant disparaître tout mystère. Quand on sort de Backrooms, on a quelques hypothèses et beaucoup de questions. Mais pas vraiment de réponse. Et c’est très bien comme ça.
Pour résumer, oui, Backrooms est un bon film d’épouvante. Il crée chez le spectateur un sentiment d’angoisse et de malaise diffus. En de brefs, moments, il crée de la peur. Et en plus de cela, il est original.
4 étoiles sur 5.
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4 commentaires
Je suis certes très sensible, mais je n’ai jamais compris l’engouement pour les films d’horreur et d’épouvante… Il n’y en a pas déjà assez dans le réel ? Quel est le but à éprouver des sensations malsaines en fait ?
Le terme » backroom » est trompeur en l’occurrence et peut prêter à confusion . Car il désigne depuis fort longtemps , dans des établissements festifs nocturnes gay ( bars-discothèques ) des » arrières salles » donc , sombres où ont lieu toutes sortes d’étreintes et d’ébats anonymes , plus ou moins collectifs entre partenaires quasi invisibles , réduits à des ombres furtives .
Il faudrait faire un film d’épouvante sur l’immigration et inviter, par exemple, le couple Mme Aubry et Mr Zemmour, ou Mme Cluzel et mr Apathie…
Si on s’affole, on raffole.
tu t’amuses comme un ptit fou.