14 février 2018

Mort d’un prince de Danemark, gentilhomme français

Le prince Henrik de Danemark est mort, mardi soir, à l’âge de 83 ans. L’époux de la reine Margrethe II, Henri de Laborde de Monpezat, était né français le 11 juin 1934 à Talence, en Gironde. Issu d’une famille originaire du Béarn, et bien que second d’une fratrie de huit enfants, il était une sorte de cadet de Gascogne parti à la conquête, non pas d’un royaume, mais d’une reine. Son mariage, le 10 juin 1967, avec la fille du roi Frédéric IX (1899-1972) fut la démonstration qu’il n’y a pas de raison que les jeunes hommes ne puissent pas rêver à la princesse charmante. Une sorte de parité avant l’heure. Un an avant Mai 68, qui vint bousculer tous les codes.

Certes de bonne famille, comme on dit justement dans les bonnes familles, Henri de Laborde n’appartenait pas au gotha où se recrutait généralement le conjoint des souverains de ce petit royaume qui pointe fièrement son index entre mers du Nord et Baltique. L’annonce, en 1966, des fiançailles de ce diplomate âgé de 32 ans, alors troisième secrétaire d’ambassade à Londres, avec la princesse Margrethe fut un événement sans doute comparable à l’annonce des fiançailles du prince Harry avec la starlette Meghan Markle – la distinction en plus. À l’époque, le journal Point de vue, Images du monde (aujourd’hui Point de Vue) n’était pas qualifié de « journal pipeul » et tenait encore le haut du pavé, faisant le ravissement hebdomadaire des coiffeurs, des coiffeuses, des coiffées et de bien d’autres personnes de qualité ! Sic transit

Ce mariage fut l’occasion de resserrer les liens anciens entre la France et le Danemark, liens que l’on pourrait faire remonter à 911, lorsque le roi franc Charles le Simple concéda, un peu contraint et forcé, à Rollon, chef danois, un territoire autour de Rouen qui deviendra la Normandie, le pays des hommes du Nord.

Mais nous n’avons presque pas parlé du prince Henrik. Et c’est là le Hik ! Et c’est là, peut-être, le drame de sa vie. Car être un prince consort, ce n’est pas si facile. Outre-Manche, le cousin à la mode de Grande-Bretagne Philip en connaît un rayon sur le sujet. Le prince Henrik aurait voulu être roi, comme les épouses des rois sont reines. Échec au prince : ce ne fut pas possible. Quelque chose de pourri au royaume de Danemark ? Non, mais c’est comme ça. Mais cela resta en travers de la gorge de cet homme qui était bien plus que la jolie couverture de magazine des années de Gaulle et Pompidou – yeux assortis au cordon bleu de l’ordre de l’Éléphant, raie bien comme il faut, sourire de jeune homme bien élevé.

Diplômé des Langues O’, il fallut bien qu’il se mette au danois, qu’il parlait de façon bancale, comme il le reconnaissait avec humour dans ses mémoires, Destin oblige, publiés en 1997. Sans tomber dans un Zola de palais, cela n’a pas dû être facile tous les jours pour cet homme, élevé dans les parfums d’encens de la religion catholique, originaire d’un pays de cocagne, de devoir se faire à l’austérité luthérienne et de vivre dans un pays où les après-midi d’été ne sont pas écrasées par un soleil de plomb. On le devine à travers cet aveu : « Je préférais le vin à la bière, les chaussettes en soie aux chaussettes en tricot, les Citröen aux Volvo, le tennis au football. J’étais différent. »

On se souvient que, l’an passé, le prince Henrik avait annoncé qu’il ne se ferait pas enterrer avec la reine : il n’était pas question d’être l’égal de sa femme dans la mort puisqu’il n’avait pu être son égal sa vie durant. Mort, le prince Henrik est-il encore différent ? En tout cas, ce poète, cet amateur de vins ne laissait pas indifférent ceux qui le connaissaient.

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