Entretien - Politique

Nicolas Dupont-Aignan : « Je maintiens - la France est colonisée ! »

À l’initiative de plusieurs personnalités politiques, notamment de Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, et de Jean-Frédéric Poisson, président du Parti chrétien-démocrate, la plate-forme des « Amoureux de la France » a été lancée mercredi. La vie publique et médiatique est aujourd’hui monopolisée par Macron/Mélenchon. Pour le député de l’Essonne, ce n’est plus possible. Il faut, selon lui, l’union par un programme et par un travail de terrain. C’est un combat de civilisation car Emmanuel Macron est en train de liquider la France.

Qui sont les amoureux de la France ?

C’est une initiative collective. Je ne suis pas tout seul.
Je suis avec Jean-Frédéric Poisson, Emmanuelle Ménard, Julien Rochedy, Véronique Besse et Jean-Louis Masson, sénateur.
Cette initiative collective veut faire cesser les divisions de droite, et au-delà pour que les patriotes et les républicains travaillent ensemble, sur le terrain, à un programme commun d’alternance.
Je ne supporte plus de voir Macron et Mélenchon monopoliser la vie publique et médiatique.
Des millions d’électeurs ne peuvent pas être ainsi condamnés aux divisions de leurs appareils politiques respectifs.
Il faut l’union, par un programme et le travail de terrain.

En d’autres termes, est-ce une « troisième voie » de droite ?

Je voudrais que tous les amoureux de la France se prennent en main.
Je pense à tous ceux qui partagent des valeurs communes, qui pensent que le combat culturel, la civilisation et l’identité de notre pays doivent l’emporter sur l’économisme, et qui veulent une économie de marché plus vive et de la solidarité.
Il peut s’agir de personnes qui votent Front national, Debout la France, chrétien-démocrate, oz ta droite de Robert Ménard ou qui n’ont pas d’appartenances politiques.
J’en appelle à tous ceux qui ne veulent pas voir liquider la France par Macron et qui ne veulent pas non plus que, lorsque Macron aura fait naufrage, voir Mélenchon arriver au pouvoir.
Je dis aux électeurs, danger !
Cette initiative n’est pas un nouveau parti. C’est une plateforme internet destinée à bâtir ce programme commun avec les électeurs. Nos électeurs sont à 90 % d’accord sur les points essentiels.
Au sommet, monsieur Wauquiez ne veut pas parler à madame Le Pen. Chacun veut repartir dans son couloir. Cela n’a aucun sens.
Il faut d’abord bâtir le programme commun d’alternance et écouter les Français. En 2020, il sera temps de voir qui incarnera tout cela.

Vous aviez été choqué en déclarant que la France était en train de disparaître…
Maintenez-vous vos propos ?

Oui, je maintiens que la France est colonisée économiquement (grandes entreprises sont bradées), culturellement (langue française en voie de disparition au profit de l’anglais) et migratoirement. Il faut oser dire ce dernier point. Il suffit de se promener dans le pays pour voir notre civilisation et notre exception française en train d’être liquidées par Macron.
Peut-on face à cela raisonner en termes de « boutique »? Peut-on vraiment se dire : « j’ai mon parti et je serai candidat en 2022 ». C’est cela l’enjeu ?
C’est la défaite assurée.
Je veux créer un électro-choc dans l’électorat de droite, et au-delà de la droite des patriotes et des républicains.
Je veux leur dire que chacun doit apporter sa pierre à l’édifice. Nous devons additionner les talents et travailler pour ce programme.
Le Front national commence un programme de rénovation, très bien.
Laurent Wauquiez actualise heureusement la pensée des Républicains, très bien.
Si ces partis ne travaillent pas ensemble, on n’y arrivera pas.

On dirait une sorte « d’En Marche » de droite…
Macron vous a-t-il inspiré ?

Oui, j’avoue avoir été inspiré sur un point.
Emmanuel Macron a au moins réussi une chose, la recomposition sur un clivage idéologique enfin pertinent.
Il réunifie les mondialistes, les européistes et les ultras-libéraux dans une coalition.
Il y a Le Modem, les Républicains En Marche, les Constructifs. Au moins c’est clair. Ils feront d’ailleurs naufrage ensemble parce qu’ils ne traitent pas les problèmes des Français.
Nous, nous devons faire un peu la même chose dans la démarche. Non pas créer un parti, mais réunir sur un programme commun ceux qui tiennent à la France, à des valeurs et à une civilisation.
Je pense notamment au monde rural qui disparaît, à l’aménagement du territoire, aux PME, aux artisans et à la question de l’euro qui va bien falloir trancher.
Les points sur lesquels nous sommes en désaccord, il faut les évacuer car, ils sont accessoires par rapport aux points d’accord.
Il faut choisir les points d’accord. Je veux forcer les appareils politiques à se parler et à travailler ensemble.

Vous pourriez travailler par exemple avec Florian Philippot ?
Vous voyez-vous régulièrement ?

Je souhaite la bienvenue aux Patriotes de M. Philippot qui veulent participer à nos réunions en province, comme aux Fronts nationaux, comme aux Républicains. En revanche, s’il s’agit uniquement de raisonner en termes d’alliance de partis à partis pour recréer un autre mouvement, ce n’est pas l’objet.
D’ailleurs monsieur Philippot a fait une démarche de division. Je ne sais pas qui en est le responsable. Je ne veux pas me mêler des affaires entre Marine Le Pen et lui. Mais, je suis convaincu que nous y arriverons par l’union, et pas par la création de partis différents.
Monsieur Philippot est autant le bienvenu que Robert Ménard et que les autres, mais pas pour un rassemblement de têtes.
Le but est de voir quels sont les points communs à la base.
Il ne faut pas laisser Macron dominer la vie politique en ayant choisi son opposition.
Mélenchon est l’opposition de Sa Majesté.
Vous remarquerez que les deux personnalités qui prennent 80 % du temps de parole sont en décalage avec 80 % des Français. En effet, 80 % des Français s’intéressent à des thèmes qui tournent autour du contrôle des frontières, du refus des communautarismes, de l’aide au PME, etc.
Il y a une espèce d’instrumentalisation et de manipulation médiatique gigantesque qui voudrait faire croire aux Français qu’il y a que Macron ou Mélenchon.
C’est aussi un peu de notre faute puisque nous sommes trop divisés.

Mais la droite n’est plus divisée….Elle est en lambeaux !

Vous avez raison !
Il faut que la droite soit la droite, mais surtout que les patriotes définissent un programme sérieux capable de convaincre les Français.
Je reviens sur notre initiative qui a cette ambition.
Cette plate-forme internet contient déjà 300 questions.
J’invite ceux qui lisent Boulevard Voltaire à y aller et donner leur avis.
Ils verront les résultats et pourront en parler autour d’eux.
Je veux que l’immense peuple de droite, et au-delà les patriotes de droite et les patriotes qui n’appartiennent à aucune couleur politique, se réveillent.

POUR ALLER PLUS LOIN