Gare à la prochaine bombe : en France, 3 millions de jeunes ne sont « ni en emploi, ni en enseignement, ni en formation »

C’est une crainte sourde, une inquiétude en toile de fond quand je regarde, chaque samedi, la foule jaune céder la place aux jeunes en noir. Fuyant la fumée qui monte du boulevard et « empoivre » les yeux et la gorge, je les regarde défier en face à face les forces de l’ordre. Ils sont casqués, masqués, outillés. Prêts, souvent, à filer dans les rues adjacentes sur le deux-roues du copain qui les attend à l’arrière.

Je les vois chaque samedi plus nombreux. Des troupes de jeunes dont j’imagine qu’ils viennent de La Seyne-sur-Mer ou de La Ciotat, ou des quartiers de Marseille peut-être, puisqu’il se murmure ici que la « main-d’œuvre » des fins de manif n’est pas locale.

Pourquoi La Seyne ou La Ciotat ? Parce que ce sont les anciens chantiers navals dont la fermeture sur fond de conflits sociaux a émaillé les années 80, ces « années Mitterrand » qui ont vu toutes nos industries lourdes quitter le pays. Parce que les populations qui y travaillaient, dont une forte proportion d’immigrés venus de l’autre côté de la Méditerranée, n’ont pas trouvé à se réemployer. Parce que leurs enfants et aujourd’hui petits-enfants ne connaissent, eux aussi, que le désœuvrement.

Alors, c’est vrai, je regarde avec une inquiétude croissante ce qui m’apparaît comme une véritable bombe à retardement, et ce n’est pas cette information parue dans Le Figaro du jour qui va me rassurer.

Cette information qui aurait dû faire la une des médias si nous n’étions pas, depuis des semaines, obsédés par les ronds-points, c’est ce chiffre de l’OCDE, l’Organisation de coopération et de développement économiques : « En France, 3 millions de personnes âgées de 15 à 34 ans ne sont ni en enseignement, ni en formation, ni en emploi, dont 40 % sont des jeunes issus de l’immigration. »

Il faut toujours bien des contorsions pour obtenir ce type de données, sachant que les statistiques ethniques sont, chez nous, formellement interdites. En revanche, l’INSEE et l’INED sont tout à fait autorisés à s’enquérir du lieu de naissance. Cela permet de contourner la difficulté et donc, à l’OCDE, d’en tirer des conclusions. Résultats issus des données de l’enquête emploi de l’INSEE (2017) : « On dénombre en France très exactement 2,850 millions de “NEET” [not in employment, education, or training] qui ont entre 15 et 34 ans. Cela représente un taux d’inactivité de 18,1 % pour cette tranche d’âge qui rassemble 15,750 millions de gens (et un taux de chômage stricto sensu de 14,3 %, selon l’INSEE. »

Toutefois, précision utile de l’INSEE : « Pour une partie de ces jeunes, l’inactivité est un choix plus ou moins délibéré. » En extrapolant, on dira que pour être des « NEET », ceux-là ont souvent des occupations, sinon des emplois, qui nourrissent une économie parallèle parfois très florissante. Ce qui ne les empêche pas, sans doute, d’émarger aux minima sociaux, CSA et autres CMU…

Sur ces 2,850 millions de personnes qui ne sont ni en emploi ni en formation quelconque, « 1,75 million sont des “natifs de natifs” », c’est-à-dire qu’ils sont « nés en France, de parents nés eux-mêmes en France ». Autrement dit des « souchiens » depuis au moins deux générations ! En affinant les chiffres, Le Figaro arrive ainsi à la conclusion que, dans cette tranche des 15-34 ans, 25 % des Français issus de l’immigration ne sont « ni en emploi, ni en enseignement, ni en formation ».

« On se gardera du moindre commentaire. À chacun de se faire son opinion », écrit prudemment le quotidien, rappelant toutefois que « au vu de ce constat, l’Union européenne a demandé à la France (ainsi qu’à l’Autriche et à la Belgique) “d’améliorer l’insertion sur le marché du travail des descendants d’immigrés” (recommandation du 7 mars 2018) ».

Si cela n’est pas une bombe à retardement…

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