16 décembre 2017

Funérailles royales en République de Roumanie

Le roi est mort.

Depuis quelques jours, la Roumanie s’est figée. Michel Ier, seul souverain au monde à avoir vécu plus de 90 ans après son couronnement, s’est éteint le 5 décembre. Arrière-arrière-petit-fils de la reine Victoria, il devint roi en 1927.

Le roi Michel avait une vision claire de ce qu’était l’Europe : « Si elle n’est pas chrétienne, alors ce n’est plus l’Europe », disait-il… Aujourd’hui, à Bucarest, c’est l’Europe royale qui était réunie autour de son aîné. Le prince Charles, Juan Carlos Ier et Sofia, le grand-duc Henri de Luxembourg, le roi Carl XVI Gustaf de Suède et la reine Silvia, Siméon II de Bulgarie et Anne-Marie de Danemark, quelques Belges et une Orléans se sont recueillis devant le cercueil du roi et ont assisté à ses funérailles en la cathédrale orthodoxe.

La situation de la Roumanie est complexe : c’est une république, mais le dernier roi qu’on enterre cette semaine est bien un de ses « anciens chefs d’État ». C’est dans ce cadre que l’État roumain a décrété le deuil national (trois jours) et a organisé des funérailles grandioses. C’est aussi dans ce cadre que la famille royale est traitée avec de grands égards, ayant été instituée « personne morale » par l’État, et ayant ainsi, collectivement et indépendamment du décès du roi, le statut d’« ancien chef d’État ».

Il faut vivre ce deuil depuis Bucarest pour comprendre l’importance de l’événement : toutes les représentations de pièces de théâtre humoristiques annulées, les télés – y compris les télés commerciales – peintes de noir pendant plusieurs jours, les avenues pavoisées du drapeau national avec un bandeau noir attaché à chaque drapeau, les radios qui diffusent le « Requiem » de Mozart, y compris les radios modernes, commerciales… C’est une nation en deuil, un deuil comme jamais aucun président n’en inspirera.

Le musée d’art de Bucarest, ancien palais royal, l’est redevenu pendant ces jours de deuil, et dans la salle du trône a reposé le corps du roi, devant lequel des milliers de Roumains sont venus s’incliner. Hier vendredi, il y avait encore plus de huit heures de file d’attente devant le palais… Une Roumaine me disait hier : « C’est simple, les valeurs que véhiculait le roi sont exactement à l’opposé de ce que sont nos dirigeants politiques depuis vingt-cinq ans… » Alors je n’étais pas surpris, ce matin, lorsque, la procession funéraire s’ébranlant dans les avenues de Bucarest, j’ai vu un peuple en pleurs chanter « La monarchie sauve la Roumanie ».

La restauration fut parfois un véritable sujet en Roumanie depuis la chute du communisme en 1989. En 1992, lorsque le roi Michel fut autorisé à venir en Roumanie pour Pâques, plus d’un million de personnes vinrent l’acclamer. Ce rassemblement spontané paniqua le pouvoir, qui l’interdit de séjour de nouveau pour cinq ans… De l’aveu même des royalistes roumains, avec le roi aujourd’hui sont enterrés les espoirs de restauration.

Alors que je couche ces dernières lignes, le corps du roi défunt est dans le train royal, couronne de fer posée sur le cercueil, en direction de la nécropole royale de Curtea de Argeș. À chaque gare sur le chemin, des milliers de Roumains sont rassemblés, dans le froid, avec leurs enfants, pour saluer le train qui passe, pour saluer l’Histoire. Idem dans les champs, dans les villages traversés. Ces images sont confondantes d’émotion.

Ce soir, Michel Ier de Roumanie reposera au côté de son épouse Anne de Bourbon-Parme, décédée l’année dernière, et de ses ancêtres souverains roumains.

La fin d’un monde.

Le roi est mort.

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