Décès

Fats Domino, roi du rock and roll : catholique et français toujours !

Journaliste, écrivain
 

Qui a véritablement créé le rock and roll ? Une poignée de noms, certains célèbres, d’autres moins, circule depuis plus d’un demi-siècle. L’un d’entre eux surnage néanmoins et met à peu près d’accord tous les spécialistes de la question : le pianiste Antoine Domino.

Lequel, un peu plus connu sous son nom de scène – Fats Domino -, vient malheureusement de nous quitter ce 25 octobre dernier. Fils d’une famille de huit enfants, il était français d’origine caribéenne et, même ayant grandi à La Nouvelle-Orléans, ce morceau de France du lointain, tout en étant obligé de parler anglais, jamais il n’oublia ses racines créoles.

Il apprend seul le piano alors qu’il n’est encore qu’un enfant, en jouant d’oreille tout ce qui passe à la radio. C’est à l’école, à laquelle il ne se rend quasiment jamais, qu’il hérite du sobriquet de « Fats », le « Gros ». Il aurait pu s’en vexer, mais comme une de ses idoles, le pianiste Thomas Waller, a été rebaptisé « Fats » Waller en raison d’un surpoids évident, il reprend ce méchant surnom à son compte. Il sera donc Fats Domino et fera, plus tard, le bonheur de son public à chaque fin de concert, en poussant son piano hors de la scène à la seule force de son imposante bedaine.

À force, donc, de s’échiner sur son clavier, à reproduire le jazz et le blues de l’époque, celui qui n’est encore qu’Antoine Domino finit par développer son propre style. De la main gauche, il balance un rythme tout en swing ; de la droite, il plaque des accords entrecoupés de solos. On appellera le résultat boogie-woogie. Et quand Chuck Berry le transposera un peu plus tard sur sa guitare électrique, ce sera… le rock and roll.

Il ne lui reste plus qu’à donner lettres de noblesse à ce genre musical nouveau. Entre autres tubes, citons au moins les deux plus fameux : « Blueberry Hill » et « Ain’t That a Shame », qui seront repris par John Lennon, Elvis Presley et Paul McCartney – excusez du peu. Histoire de lui rendre hommage, ce dernier compose même Lady Madonna, interprétée dans le plus pur style dominesque.

Dès lors, sa carrière ne s’arrêtera jamais plus. Il quadrille les États-Unis, mais également l’Europe et à peu près tout le reste de la planète. Le secret de sa longévité ? La fidélité à sa musique : pas de loufoqueries hawaïennes à la manière d’Elvis. Une rigueur de vie peu commune dans ce milieu : Fats Domino boit sec, mais jamais ne touchera à la drogue. Pas de séjours en prison ou de scandales sexuels, non plus : Chuck Berry a passé quelque temps à l’ombre pour avoir « oublié » de payer ses impôts et fait installer des caméras dans les toilettes pour dames d’un de ses restaurants, tandis que Jerry Lee Lewis trouvait intelligent d’épouser une certaine Myra Gale Brown qui, non contente d’être sa cousine, n’avait alors que treize ans. Rien de tout cela chez lui.

En effet, dans la culture créole, la famille est sacrée. Si les coups de canif donnés au contrat peuvent être monnaie courante, on ne divorce pas. Malgré un paquet de coups de machette donnés au contrat en question, Rosemary demeura son épouse jusqu’à ce funeste mercredi où il la quitta, non sans une bonne excuse, s’agissant d’une tournée sans retour, cette fois. Ensemble, ils eurent huit enfants, dont les prénoms, tous français, commencent par un A. Comme Antoine Domino, l’un des derniers rois du rock and roll, dont l’une des spécificités fut également d’être catholique dans un univers majoritairement protestant. Antoine Domino ? Catholique et français toujours, comme on dit chez nos lecteurs royalistes qui ne manqueront évidemment pas de saluer la mémoire du défunt.

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