Editoriaux - Politique - Religion - 26 octobre 2017

Statue de Jean-Paul II à Ploërmel : la laïcité à la française a encore frappé…

La laïcité « à la française » a encore frappé. La laïcité, cette mamelle de la République, cette notion que le monde entier nous envie, à l’instar de notre modèle social. Certains, sans se lasser, rejouent ad libitum la guerre des hommes noirs de 1905. Noirs, les hommes de Combes ; noirs, ceux de l’Église de France, cette infamie qu’il fallait écraser.

Ainsi, la Fédération de la libre pensée du Morbihan – c’est-à-dire quelques vieux frangins locaux (il y en a encore) – vient-elle de se distinguer en faisant un procès à la ville de Ploërmel. Là se dresse, depuis 2006, une statue de Jean-Paul II. Soit un personnage historique considérable qui, parmi les nombreux bienfaits qu’il a apportés à l’humanité, compte à son actif une retentissante victoire contre le communisme qu’il a contribué à ébranler suffisamment pour le faire tomber. Et, parce que l’homme était pape, la statue est surmontée d’une croix. C’en était trop pour nos nostalgiques de Jules Ferry.

N’écoutant que leur courage, nos braves combattants anticalotins ont osé, au risque de perdre carrière, réputation, et peut-être même la vie, saisir le tribunal administratif d’une demande d’enlèvement de la croix. Le tribunal leur a donné raison. La cour d’appel de Nantes leur a donné tort. Et le Conseil d’État a cassé l’arrêt de Nantes. Motif : la croix constitue une atteinte au principe de laïcité. La ville dispose de six mois pour s’exécuter.

Voici une grande victoire pour le vivre ensemble. Il y a, en effet, de quoi se féliciter. La plus haute juridiction française a tenu bon : face aux tenants de l’obscurantisme, elle a rappelé que la France est un État laïc et qu’aucune représentation à caractère religieux ne peut être édifiée sur le domaine public. Elle l’a rappelé avec d’autant plus de force que Jean-Paul II symbolise, on l’imagine bien, le côté obscur de la force spirituelle…

D’ailleurs, le Conseil d’État ne pouvait pas ne pas faire preuve de courage. C’est parce qu’ils ont toujours fait preuve d’une inébranlable fermeté sur les principes que ses juges y ont été nommés. Ce sont des gens dont l’indépendance intellectuelle et politique n’est plus à démontrer. Et bientôt, ouvrons les paris, ils rendront une décision similaire à l’encontre d’autres religions. Par exemple le shintoïsme, dont les manifestations sont une atteinte à la liberté de ne pas croire. Ou le chamanisme. Oui, il y a des shintoïstes et des chamanistes en France.

Et puis les jeunes militants de la libre pensée ne manqueront pas, sans tarder, de former des recours contre la construction de minarets. Forcément, un tel édifice, visible de l’extérieur, et utilisé pour appeler le quartier à la prière, aggrave encore l’atteinte à la laïcité. De même que l’omniprésence de costumes religieux d’une autre époque, et d’un autre monde, dans certains quartiers. Faisons l’effort de comprendre que ces tenues peuvent choquer les libres penseurs et les atteindre dans leurs convictions.

Bon, en attendant, et sans vouloir faire de mauvais esprit, rappelons à ces sympathiques combattants de la liberté que la libre pensée n’est possible que dans un pays où existe la liberté de croire et de ne pas croire. Qu’elle ne peut s’exprimer que dans un système juridique qui laisse à l’État le pouvoir temporel et lui dénie tout droit à s’exprimer sur le plan spirituel. Bref, dans un pays où il convient de rendre à César ce qui lui appartient.

Un pays chrétien, peut-être ? Pas de mauvais esprit, on vous dit. Cela pourrait atteindre les libres penseurs dans leurs convictions.

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