Le 30 juillet prochain, les 5,4 millions d’électeurs du pays seront appelés à voter pour les élections présidentielles, législatives et municipales.

Après avoir juré ses grands dieux que le pays allait rompre avec la violence et le trucage électoral de son prédécesseur Robert Mugabe, est attendu au virage par tous ceux qui doutent de sa probité déclarée et répétée, la main sur le cœur, et de son intention de changer les choses dans ce pays ruiné par la gabegie et la corruption.

Nombreux sont les observateurs qui pensent, aujourd’hui, que la destitution de Robert Mugabe par son ancien Premier ministre en novembre 2017 n’a constitué qu’un toilettage effectué uniquement pour permettre au ZANU/PF (Zimbabwe African National Union – Patriotic Front/Union nationale africaine du Zimbabwe – Front patriotique) de se maintenir au pouvoir, l’ancien président s’étant totalement discrédité par la violence et la corruption auprès de ses partisans.

Reste donc maintenant, pour ce pouvoir ZANU/PF, à “gérer” cette nouvelle consultation électorale . Déjà, des soupçons de fraude organisée par les sbires du régime pèsent sur ces élections à venir. Le principal parti d’opposition, le MDC-T (Movement for Democratic Change – Tsvangirai/Mouvement pour le changement démocratique – Tsvangirai), orphelin de son leader Morgan Tsvangirai, décédé il y a quelques mois, doit tenir un grand meeting de ralliement de ses troupes cette semaine. Son nouveau leader Nelson Chamisa vient de dénoncer l’impression illégale de T-shirts à son effigie et qui seraient distribués à des partisans du pouvoir pour semer le désordre ce jour-là.

Pour la première fois depuis longtemps, des équipes d’observateurs de l’Union européenne et du Commonwealth seront sur place pour contrôler la validité des opérations électorales. Le nouveau pouvoir a besoin de légitimité pour s’attirer les bonnes grâces de la communauté internationale.

Ce sont surtout les faux bulletins de vote grossièrement fabriqués qui ont, jusqu’ici, “fait leurs preuves” qui focalisent l’attention, mais ce type de fraude cousu de fil blanc a fait son temps. Pour la première fois de son histoire, le Zimbabwe a eu recours à l’inscription biométrique avec enregistrement des empreintes digitales des électeurs.

Tout cela serait très bien si, dans la course obsessionnelle au maintien du ZANU/PF au pouvoir, les empreintes digitales des centaines de milliers de personnes mortes depuis 2004 n’avaient pas été conservées et, semble-t-il, attribuées à des électeurs favorables au pouvoir en place ; ceux-ci auraient donc le loisir de voter deux ou plusieurs fois sous l’identité de personnes décédées mais toujours vivantes pour l’état civil, et ce, dans les arrondissements où elles étaient enregistrées. Il faut savoir, en effet – aussi incroyable que ça puisse paraître -, qu’il n’y aura pas de vérification biométrique des électeurs dans les bureaux de vote…

Si on ajoute à cela que le nombre des bureaux de vote dans des circonscriptions favorables au ZANU/PF est beaucoup plus important que dans celles favorables à l’opposition, on aura la dimension de la tâche presque insurmontable qui attend l’opposition le 30 juillet prochain. Et tout cela se fera, bien sûr, sous l’œil vigilant de la commission électorale locale dont cette opposition demande, mais en vain, la démilitarisation.

À lire aussi

Marée noire à Maurice : des dizaines de milliers de manifestants dans la rue

Une sourde colère a enflé rapidement dans toute la population. …