On peut traiter le sondage IPSOS, paru vendredi soir, dans Le Parisien, comme un simple aléa de campagne, un sondage parmi d’autres, qui ne dit que la réalité de l’instant t, comme on dit. Mais, à droite et au-delà, plus personne ne s’y trompe : cette enquête vient matérialiser la dynamique de la précandidature d’Éric Zemmour. Un phénomène historique à plus d’un titre. Il y a des instants t qui en disent long à la fois sur le passé et l’avenir. Et cet instant t, qui est aussi le moment Z, est de ceux-là.

D’abord, cette dynamique est spectaculaire et Le Figaro a raison de le souligner : « C’est une envolée connaissant peu de précédents. Toujours officiellement non candidat à la présidentielle, Éric Zemmour n’en finit pas de progresser dans les sondages au point de démentir toutes les prévisions. Et de se retrouver à un point seulement du second tour. » Gagner sept points dans un sondage pour la présidentielle en quinze jours, en effet, c’est du jamais-vu. Même la progression d’Emmanuel Macron, en 2016-2017, n’avait pas connu un tel saut.

Ensuite, cette ascension fulgurante est historique par ses victimes. Toute la presse a souligné que si Éric Zemmour dépassait, désormais, tous les candidats LR, y compris Xavier Bertrand, il talonnait désormais Marine Le Pen, tombée d’un piédestal de 25 % (sans la candidature Zemmour) ou 21 % (dans la dernière enquête avec Zemmour) à 16-17 %. La chute de l’une est tout aussi spectaculaire que l’ascension de l’autre. J’expliquais, il y a quelques mois, qu’Emmanuel Macron comme Marine Le Pen étaient des colosses aux pieds d’argile.

Il y a plusieurs façons d’appréhender le phénomène Zemmour. L’air du : « Oh, vous savez, les 3e hommes, j’en ai vu beaucoup : Barre, Balladur, Chevènement, Bayrou, etc. Voyez comme ils ont fini. » C’était l’analyse d’Alain Minc pour Zemmour, il y a une semaine, sur Radio Classique : « Il y a toujours, dans les élections, un candidat qui monte très haut et se dégonfle. » Une bulle. Et il ajoutait tout de même : « Il porte un coup mortel à Marine Le Pen, car il n’est pas sûr du tout qu’elle soit au second tour. »

Le raisonnement est intéressant et conduit à l’autre façon de réagir face à ce sondage : la manière Robert Ménard, vendredi soir, entonnant le refrain de la droite la plus bête du monde, courant à l’échec du fait de ses divisions. C’est la vision arithmétique : 15 + 15 + 15 et pas de second tour. C’est une vision statique (l’instant t…) qui ignore ce qu’est une campagne qui est faite de dynamiques. Ce qui est assez paradoxal, dans la position de Robert Ménard, c’est qu’Éric Zemmour vient justement occuper, au niveau national, le créneau qu’il a lui-même investi dans son fief local : comme lui, c’est un homme de médias et pas un politicien de métier, comme lui, il a prouvé qu’en parlant vrai et fort, on pouvait réussir sans être ni LR ni RN et en réunissant LR et RN. Beaucoup sont aujourd’hui étonnés, alors que Zemmour vient précisément incarner le candidat dont il dessinait le portrait-robot, de le voir soutenir une Marine Le Pen qu’il juge « recentrée »… La recomposition – ou le dynamitage – des droites dont Éric Zemmour est le nom avait déjà eu des antécédents locaux : il y a bien un Z dans Béziers. Robert Ménard doit y accueillir Éric Zemmour dans les prochains jours : à suivre.

Ce sondage bouscule le jeu à droite. Et les premiers effets ne se sont pas fait attendre au sein même de la sphère RN : Le Monde publie, samedi matin, une interview de Jean-Marie Le Pen annonçant qu’il soutiendra « bien sûr » Éric Zemmour « s’il est mieux placé » que sa fille.

En tout cas, quand un candidat inattendu atteint ce score-là, dépassant ou talonnant ses rivaux, c’est qu’il vient répondre à des attentes et pointer certaines de leurs insuffisances. Et on ne peut plus se contenter de l’accuser de division ou caricaturer ses positions. La leçon vaut pour ses concurrents de droite, mais aussi pour Emmanuel Macron qui a bien compris, en lui répondant indirectement cette semaine, qu’Éric Zemmour, en rebattant les cartes à droite, compliquait aussi les choses pour lui. Avec ces 15 %, Éric Zemmour n’a peut-être pas renversé la table de 2022, mais il a incontestablement changé la donne. Et pour tous.

2 octobre 2021

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