Xavier Raufer : “Emmanuel Macron traite le mouvement des gilets jaunes par le mépris, ce n’est pas prudent, le peuple français est régicide !”

D’après des notes des Renseignements, le mouvement des gilets jaunes pourrait dégénérer : risque de chaos généralisé, voire d’attentats… Pour Xavier Raufer, interrogé au micro de Boulevard Voltaire, le danger est à prendre au sérieux.

Plusieurs notes des renseignements sont remontées jusqu’à la presse et font état d’un risque accru d’attaques terroristes ou même de chaos généralisé en raison de l’action des gilets jaunes.
Ces menaces doivent-elles être prises au sérieux ?

Le gouvernement s’inquiète fort de l’affaire des gilets jaunes. Il s’inquiète parce que derrière cette manifestation, il n’y a personne à menacer explicitement ou avec qui on puisse faire un deal en douce derrière le dos des braves gens, ou bien à acheter ou à corrompre explicitement. Ils sont donc embêtés. Une marée monte même si c’est de manière illégale et ils ne savent pas trop quoi faire pour l’arrêter. C’est quelque chose qui relève de la spontanéité.
Le président de la République et son Premier ministre sont des gens cultivés. Ils savent que la France fait partie du club extrêmement fermé et peu nombreux des peuples régicides. Ces peuples, à un moment donné, ont été jusqu’à tuer leur propre roi au cours d’une éruption incontrôlable. Il y a trois peuples comme ceux-là dans l’histoire des peuples occidentaux, l’Angleterre, la France et la Russie. En Angleterre, il y a eu des massacres terribles lors des guerres, et essentiellement des guerres de religion. En grande partie en Russie, il y a eu la Révolution d’octobre et ses conséquences dramatiques en termes de massacres. D’ailleurs, un historien sérieux a dit que ces histoires là avaient fait cent millions de morts au total. Ce n’est donc pas de la rigolade. Et enfin, la Révolution française.
Les peuples régicides ont une particularité qui les singularise un peu des autres. Ils supportent et ils subissent, ils supportent et subissent et, un moment donné, ils s’enragent et renversent la table. Et on ne sait jamais quand.
Hippolyte Taine décrit par le menu dans son admirable livre les origines de la France contemporaine comment la Révolution française a démarré à Lyon et alentours. Un jour X tout est calme et deux semaines plus tard, tous les curés ont été massacrés, les aristocrates sont en fuite de l’autre côté du Rhin et tout est allé à une vitesse folle. Quand ça démarre, on ne sait pas bien le rattraper. C’est un motif d’inquiétude pour le gouvernement. Pour le reste, il fait ce qu’il peut pour que cela s’arrête, à savoir qu’il l’a joue méchant. Par ailleurs, il y a eu, comme dans toute période d’échauffement, ce que sous Louis XIV on appelait très joliment ‘’les émotions populaires’’. Les émotions populaires excitent tout le monde. Et là, un petit groupe d’islamistes peut en profiter pour dire ‘’ on va en profiter pour tuer tout le monde’’.

La France est un des rares pays régicides, vous l’avez dit.
Pensez-vous que le mouvement des gilets jaunes pourrait à terme renverser le gouvernement ?

Ce n’est pas la peine de faire des hypothèses. Monsieur Hanouna, l’un des pitres médiatiques les plus notoires, a invité hier des représentants des gilets jaunes. Ces derniers ont dit très clairement et ouvertement qu’ils étaient là pour faire tomber le gouvernement et vouloir la peau de Macron.
Nul ne sait s’ils vont y arriver, si c’est sérieux et si cela va durer. Mais depuis hier, ce qui me fait ‘’tiquer’’ c’est le ralliement d’au moins un syndicat de camionneur. Si les camionneurs se mettent en travers, plus rien ne passe. Il faut donc suivre cela de très près et regarder ce qu’il va être fait. Le président de la République prend cette affaire par le mépris. Il fait comme si elle n’existait pas en disant :‘’ c’est comme cela et pas autrement’’. Cette attitude me paraît un peu délicate face à un peuple régicide. Ce n’est pas très prudent.


Le gouvernement a eu un discours qui appelle le peuple à la responsabilité.
Il a dit : « Je vous écoute, mais cela ne changera rien, soyez raisonnables, vous créez des troubles et des désordres ».
Si le mouvement continue, cette logique est-elle perdante à long terme ?

Au moment d’expansion maximale, au moins 300 000 personnes ont été sur les barrages. 300 000 personnes, ce n’est pas 300 000 individus. C’est naturellement 300 000 familles.
Je ne suis pas politologue, mais je regarde la situation avec le bon sens qu’on souvent les criminologues. Fâcher au moins un million de personnes quelques mois avant une élection aussi symbolique que les élections européennes ne semble pas être une bonne idée. Cette élection du printemps 2019 sera symbolique dans la mesure où ce sera la première de l’ère Macron. Ce n’est pas une bonne idée surtout si cela se termine en eau de boudin. Si les gens retournent chez eux amèrs, déçus et frustrés, il y aura un retour de manivelle à la première élection. C’est à peu près clair. Qu’on se souvienne de l’élection de Chirac et de l’affaire de Juppé renvoyé dans ses buts. On a vu le résultat à l’élection d’après. Cela ne me paraît pas une bonne idée. Je dis cela comme ça au pif. Mais attention aux peuples régicides, attention à leurs manifestations, attention à la vitesse à laquelle ces marées-là peuvent monter. Il me semble qu’il faille d’abord prendre cela au sérieux et ne pas traiter cela sur le mode de l’ironie et ensuite faire attention et observer à partir de maintenant les retombées politiques électorales possibles.

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