Plutôt que de se rendre au congrès des maires, Emmanuel Macron a préféré recevoir à l’Élysée quelques centaines d’entre eux dans un climat tendu sur fond de mouvement des gilets jaunes. Lionel Falcoz, maire d’une petite commune de 1.500 habitants qui a repeint virtuellement la façade de sa mairie en jaune, confie son sentiment d’abandon et ses déceptions au micro de Boulevard Voltaire.


Emmanuel Macron va recevoir à l’Élysée une vingtaine de maires ainsi que le président de l’association des maires de France, François Baroin.
Qu’attendez-vous de cette rencontre ?

Je n’attends plus rien aujourd’hui de cette rencontre, plus maintenant. Je ne fais pas partie de ceux qui sont d’un angélisme béat ou d’un rejet catégorique par principe. Je regarde les faits. Depuis qu’il est là, toutes les annonces qui ont été faites ne correspondent pas à la réalité du terrain. Aujourd’hui, des gens décident à Paris en étant complètement déconnectés de la réalité.


Parmi la vingtaine de maires seront surtout présents les maires de grandes villes. Beaucoup de maires de petites communes comme la vôtre parlent du manque de moyen et d’abandon progressif de l’État.
Faites-vous le même constat ?

Il y a deux ans et demi, dans mon village de 1700 habitants au fin fond du 82e département le plus pauvre de France, la trésorerie a fermé boutique et a plié les gaules à 18 km de là. Tous les services de proximité qui étaient rendus par les agents de la fonction publique d’État ne le sont plus. Nos personnes âgées ne comprennent rien à leurs feuilles d’impôt et sont donc obligées de se déplacer. Tout cela pour faire faire des économies aux services.
Le dernier maillon de proximité républicaine, c’est-à-dire de la commune, est clairement en train de disparaître de manière volontaire.

Dans votre commune, vous avez repeint virtuellement la façade de votre mairie en jaune par soutien aux gilets jaunes. Une forte mobilisation s’est levée avec toutes ces revendications et ces préoccupations de la France périphérique dont derrière des petites communes.
Les gilets jaunes ont-ils plus de chance de se faire entendre que les maires des petites communes ?

J’ai effectivement repeint virtuellement la façade de la mairie de ma commune en jaune pour signifier, en tant que citoyen et en tant qu’élu, que je soutiens ce mouvement, même si je pense que ce mouvement a de fortes chances de s’essouffler par manque de structure, de colonne vertébrale et de stratégie. On voit en ce moment que le mouvement est tout doucement en train d’être récupéré.
Je ne crois pas que ce mouvement sera suffisant pour faire plier l’État. À partir du moment où le gouvernement a décidé de mettre en place quelque chose, quoi qu’il se passe, il a la majorité à l’Assemblée nationale. On sait très bien comment les décisions se prennent au Parlement. L’Assemblée a le dernier mot. Ils ont la majorité, donc les réformes passeront.
La grogne des gilets jaunes est tout à fait naturelle, légitime, compréhensive et justifiée. Mais malheureusement, je ne vois pas comment elle pourrait avoir un résultat efficace sans aller beaucoup plus loin dans la méthode.

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