Le défilé du 14 Juillet, une tradition plus récente qu’on ne le croit

De Longchamp aux Champs-Élysées, l'histoire des cérémonies du 14 juillet épouse celle de la France républicaine.
14 juillet 1971. (Photo by Jean-Pierre Couderc / Roger-Viollet via AFP)
14 juillet 1971. (Photo by Jean-Pierre Couderc / Roger-Viollet via AFP)

Tous les 14 juillet, le défilé de nos armées sur les Champs-Élysées est l’occasion, pour des millions de Français, d'admirer les hommes et les femmes qui font la force et la fierté de notre pays. Pourtant, cette tradition est relativement récente, à l'échelle de notre Histoire nationale. Elle n'apparaît ni au lendemain de la prise de la Bastille en 1789, ni après la fête de la Fédération en 1790, mais bien plus tard, en 1880, sous la Troisième République, au moment où le nouveau régime, après la chute des monarchistes, cherche à s'enraciner durablement dans le pays. En faisant du 14 juillet la fête nationale par la loi du 6 juillet 1880, les républicains souhaitent ainsi renouer avec l'héritage de la Révolution française, qu'aucun des régimes successifs, du Premier au Second Empire en passant par la Restauration et la monarchie de Juillet, n'avait voulu célébrer officiellement. Le souvenir de la Terreur restait trop douloureux et trop clivant pour en faire un symbole consensuel.

Le premier défilé militaire est organisé le 14 juillet 1880 sur l'hippodrome de Longchamp. La jeune Troisième République veut afficher le redressement de l'armée française après la défaite de 1870 contre la Prusse et entretenir l'esprit de revanche afin de préparer la reconquête de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine, annexées par l'Empire allemand. Moment hautement symbolique, le président de la République Jules Grévy remet, aux côtés du président de la Chambre des députés Léon Gambetta, les drapeaux et étendards des nouveaux régiments, symboles de leur engagement au service de la France mais surtout de la République.

Des parcours qui ont évolué au fil du temps

Le fait que ce premier défilé militaire du 14 Juillet se déroule à Longchamp n'a rien d'exceptionnel, puisque les revues militaires y sont organisées chaque année jusqu'en 1914. Après l'interruption imposée par la Première Guerre mondiale, le défilé du 14 juillet 1919, baptisé « défilé de la Victoire », marque un tournant. Pour célébrer le retour de la paix et rendre hommage aux combattants alliés, les troupes victorieuses défilent au cœur de Paris, depuis l'Arc de Triomphe jusqu'à la place de la République, en descendant les Champs-Élysées. La tombe du Soldat inconnu n'étant inaugurée qu'en 1921, le cortège passe alors sous l'Arc de Triomphe, reprenant l'usage de ces arcs dans l’Antiquité.

À cette occasion, également, les aviateurs, dont l'utilité cruciale s'est révélée durant le conflit, défilent pour la première fois à pied aux côtés des autres armes. Quelques semaines plus tard, le 7 août 1919, l'adjudant-chef Charles Godefroy réalise un exploit resté célèbre en faisant passer son biplan sous l'Arc de Triomphe. Ce geste spectaculaire constitue un hommage aux aviateurs morts pendant la guerre et une manière d'affirmer la place des fils de l’air dans les cieux et non à terre lors de ces parades militaires. Ce n'est toutefois qu'en 1934 que le premier défilé aérien officiel du 14 Juillet est organisé.

Cependant, ce premier défilé sur les Champs-Élysées n'instaure pas immédiatement une tradition. Dès l'année suivante, la revue militaire revient à l'hippodrome de Vincennes, avant que différents itinéraires ne soient expérimentés au fil des décennies, notamment entre les Invalides et la place de la Concorde. Sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, les parcours changent presque chaque année. Les soldats défilent ainsi successivement entre la Bastille et la République en 1974, au cours de Vincennes en 1975, devant l'École militaire en 1977 ou encore de la République à la Bastille en 1979. Ce n'est qu'à partir de 1980 que les Champs-Élysées deviennent le lieu habituel de la cérémonie, même si cette tradition connaît parfois des exceptions. Ainsi, en 2024, en raison des Jeux olympiques de Paris, le défilé est exceptionnellement transféré avenue Foch.

Les années où le défilé disparaît

L'histoire du défilé est aussi marquée par plusieurs interruptions. Aucune cérémonie n'est organisée entre 1915 et 1918 en raison de la Première Guerre mondiale. Durant l'Occupation allemande, de 1940 à 1944, le défilé disparaît également, la France étant privée de sa souveraineté. Pour autant, l'esprit du 14 Juillet demeure. Les Forces françaises libres organisent, dès 1940, une cérémonie à Londres afin de montrer que la France poursuit le combat aux côtés des Alliés. À cette occasion, le général de Gaulle dépose, à Grosvenor Gardens, une gerbe de fleurs au pied de la statue du maréchal Foch, le vainqueur de la Grande Guerre, afin de rappeler que la victoire sur l’Allemagne est possible.

 

 

Le 14 Juillet 1945 revêt une portée symbolique exceptionnelle en célébrant à la fois la Libération et la victoire. Après cinq années d'interruption, les armées françaises retrouvent les rues de la capitale et défilent devant une population venue célébrer le retour de la paix. Plus qu'une démonstration militaire, cette cérémonie marque le rétablissement de la souveraineté nationale, faisant du défilé du 14 Juillet l'un des plus puissants symboles de l'unité entre la nation et son armée, fière de servir sous les couleurs du drapeau tricolore.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

38 commentaires

  1. Macron aura véritablement tout détruit ; Même le défilé de nos armées sur les champs élysée !!! Les soldats morts pour la FRANCE doivent se retourner dans leurs tombes . Honte à ce paltoquet de président .

  2. Au fait, est ce que qqu’un peut m’expliquer la raison de la présence au 1er rang de Mme Macron ? Devant même es dirigeants qui étaient présents ? Quel est son rang protocolaire ? Elle n’est que (désolé mais il n’y a pas d’autre expression que : n’est que) l’épouse du Président. Il n’y avait donc aucune raison qu’elle soit à la place où elle était.

  3. Oui c’est plutôt récent mais à l’échelle de l’histoire comme vous dites, d’ailleurs cette loi n’est pas très précise on ne sait pas si c’est pour la prise de la Bastille ou la fête de la Fédération qui aura lieu un an plus tard en1790 à l’instigation de La Fayette, les historiens sont très partagés en ce qui me concerne je préfère 1790 fête de rassemblement plutôt que 1789 qui ne fut qu’une boucherie sans nom et qui n’a pas conduit immédiatement à la République.

  4. « aucune cérémonie n’est organisée de 1915 à 1918 ». Je compulse l’ouvrage paru chez Omnibus réalisé par Philippe Mellot « Paris en guerre », livre plein de photos d’époque. La légende explique que ce mercredi 14 juillet 1915, la cortège officiel traverse la place de la Concorde vers les Champs-Elysées.14 juillet 1916, les légendes donnent les troupes indiennes, un chien sanitaire et ses maitres, les soldats annamites, les cyclistes, la cavalerie. 14 juillet 1917, on lit que le défilé se fait cours de Vincennes. Artilleurs français avec un canon de 75, la fanfare américaine, les tirailleurs nord-africains, les blessés attendent le défilé…Enfin, le texte dit que « le 14 juillet 1918 fut unique. Une fête inouïe écrivait Charles Maurras ! Les soldats italiens,les officiers US, la calèche présidentielle sur les Champs-Elysées, toutes les armées combattant en France sont représentées…. Je pense avoir un livre très intéressant et il est vrai que le l’ouvre assez souvent.Voilà, j’ai fait mon petit rectificatif pour la plaisir de BV er rassurer ses lecteurs.

    • Il y eu également un défilé le 14 juillet 1944 les résistants défilèrent à Die après les combats de Montclus il y fut même remis de décorations.

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