[LIVRE] Les Traîtres les plus cons de l’Histoire : un sujet vieux comme le monde

Un panorama que dresse Charlotte Chaulin, sous la direction du criminologue Alain Bauer, dans un livre réjouissant.
LES TRAITRES

Un traître qui échoue est un con. Celui qui réussit passe parfois pour un génie. Le maître étalon du traître, c’est évidemment Judas, peut-être le seul exemple de la catégorie ayant réussi sans l’avoir forcément voulu. Car sans sa trahison, point de crucifixion et de résurrection trois jours plus tard. Et encore moins de christianisme. Était-il con ? On ne le saura jamais. En revanche, ce dont on peut être sûr, c’est que la trahison existe depuis que le monde est monde. Voici le panorama que dresse Charlotte Chaulin, sous la direction du criminologue Alain Bauer, dans un livre réjouissant, Les Traîtres les plus cons de l’Histoire.

En préambule, on lit ceci : « La trahison est un miroir déformant. Talleyrand, qui manie l’infidélité comme un scalpel, résume la chose avec un cynisme parfaitement maîtrisé : "La trahison est une question de dates." Le traître d’hier peut devenir le héros de demain si le vent tourne en sa faveur. Tout est affaire de calendrier, de vainqueur et de camp, car, au fond, le traître de l’un n’est jamais celui de l’autre. » Dans un registre semblable, Jean-Marie Le Pen confia, jadis, à l’auteur de ces lignes, à propos de l’équipée mégrétiste du siècle dernier : « Finalement, la seule chose qui puisse faire oublier la forfaiture, c’est le succès. »

Ces traîtres qui ne savent pas s’arrêter…

Néanmoins, le succès d’hier peut aussi se transformer en infamie le lendemain, tel que le démontre le funeste sort de Jean-Baptiste Carrier, l’un des fossoyeurs de la Vendée durant la Révolution. Charlotte Chaulin : « Carrier pensait bénéficier d’une immunité éternelle. Après avoir ensanglanté Nantes avec ses sinistres "noyades", il voit tomber Robespierre en juillet 1794. Loin de se faire discret, il se range du côté des vainqueurs et parade, convaincu que son zèle révolutionnaire le rend intouchable. Mais le vent tourne. Le peuple réclame des comptes pour les horreurs de Nantes. Devant la Convention, au lieu de plaider la clémence, Carrier choisit la provocation. Il hurle à ses collègues : "Tout est coupable ici, jusqu’à la sonnette du président !" En menaçant d’entraîner tout le monde dans sa chute, il commet l’erreur de transformer ses alliés d’hier en ennemis jurés. Son arrogance scelle son destin. Pour se laver de leurs propres fautes, les députés décident de faire de lui l’unique monstre, le bouc émissaire de la Terreur. En croyant dominer l’Assemblée par la peur, Carrier n’a réussi qu’à l’unir contre lui. Il est arrêté en novembre et guillotiné en décembre 1794. »

Jean-Baptiste Carrier avait trahi la monarchie lui ayant permis de devenir magistrat. Il fut ensuite trahi par ses amis révolutionnaires. Pour une fois, la morale était sauve. S’il avait été moins con, peut-être aurait-il sauvé sa tête ; mais n’aurait pas trouvé sa place en ce florilège. C’est parfois complexe, la vie…

Des traîtres plus cons que nature…

Pour d’autres, elle est évidemment plus simple, tel Anthony Babington (1651-1586), qui entend assassiner la reine Élisabeth Ire d’Angleterre. Histoire d’immortaliser son projet, il demande à un peintre de le coucher sur toile. Lui, en majesté, entouré des autres conjurés. Les services secrets de la reine avaient déjà intercepté nombre de ses courriers. Ne leur manquait plus qu’à identifier les traîtres à la couronne. Le tableau en question leur permit d’arrêter tout ce joli monde en un seul coup de filet. Sans le vouloir, ces cons avaient inventé les photos d’identité judiciaire. Autre bas du front que ce Jean de Luxembourg (1392-1441), qui retient Jeanne d’Arc prisonnière après l’échec de Compiègne. Il mise alors sur l’ami anglais et la leur vend pour dix-mille livres. Quelques années plus tard, la France a un nouveau roi en la personne de Charles VII. Les Anglais sont repartis au pub, tandis que la demoiselle de Domrémy est en passe de devenir symbole de fidélité à la nation. Comme un con, Jean de Luxembourg vieillira et mourra seul, symbole honni de la traîtrise.

Aujourd’hui, on pourrait dresser d’autres listes, celles des traîtres en politique. Une encyclopédie entière n’y suffirait pas. Il y a, certes, ceux qui ont réussi. Jacques Chirac qui trahit Jacques Chaban-Delmas au profit de Valéry Giscard d’Estaing, à l’occasion de l’élection présidentielle de 1974. Et les autres, tel Édouard Balladur, lors du millésime 1995, qui poignarde le même Jacques Chirac pour, ensuite, appeler piteusement à voter pour lui. Inutile de lister les plus récents. Ils se reconnaîtront, tout comme les filles de joie le font, au premier coup d’œil. Mais elles, au moins, ont une indéniable utilité sociale. Alors que les autres…

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Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain

Vos commentaires

33 commentaires

  1. Ne pas oublier Bazaine, qui s’est livré aux Prussiens à Metz parce qu’on lui avait fait croire qu’il aurait les faveurs nocturnes de la femme du roi !

  2. Une interrogation nous vient. La simple présence de cet ouvrage, son titre seraient-ils inspirés de personnages, de faits contemporains ? On peut le croire.

  3. « S’il avait été moins con, peut-être aurait-il sauvé sa tête ». Il n’était pas con, mais simplement sûr de l’impunité. Cela ne vous rappelle rien ?

  4. Carrier (Montagnard) n’a pas été condamné pour ses crimes mais pour conduite contre-révolutionnaire sur proposition du député Montagnard du Bas-Rhin Louis. Comme Fouquier-Tinville Carrier n’a été qu’un fonctionnaire servile de la Convention. Il faut lire les attendus de son procès qui n’ont rien à voir avec les légendes propagées par Vrétineau-Joly et G. Lenotre !
    J’écris cela gratuitement sachant que Nicolas Gauthier ne le lira pas !

  5. Charles VII est sacré à Reims le 17 Juillet 1429 où Jeanne d’Arc l’a conduit. Ce n’est donc pas quelques années après la vente de Jeanne aux Anglais. Que Charles VII devient roi.

    • Exactement ça m’a fait bondir moi aussi.
      Ce n’est pas la seule approximation ou vision personnelle (Judas) présentée comme une vérité historique et c’est dommage parce que du coup ça porte atteinte au fond de l’article.
      Historien, bibliste… ce sont des métiers

  6. Judas a-t-il vraiment trahi Jesus ? C’est moins sûr ! Jesus avait une mission qui ne pouvait s’ accomplir que par sa livraison aux autorités du moment ; à la demande de Jesus ,Judas l’ aurai simplement aidé secrètement à accomplir cette mission .

    • On peut penser cela, mais personne ne saura jamais le fin mot de l’affaire. Juste pour contrer « l’accord secret avec Jesus », pourquoi alors ce dernier aurait il demandé à Dieu « que ce calice passe loin de lui »…?

    • Pitié avec cette rengaine romanesque qui traîne depuis le 19e siècle et qui ne tient pas debout ni par la logique ni par ce que disent les évangiles.
      Jésus accepte l’épreuve, il ne l’organise pas.
      Sinon pourquoi Jésus dit « l’un de vous va me TRAHIR » ? pourquoi dit-il encore « il aurait mieux valu qu’il ne fut pas né  » ?
      Et c’est Judas qui va trouver les autorités, ce n’est pas Jésus qui l’envoie.
      Et si vous pensez que tout ceci est la manière de présenter les choses des évangiles alors je vous demande par qui d’autre connaissez-vous Judas ? uniquement par les évangiles. Vous ne pouvez pas vous appuyer sur les évangiles pour parler de lui et les rejeter pour en dire ce que vous voulez

  7. « Cons  » ne me plaît pas mais pas étonnant avec des profs style Bauer. Pas étonnant que le niveau soit en-dessous de celui des Commores!

  8.  » Carrier, l’un des fossoyeurs de la Vendée durant la Révolution » ? NON : ce fut durant la Terreur (1793-1794). La Révolution commence en 1789 et en 1790 c’est la prometteuse Fête de la Fédération, puis en 1791, la première constitution que Louis XVI a acceptée et signée. Mais en juin 1791 la sotte fuite à Varennes et voilà Robespierre , l’idole de Mélenchon. L’histoire doit être une connaissance précise car elle influence longtemps notre jugement et donc on tente souvent par stratégie politique ou ignorance de la déformer..

  9. Judas n’a évidemment pas existé, tout ça ce sont des légendes pour les enfants et les faibles mentaux…

    • Pourquoi n’aurait-il pas existé puisque les supplices imposés à certains de ses 11 collegues apôtres ont eté répertoriés par les chroniqueurs de l’époque , comme celui de Saint Jean qui ressortit indemne de son ébouillantement ou de Saint Jacques qui fut précipité du haut des murailles du temple ?

    • Bien sûr, c’est comme le grand remplacement, ça n’existe pas. Le racisme anti blanc non plus,… la liste est très longue et s’enrichit au fur et à mesure que le bon sens s’enhardit…

  10. Vous avez parfaitement repris la thèse de l’Évangile de Judas, écrit gnostique récemment retrouvé, qui soutient que Jésus, en accord avec son disciple, prépare son sacrifice pour que les Écritures se réalisent (« Tout est accompli ! » – Jean 19:30)

    À Jean-Baptiste Carrier, responsable des « baptêmes républicains » dans la Loire, il convient d’ajouter l’oratorien Joseph Le Bon qui a décimé Arras et Cambrai en se croyant intouchable, ainsi que les massacres lyonnais de Joseph Fouché, (« le vice appuyé sur le bras du crime, M. de Talleyrand marchant soutenu par M. Fouché » – Chateaubriand, Mémoires d’Outre-tombe).

    La conspiration d’Anthony Babington est aussi évoquée dans le roman de Ken Follet : « Une colonne de feu »

  11. en France nous avons quelques spécimens relativement exceptionnels dont le chef ,particulièrement gratiné !

  12. Merci Monsieur Gauthier.
    Enfin un commentaire lucide sur Judas. Sans lui, pas de crucifixion, pas de résurrection, pas de christianisme.
    Sauf qu’il ne trahis pas, il livre Jésus sur sa demande « ce que tu as à faire fais-le vite » .
    Certains évoquent qu’il l’aurait fait pour l’argent. Il a été payé 30 deniers, soit un mois de salaire d’un ouvrier agricole…
    Enfin, effondré, il met fin à ses jours sans attendre la résurrection qui lui aurait permis de comprendre…

    • En effet, les écrivains qui ont rédigé ou retranscrit les évangiles du Christ font également parti des traitres qui ont su trahir Sa parole par manque de maturité spirituelle ou à des fins politiques comme on le suppose. Bien que ceux-là n’ont sans doute jamais été missionné pour le faire, leurs écrits ne sont encore aujourd’hui, guère remis en cause Il est bon de le rappeler ici.

      • Sauf que désormais et gràce aux dernieres découvertes archéologiques on sait que les évangiles de Saint Jean et de Saint Mathieu furent rédigés par leurs auteurs de leur vivant …

      • Knyr : C’est tout à fait exact ! C’est d’ailleurs en parti, grâce à la lecture des manuscrits de NagˆHammadi (manuscrits de la Mère Morte) que je m’avance pour me prononcer ainsi. Et je ne parle pas de tous les autres évangiles qui ont été carrément censuré (ex : Évangile de Marie Madeleine) Quand à celui de Matthieu…il est souvent lu « avec des pincettes » On devine pourquoi…

    • D’après les prophètes, le Messie devait être mis à mort.
      Il se trouve que ça s’est passé par une trahison et que ça a été celle de Judas : ça n’a pas été lui, ça aurait été un autre.
      St Marc 14:21 : »Le Fils de l’homme s’en va selon ce qui est écrit de lui. Mais malheur à l’homme par qui le Fils de l’homme est livré ! Mieux vaudrait pour cet homme qu’il ne fût pas né. »
      (si vous trouvez que c’est ridicule et irrationnel de se référer aux prophètes alors on ne peut pas s’appuyer non plus sur les évangiles ! cela forme un tout et bibliste est un métier)
      La phrase « ce que tu as à faire fais-le vite » vient APRÈS la proposition de Judas aux grands prêtres de leur livrer Jésus.
      Donc la livraison n’est pas une demande de Jésus.
      Et quid de la phrase écœurée de Jésus « c’est par un baiser que tu livres le Fils de l’Homme » ?
      Il aurait dit « ah merci à toi »
      Sans oublier le commentaire de Jésus « l’un de vous va me trahir » et aussi en parlant de Judas « il aurait mieux valu qu’il ne fut pas né ».
      La phrase de Jésus « ce que tu as à faire fais-le vite » signifie « finissons-en » (puisque apparemment rien ne te fait sortir de ta résolution) car tout au long de cet évangile Jésus montre qu’il est au courant « l’un de vous va me trahir » et que ce geste est extrêmement grave puisque Jésus en disant « il aurait mieux valu qu’il ne fut pas né », Jésus sous-entend qu’il va perdre son âme. Or Jésus est venu sauver l’âme de tous ceux qui le désirent.
      Evangile st Jean chap 6 70-71 : » n’est-ce pas moi qui vous ai choisi vous les douze ? Et pourtant l’un de vous est un démon »
      Toute une littérature bande dessinée ésotérique pioche dans les évangiles pour ne prendre que ce qui l’arrange

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