13 juillet 1842 : disparition du prince qui aurait pu sauver la monarchie
Le 13 juillet 1842, la monarchie de Juillet est frappée par un événement aussi brutal qu'inattendu. Ferdinand-Philippe d'Orléans, duc d'Orléans, prince royal et fils aîné du roi Louis-Philippe, meurt à seulement 31 ans à la suite d'un accident de voiture. Avec lui disparaît alors l’héritier direct du trône, celui que beaucoup considéraient comme le meilleur espoir de stabilité pour le régime instauré en 1830. Sa disparition marque ainsi un tournant politique majeur dont les conséquences se feront sentir jusqu'à la chute de la monarchie en 1848.
Un héritier apprécié et promis au pouvoir
Né à Palerme le 3 septembre 1810 durant l'exil de la famille d'Orléans, Ferdinand accompagne son père lors de son accession au trône après les Trois Glorieuses de juillet 1830. Officier courageux, il participe notamment à la conquête de l'Algérie et se forge une réputation de prince moderne, cultivé et ouvert aux idées libérales. Il apparaît rapidement comme le visage d'une monarchie capable de concilier autorité et réformes.
Le 13 juillet 1842, Ferdinand décide de partir pour le château de Neuilly afin de rendre visite à sa famille. Cependant, alors qu'il approche du parc, les chevaux de son attelage s'emballent malgré les tentatives du cocher pour les maîtriser. Nul ne sait si Ferdinand est projeté hors de la voiture ou s'il tente de sauter pour se sauver, mais le résultat est tragique. Le prince est retrouvé évanoui sur le pavé que son crâne a violemment heurté. Il est aussitôt transporté dans une maison voisine afin d'y recevoir les premiers soins. La famille royale, prévenue de l'accident, accourt également à son chevet, mais il est déjà trop tard. Incapable de parler en raison de la grave lésion cérébrale dont il souffre, il laisse seulement couler quelques larmes de ses yeux qui, quelques heures plus tard, se ferment pour toujours. Sa mort provoque alors une immense émotion, dans le royaume. Le Journal des débats politiques et littéraires déclare qu'en ce jour disparut « le meilleur des fils, le plus tendre des époux, le frère le plus affectueux […] l'ami le plus sincère et le plus dévoué ».
Une succession devenue source d'instabilité
À la mort du prince royal, l'héritier devient son fils, Philippe d'Orléans, comte de Paris, âgé de seulement quatre ans. Cette situation fait naître de nombreuses inquiétudes, car une éventuelle disparition de Louis-Philippe aurait entraîné une longue régence. Le gouvernement perd également celui qui faisait le lien entre les différentes sensibilités politiques du pays.
Privée de cet héritier si précieux, la monarchie se fragilise. Les oppositions républicaines, légitimistes et bonapartistes gagnent en influence tandis que le roi, vieillissant, peine à maintenir l'équilibre politique. Lorsque la révolution de février 1848 éclate, Louis-Philippe abdique alors en faveur de son petit-fils mais la Chambre refuse cette solution et proclame la Deuxième République.
L'héritage d'un lieu de mémoire
Le lieu même de l’accident du prince, aussi absurde que fatal, devient rapidement un lieu de recueillement. Avant la chute de la monarchie, la famille royale décide ainsi d'y faire édifier une chapelle commémorative, consacrée en 1843 sous le nom de chapelle Saint-Ferdinand. Cependant, au gré des transformations urbaines de Paris, l'édifice est déplacé et reconstruit pierre par pierre à proximité de son emplacement d'origine, où il porte désormais le nom d'église Notre-Dame-de-Compassion. Ce sanctuaire témoigne encore aujourd'hui de ce drame, notamment grâce au magnifique et émouvant cénotaphe qu'il abrite, représentant le prince mourant veillé par un ange en deuil. Un autel dédié à la Vierge fut également bâti à l’endroit même où le prince rendit son âme à Dieu. Toutefois, Ferdinand-Philippe ne repose pas dans cette église mais au cœur de la nécropole de la maison d'Orléans, dans la chapelle royale de Dreux.
Le poète Alfred de Musset écrira en hommage au prince un poème, Le Treize Juillet : « Pauvre Prince ! quel rêve à ses derniers instants ! / Une heure (qu’est-ce donc qu’une heure pour le Temps ?) / Une heure a détourné tout un siècle. Ô misère ! [...] Neuilly ! charmant séjour, triste et doux souvenir ! / Illusions d’enfants, à jamais envolées ! / Lorsqu’au seuil du palais, dans les vertes allées, / La reine, en souriant, nous regardait courir, / Qui nous eût dit qu’un jour il faudrait revenir / Pour y trouver la mort et des têtes voilées ! »
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
LES PLUS LUS DU JOUR




































20 commentaires
C’était quand même une lignée de régicide.. Mais nous n’en sommes plus là.
C’est l’idéal qui reste; on peut toujours et sans peine faire mieux que ces républiques successives.
Nos rois de l’Ancien Régime aimaient la France et l’on défendue. Notre pays doit sa grandeur et son prestige à l’héritage patrimonial qu’ils nous ont laissé au cours des siècles. Je suis certaine que sans la Révolution et la fin de la monarchie, la France ne connaitrait pas toutes les menaces dont nous souffrons. Aucun successeur à nos rois n’a été digne d’être à la tête de l’Etat. Et qu’on ne me parle surtout pas de Napoléon, le génocidaire de milliers de Français – sans parler de millions d’Européens !
Nous ne vous en parlerons donc point.
Où l’on n’évoque, comme « sauveteurs »…que les Orléans…descendants d’un régicide…
On a déjà l’Élysée qui nous coûte un pognon de dingue si en plus il fallait entretenir un roi…
Un roi est inamovible et donc jamais dans la course à la réélection et certainement plus soucieux du sort de son pays et de son peuple que le 1er freluquet venu. Question coût, depuis Mitterand on sait ce que la gauche nous coûte.
La monarchie était condamnée, au grand dam des gens qui basent encore aujourd’hui leur vie sur la particule qui précède leur patronyme…
Oui mais était ce un bien?
Une tragédie, sans doute, mais il n’était pas plus légitime au trône de France que son père.
Idem
En lisant la fin de l’article, je me suis fait la réflexion qu’il y a des disciplines qui vieillissent mal, et la poésie en vers en est la meilleure preuve. Un exercice de style fastidieux pour lequel on doit se creuser la tête pour faire rimer temps avec instant, allées ou voilées avec envolées. Passer sa vie à écrire des alexandrins, pour les uns, ou consacrer ses moments de libre à les lire, pour les autres, les soirées bourgeoises devaient être longues … très longues au XIXe siècle. En dépit de toutes les critiques, je préfère les smartphones du XXIe.
Et cet ersatz musical qu’on appelle le rap doit avoir aussi vos faveurs, j’imagine ? Bel example de décadence culturelle et mentale alors qu’à Versailles sous la monarchie tous s’amusaient à faire des bouts rimés…
et on s’étonne du déclin de l’intelligence…
Henry V, duc de Bordeaux, comte de Chambord, était le véritable héritier du trône de France !
J’invite les gens à visiter la très belle Église Notre-Dame de Compassion, à la porte des Ternes (le tracé du périphérique a été légèrement détourné pour la conserver), ainsi que la plaque commémorative de l’accident, boulevard Pershing ; toutes deux sont à côté du palais des Congrès de la porte Maillot.
Il est aussi possible de voir la statue équestre du prince Ferdinand-Philippe à la place du Duc d’Orléans à Neuilly, au bout du boulevard d’Inkermann.
J’habite à environ 800 kms, le trajet n’en vaut pas la peine…
Quelles que furent ses qualités, le petit-fils de celui qui condamna à mort le dernier roi, ‘sauver la monarchie’? Non, sans blague!
Curieux raccourci ! Je ne pense pas qu’il ait été maudit en tant que petit-fils de Philippe-Égalité !!!
Il ne s’agit pas de malédiction, mais de décence : l’assassin ne saurait hériter de sa victime.
Idem