Cinéma - Culture - Editoriaux - People - Polémiques - 13 novembre 2019

Zemmour, Agacinski, Hollande, Polanski… Accusés, levez-vous !

On a annulé, voilà deux semaines, une conférence de Sylviane Agacinski, à l’université de Bordeaux, au motif prétendu qu’elle était homophobe. Mardi, à Lille-2, c’est François Hollande qui a dû être exfiltré après que des étudiants eurent dévasté la salle où il devait s’exprimer, déchirant les livres de l’ancien Président aux cris de « Hollande assassin ! » On ne compte plus les émissions et les stations qui ont banni Éric Zemmour de leur plateau, non plus que les « collègues » du journaliste qui refusent désormais de fouler le sol où il a posé le pied.

Rien à voir avec Polanski, diront certains. Celui-là est un criminel d’une autre trempe, un prédateur sexuel.

Roman Polanski est un cinéaste de grand talent, ce qu’à 86 ans personne, je crois, ne lui conteste. Mercredi, jour de sortie des films, son dernier opus — J’accuse, consacré à l’affaire Dreyfus –, devait être présenté en avant-première au cinéma le Champo, dans le Ve arrondissement de Paris. Une trentaine de féministes en ont décidé autrement, barrant l’entrée en brandissant des pancartes où l’on pouvait lire : « Polanski violeur – cinémas coupables – public complice » et autres déclinaisons sur le même thème.

Pourquoi ? Parce qu’une nouvelle accusation de viol vient d’arriver dans le paysage déjà chargé de Polanski : la photographe française Valentine Monnier l’accuse de l’avoir violée, il y a 44 ans. Quelques jours après avoir porté son accusation, cette dame a toutefois transmis un texte à l’AFP où elle dit ne plus souhaiter apparaître sur la scène publique, jugeant qu’elle a accompli son devoir en dénonçant des agissements contre lesquels elle n’avait jamais porté plainte et qui sont, aujourd’hui, largement prescrits. C’est la sortie du film qui l’a poussée à s’exprimer, dit-elle.

Le cinéaste nie les faits, comme chaque fois qu’une accusation est portée contre lui. Elles sont cependant assez nombreuses, aujourd’hui, pour créer « un faisceau de présomptions », comme on dit dans les séries policières. Circonstance aggravante et déclencheuse de l’ire féministe, Polanski a établi une sorte de parallèle entre son héros et lui-même : comme le capitaine Dreyfus, il serait victime d’une cabale.

Parole contre parole, donc, mais là n’est pas la question puisqu’en ce domaine comme en ceux évoqués en préambule de ce papier, toute accusation vaut aujourd’hui condamnation.

Au petit groupe de femmes assemblées mardi soir devant les portes du Champo se sont agrégés les « étudiants » qui venaient de renverser les grilles du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, et si la police est intervenue, le cinéma est demeuré portes closes. Annulée, donc, la projection du Champo, et annulé, le débat qui devait suivre avec l’acteur Louis Garrel (Dreyfus à l’écran) et deux universitaires. L’Histoire, on s’en fout !

Aujourd’hui, c’est la pression qui paye, la censure brute et brutale. Pas de temps pour la réflexion, encore moins pour la justice. Juste l’impulsion.

Toute promotion du film de Polanski, pourtant salué pour ses qualités, a été annulée. Les acteurs ont, les uns après les autres, été bannis des plateaux : annulés, les entretiens de Louis Garrel sur France Inter et France 5 ; annulée, de même, l’invitation de Jean Dujardin (Picquart, dans le film) au 20 heures sur TF1, annulée, celle d’Emmanuelle Seigner sur France Inter

Les « institutions » elles-mêmes réfléchissent au bannissement du cinéaste : l’Association des réalisateurs annonce qu’elle va réunir son conseil d’administration pour « statuer sur une possible suspension du réalisateur, même si, dit-elle, l’exclusion est impossible tant que la justice n’a pas tranché », nous informe Le Parisien. Pour l’instant, le CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée) « ne se positionne pas sur des questions morales » et se retourne vers le ministère de la Culture. Bref, l’épuration va bon train…

J’attends, maintenant, le jour où l’on déboulonnera Picasso, sale type avec les femmes ! Mais il est vrai que Picasso était communiste…

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