“La véritable question, c’est la place de l’homme dans la société par rapport à l’argent”

Christine Boutin, ancien député, ancien ministre, quitte la vie politique après quarante années d’engagement. Dans cette interview accordée à Boulevard voltaire, elle revient sur le rapport entre sa foi et son combat politique et invite les jeunes générations à prendre la relève.

Je trouve que l’engagement politique est un engagement magnifique.
Il faut absolument que des jeunes se lèvent pour assumer cet engagement.
C’est un engagement difficile surtout lorsqu’on a des convictions, mais pour ma part il m’a beaucoup enrichie. Je pense que je suis plus intelligente que je ne l’étais il y a quarante ans.
En effet, la politique vous amène à rencontrer toutes les classes de la société et à vous rendre compte que vous n’avez pas obligatoirement la vérité.
D’autres personnes n’ont pas spécialement vos idées, mais peuvent dire des choses justes.

Vous l’avez dit à plusieurs reprises, votre engagement politique trouve une partie de son existence dans votre foi.
Cela vous a-t-il beaucoup apporté ?
Votre nom a aussi été beaucoup brocardé en référence à des déclarations-chocs, des polémiques et des insultes.

Ma foi s’est enrichie par la vie politique.
J’ai pu vérifier chaque jour, de façon concrète, mes intuitions spirituelles et l’unité de l’Evangile.
Cela a été un enrichissement très important. Il m’a tellement donné le goût d’aller plus loin que je me prépare à faire une licence de théologie.
Quand on veut ouvrir ses yeux, son coeur et ses oreilles, la politique est l’expérience concrète de la parole de l’Evangile. C’est comme cela que je l’ai vécu et cela m’a beaucoup aidé à supporter toutes les railleries. J’aurais pu avoir une attitude d’agacement par rapport à toutes ces méchancetés. En réalité, cela m’a appris à pardonner.

Vous avez été très engagée sur les combats sociétaux.
Pensez-vous que votre combat va porter ses fruits un jour ?

J’en suis absolument convaincue.
En apparence non, mais la durée d’une vie politique même de quarante ans n’est pas suffisante pour faire changer les esprits.
La politique apprend la patience, l’abandon, des sentiments fondamentaux.
Même si je ne suis pas seule, j’ai participé au réveil d’un certain nombre de consciences.
Les gens reconnaissent que j’ai eu une influence au-delà sur des résultats que l’on constate aujourd’hui.
C’est aussi une des raisons pour lesquelles je laisse la place, pour que les jeunes prennent la direction.
Dans un monde en profond changement, il faut réinventer l’organisation politique dans notre pays. Il faut être créatif.
C’est aux jeunes de prendre la mesure. C’est ce que j’ai fait il y a 40 ans lorsque j’avais 33 ans. Il faut que les trentenaires y aillent maintenant.

Vous aviez créé le Forum des Républicains Sociaux qui est devenu le Parti des Chrétiens Démocrates.
Quel avenir donnez-vous au PCD ?

Le PCD est là et Jean-Frédéric Poisson le porte comme président.
J’en suis toujours présidente d’honneur.
L’institution existe toujours, mais il va falloir qu’il se transforme comme tous les autres. Il va falloir s’élargir.
Le problème est de définir la base sur laquelle on peut rassembler les uns et les autres.
Le véritable enjeu dans ce monde changeant est de savoir où nous mettons la priorité et comment.
La véritable question est celle de la place de l’Homme dans notre société par rapport à la Finance et l’argent.
La question est de savoir si tous les gens qui pensent que la dignité de la personne humaine est menacée et qu’il faut l’affirmer comme une priorité sont prêts à se rassembler.
Je pense qu’à ce sujet on peut rassembler des hommes et des femmes de bonne volonté qui croient ou ne croient pas en Dieu, mais qui sentent qu’une véritable menace est présente concernant la place de l’Homme.

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