Le site d’informations Mediapart a récemment publié une enquête selon laquelle une dizaine de militaires et anciens militaires français diffuseraient sur les réseaux sociaux leur attrait pour l’idéologie néo-nazie. Boulevard Voltaire a interrogé un officier d’active sur ce sujet.

Une enquête de Mediapart révélerait une porosité entre militants d’extrême droite arborant des tatouages ouvertement nazis et l’armée de terre. Est-ce une réalité pour vous ?

Il est tout d’abord à rappeler que les armées françaises constituent un formidable miroir de la société française dans toute sa diversité. Aussi, il n’est pas surprenant de pouvoir y retrouver toutes les opinions, y compris les plus extrêmes. Il convient cependant de relativiser ce phénomène du fait de son ampleur. En effet, il est avancé le chiffre d’une dizaine de militaires, et qui, pour certains, ont quitté l’armée.
Par ailleurs, il n’existe à ma connaissance aucun incident qui aurait pu être lié à une telle idéologie et qui aurait impliqué les armées (refus de protéger une synagogue par exemple).

Florence Parly, ministre des Armées, prend « l’affaire avec beaucoup de sérieux ». Est-ce vraiment préoccupant ?

Il est normal que les armées soient attentives à ne pas laisser détériorer leur image et leur honneur par des comportements qui sont contraires aux valeurs qu’elle porte. Il faut cependant rappeler que nous ne faisons pas face, ici, à une organisation structurée qui rassemblerait des partisans de cette idéologie, mais bien à une somme d’individus qui, de manière isolée, tiennent des propos malheureux et arborent des tatouages douteux.
Il ne semble pas que nous soyons face à un danger interne qui mettrait en cause la sécurité des armées.

Quelques années auparavant, on pointait les risques de musulmans radicalisés dans l’armée française. Nos impôts payeraient de potentiels futurs terroristes à s’armer et à se former. Est-ce que ce phénomène est à écrire au passé ?

Le phénomène de militaires français radicaux qui prennent les armes pour faire le djihad n’est pas nouveau. Comme le décrit un rapport du Centre d’analyse du terrorisme, depuis les années 90, de la Bosnie au Sahel en passant par l’Afghanistan et la Syrie, des militaires français ont mis leur savoir-faire en œuvre au profit de groupes armés terroristes. C’est un phénomène qui est évidemment très surveillé par la direction du renseignement et de la sécurité de la défense. L’on sait que d’anciens militaires français se sont engagés afin d’acquérir des savoir-faire dans le domaine du combat en vue de l’appliquer pour le djihad.
Il n’est pas malheureusement impossible que cela existe encore et que de jeunes soldats s’engagent pour appliquer ce qu’ils auront appris contre le pays qui les a formés.

Quid de l’absence de minorités visibles au sein de l’armée qui semble alarmer Libération ?

Je tiens à rappeler que l’armée française est un excellent panorama de la diversité française, et que les « minorités visibles » y sont extrêmement bien représentées. Ces dernières sont parfois même surreprésentées dans certaines unités.
Par ailleurs, l’institution militaire constitue un formidable ascenseur social pour chacun de ses membres. Chacun peut espérer accéder à des fonctions supérieures à condition qu’il en ait les compétences et qu’il soit volontaire.
Je ne pense pas que l’on puisse soupçonner les armées d’entraver l’avancement de ses membres sur des critères qui, dans l’institution, n’ont pas de valeur.

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