L’aviez-vous remarqué ? Tout le monde parle latin. Chaque Français moyen utilise, tous les jours, des mots, des adverbes, des expressions ou des locutions latines, même sans le savoir ! Grosso modo, 20 à 30 par jour, au minimum. Vous n’avez peut-être pas vu, vous venez d’en lire* deux : primo, grosso modo, et secundo, minimum. Ça en fait quatre !

Prenons la journée ordinaire d’un quidam ; dès qu’il se lève, il va a priori dans la salle de bains. D’ailleurs, il le dit en latin : lavabo, « je vais me laver ».
Pour le petit déjeuner, il boit et mange latin : Candia ou Lactel et yaourt au bifidus. Et caetera ! Et, bien sûr, il consomme bio, a fortiori si la nourriture biologique est son credo ! Ah, pardon, « bio » est un mot grec : « la vie » ; il faut faire le distinguo.

Dans l’escalier, notre personnage tombe sur la persona non grata de l’immeuble, qui l’interpelle sur les nouvelles règles contre le bruit. Pour couper court, il lui répond avec du latin et en rajoute un peu : « Euh, je suis d’accord avec vous et, de facto, stricto sensu, je ne mettrai pas de veto. » C’est habile, pendant que la voisine essaie de comprendre, lui, il a déjà détalé. Elle répond quand même toute seule : « Je ne lui parle pas de se lever tôt, ni de sangsues… » Cela s’appelle un quiproquo.

Notre quidam est maintenant dans sa Volvo ou son Audi ; hum, ça ne fait pas assez Français moyen. Alors, on va dire sa Fiat, qu’il va garer dans un parc Vinci. Que des noms de marques en latin : c’est chic, intemporel et international : volvo se traduit « je roule » ou « je tourne » ; audi, « écoute », à l’impératif. Fiat, littéralement « que cela soit », correspond également et astucieusement au sigle FIAT (Fabrique italienne d’automobiles de Turin). Quant à vinci, qui signifierait « vainc », ici, c’est, bien sûr, au génial ingénieur Léonard de Vinci que se réfère la marque.

Notre homme arrive enfin à son bureau. Et ça commence par quoi ? Agenda ! C’est du pur latin. Cela veut dire « ce qui doit être fait », du verbe agere, « faire ». Non, pas ce qui est à gérer, ça n’a rien à voir, mais du verbe ago, « agir ». Et, en plus, l’agenda s’appelle Quo Vadis ? « Où vas-tu ? »

Là, c’est l’heure du courrier et des fax, abrégé de fac simile ; la lecture des laissez-pisser… pardon… des recepisse, attention aux lapsus linguae ! Il y a également les recto à lire, les verso à signer. Ou vice versa. Puis notre ami se partage le travail avec une collaboratrice qui joue parfaitement son rôle d’alter ego. Et avec qui il forme un vrai duo.

De retour chez lui, c’est carpe diem. Une expression pratique pour dire, avec deux tout petits mots : « Cueille le jour présent sans te soucier du lendemain. » Notre quidam va alors se détendre et jouer avec ses enfants : Cluedo (1), Lego et video.

In fine, quel est l’olibrius qui a dit que le latin est une langue morte et inutile ? A contrario, cette langue coule dans les cerveaux comme le sang dans nos veines ; le latin fortifie notre français et facilite (oui !) la digestion de l’orthographe, la compréhension d’un texte et la cohérence de notre communication. Le latin nous rend plus intelligents. Il nous tire vers le haut jusqu’au nec plus ultra de l’expression française.

Nota bene : un nombre croissant de chefs d’entreprises l’affirment : « Dès les années 2020, la compétence de l’orthographe sera une condition sine qua non à l’embauche. » Alors, conseillons, supplions l’Éducation nationale et les parents d’imposer le latin – au moins les bases – à tous les enfants, pendant deux années. Ceux-ci leur en seront reconnaissants ad vitam aeternam.

 

(1) De l’anglais clue : « indice », et du latin ludo : « je joue ».

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