On a en mémoire la partie de cartes, dans Marius, quand César, en réponse à Escartefigue,  qui se sent insulté par une remarque sur les cocus dans la Marine, proteste de son amour pour la Marine française. Et Escartefigue de lancer : « Il se peut que tu aimes la Marine française, mais la Marine française te dit merde ! » Après sa phrase vulgaire, Macron aurait pu faire, comme Marius, et protester de son amour pour son peuple avant de s’entendre dire dans la rue : « Il se peut que vous aimiez les non-vaccinés mais les non-vaccinés, etc. » Sauf que Macron a persisté et signé. Stupéfaction en Gaule. Émotion « à l’international ». Embarras dans la presse. Comment traduire la phrase du Président ? « Macron vows to piss off the unvaccinated », ont traduit les Anglais. Et nos amis allemands : « Ich habe grosse Lust sie zu nerven. » Angela a dû trouver son poulain « exagérateur ». Macron, lui, a jubilé. Un chef d’État comme lui peut tout se permettre. Et même au-delà ! Il a pour lui des garants de poids : Pompidou, de Gaulle avec son franc-parler, le dictionnaire de l’Académie.

Étymologie latine, longue tradition historique et littéraire, le mot de Cambronne, en effet, est pur produit AOF. Sauf que le verbe « emmerder » ne produit pas le même effet que le mot en cinq lettres, lâché en tapant du poing sur la table. Ce n’est donc pas le mot de Cambronne (encore que...), chargé de siècles et d’Histoire, qui a choqué mais l’intention, tortueuse et brutale, de l’énonciation, traduisant un ego princier : J’ai très envie de… Pas une volonté, un désir peu honorable. Le dictionnaire de l’Académie française (9e édition) résume parfaitement cela. « Emmerder : sens figuré et vulgaire - mépriser quelqu’un en le défiant ouvertement. Exemple : « Messieurs, je vous emmerde ! »

Le mot historique de Macron a été viral sur les réseaux sociaux, autant que le mot Kärcher™, ringard, dans la bouche de Pécresse. Un mouvement de fièvre jaune serait-il en train de monter ? Si les merdes, c’est connu, ça vole en escadrille, des signes heureux, en revanche, sont apparus  dans le ciel et sur la terre d’Olonne, avec trois rois mages, unis - pour combien de temps ?  Suivi d’un quatrième. Quelle transgression ! « Pourvou que cela doure », aurait dit « la maman » de Napoléon.

Un Président ne devrait pas dire ça. Ne crions pas au fiasco de Macron. L’essentiel est de créer le buzz pour une tactique bien rodée : entretenir la peur obsidionale, cultiver l’hystérie, confisquer tous les sujets autres que le Covid. Avec un peu de chance, interdire les meetings. La petite phrase fait son chemin. Tout porte déjà le masque dans la rue.

« Voglio davvero rompere i coglioni », ont traduit les Italiens. Macron est sûr de lui. Fier de son coup d’éclat. Arrogant. Les Gaulois réfractaires, il saura les mater. Il suffisait de le voir et l’entendre parler en souverain d’une « Europe régénérée » aux côtés d’Ursula von der Leyen pour mesurer son bonheur - et tout ce qui sépare des peuples les dirigeants européens.

11 janvier 2022

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