Editoriaux - Entretiens - Politique - Videos - 22 janvier 2019

Thierry Mariani : “Les Républicains n’ont plus de ligne politique cohérente !”

Thierry Mariani, ancien ministre, ancien membre du parti Les Républicains, figurera en troisième position sur la liste du Rassemblement national aux élections européennes. Au micro de Boulevard Voltaire, il revient sur les raisons de ce choix politique et réagit après la signature, ce mardi 22 janvier à Aix-la-Chapelle, d’un nouveau traité entre la France et l’Allemagne.

Vous êtes n° 3 sur la liste RN aux européennes. Pouvez-vous nous rappeler pourquoi vous avez rejoint Marine Le Pen ?

Sur les questions européennes, je suis à 100 % d’accord avec les positions du Rassemblement national. Je ne peux même pas vous dire que je suis en désaccord avec celles des Républicains, puisqu’il n’y en a plus, ou plutôt il y a toutes les positions à la fois.
Je pense qu’on a, avec ces élections, une occasion historique de changer le cap de l’Europe. Avec ce qui se passe en Pologne, en République tchèque, en Slovaquie, en Autriche et, bien sûr, en Italie, un groupe extrêmement important peut réorienter l’Europe.
Je suis pour que l’on reste dans l’Europe, mais dans une Europe réorientée. On nous dit parfois que nous sommes contre l’Europe. Je réponds qu’il y a une autre solution que de toujours faire la politique voulue par M. Juncker.
Contrairement à la liste des Républicains que nous allons connaître dans quelques jours, celle du Rassemblement national a une position claire. Nous souhaitons réorienter l’Europe vers une Europe des nations qui respecte les traditions et rend une certaine autonomie aux États. C’est la raison pour laquelle je l’ai rejointe. Et je m’y sens parfaitement à l’aise.
Chez Les Républicains, le meilleur exemple est ce qui s’est passé avec la Hongrie. Je rappelle que, lors du vote des sanctions contre la Hongrie au Parlement européen, sur vingt députés des Républicains élus au Parlement européen, trois ont voté contre ces sanctions. Les autres, soit se sont abstenus, soit ont voté pour les sanctions, soit encore ont été à la buvette. C’était un peu comme à la Samaritaine, on trouvait n’importe quoi.
La position cohérente pour les européennes se trouve aujourd’hui au Rassemblement national.

Que critiquez-vous le plus à votre ancien parti ? Sa ligne ou son absence de ligne ?

Il n’y en a aucune. Quelle est la ligne ? Celle de madame Morano, qui a voté (et je l’en félicite) contre les sanctions pour la Hongrie ? Celle de monsieur Juvi, qui a voté pour les sanctions ? Il y a toutes les listes à la fois.
Le drame des Républicains, aujourd’hui, est que sur beaucoup de sujets, il n’y a plus de ligne. C’est un club sympathique avec des gens brillants et intelligents, mais dont le seul programme est de rester ensemble. Chacun a sa petite chapelle avec, de temps en temps, son programme. Les Républicains d’aujourd’hui, c’est en fait le retour de l’UDF d’il y a dix ans.

Vous aviez vivement critiqué le Front national, il y a quelques années, notamment pour sa ligne économique. Le Rassemblement national a-t-il changé sa ligne au point que vous puissiez le rallier ou sont-ce plutôt vos idées qui ont évolué ?

Mes opinions sont restées les mêmes. Je crois, en revanche, que la situation a changé. La situation a changé à divers titres. Le Front national des années 1990 n’est pas le même parti que le Rassemblement national de 2019. Il n’y a pas qu’une question de vocabulaire. Marine Le Pen a très clairement compris qu’il fallait se rapprocher de tous ceux qui partageaient les mêmes idées. En politique, on gagne lorsqu’on applique ses idées, pas uniquement quand on fait 3 % de plus que l’élection d’avant.
Or, aujourd’hui, je crois que Marine Le Pen a vraiment conscience qu’on peut changer les choses en France, à condition de s’ouvrir un peu et de tendre la main à tous ceux qui partagent les mêmes valeurs.
Si vous regardez mon parcours, j’ai toujours été sur la même ligne. C’est plutôt le parti auquel j’ai adhéré, qui s’appelait à l’époque le RPR, qui s’est centrisé. Aujourd’hui, je n’ai pas pris ma carte au Rassemblement national mais, soyons clair, je suis entièrement sur la ligne de ce parti sur les questions européennes et de politique étrangère. J’ai quelques divergences sur le programme économique. Mais un programme économique se bâtit au moment des présidentielles et des législatives. Certaines choses sont intemporelles, et notamment la définition de notre civilisation et, donc, celle de l’immigration, de la sécurité, de l’islamisme et de la laïcité. Sur ces points-là, je suis entièrement d’accord.
Après, il y a des positions qui s’adaptent au moment, et notamment le programme économique. Le programme économique d’il y a cinq ans n’est pas le même, car la situation change. J’attends donc de voir comment évoluera le programme économique du Rassemblement national.

Sur le plan de la politique étrangère, l’accord franco-allemand signé à Aix-la-Chapelle fait débat. Certains disent même que nous perdrions, par ce traité, l’Alsace-Lorraine et notre place au Conseil de sécurité des Nations unies. Qu’en pensez-vous ?

Jamais personne, au Rassemblement national, n’a dit que nous allions perdre l’Alsace-Lorraine. Il s’agit de coopération renforcée transfrontalière. Sur ce point, il y a toutefois quelques phrases surprenantes sur lesquelles je reviendrai. Mais permettez-moi tout d’abord quelques remarques sur ce traité. On le découvre depuis seulement quelques jours. Soit, c’est un traité commémoratif que Macron a demandé pour pouvoir ressembler à de Gaulle signant avec Adenauer, mais en réalité, ce traité n’est rien. Soit, il y a des mesures un peu dangereuses et qu’il faut déchiffrer. Les Allemands sont des gens intelligents. Ils ne signent pas un traité pour se faire plaisir. Lorsqu’ils signent un traité, chaque mot compte.
Quand on me dit que ce ne sont que des mots, j’ai des doutes. Ce ne sont peut-être que des mots pour les Français, mais les Allemands, eux, savent que chaque mot compte et ils ne vont pas oublier de nous le rappeler. Ce qui m’inquiète le plus concerne la politique étrangère et la politique de défense. J’ai siégé pendant cinq ans à la commission des affaires étrangères à l’Assemblée nationale. Aussi je sais que, par moment, les traités les plus anodins comportent des clauses un peu surprenantes.
Première remarque, le titre du traité devrait mettre un peu la puce à l’oreille. Il s’appelle le “traité sur la coopération et l’intégration franco-allemandes”. Ou le titre est bidon, ou le traité comporte des mesures inquiétantes.
Concernant la coopération transfrontalière, nous allons par exemple instaurer le bilinguisme dans les zones frontalières. Je croyais qu’il n’y avait qu’une seule langue dans la République ! Mais, excusez-moi, quand on habite dans une zone frontalière, on n’a pas besoin de l’État pour pratiquer les deux langues, notamment quand on est travailleur frontalier. Il y a aussi les eurodistricts, une coopération entre des collectivités territoriales de part et d’autre de la frontière. Certaines existent déjà. En revanche, le texte prévoit des dérogations dans ces eurodistricts. Au besoin, la loi pourra y être adaptée avec des dispositions spéciales et des lois différentes sur chaque partie du territoire. C’est aussi une possibilité donnée aux élus locaux. Ce point est particulièrement inquiétant. Il y a de vrais risques, mais je pense que les élus locaux sauront les éviter.
Concernant votre deuxième point sur le siège au Conseil de sécurité de l’ONU, il y a un vrai et grave sujet, et il est camouflé. Ce siège au Conseil est aujourd’hui tenu par un diplomate français qui prend ses ordres du gouvernement français. On ne laisse certes pas notre siège à l’Allemagne. Je vous rappelle tout de même que l’Allemagne a demandé, en décembre dernier, à ce qu’on laisse le siège à l’Union européenne. Toutefois, selon l’article 4 du traité, on crée un Conseil de défense et de sécurité de politique étrangère qui devra, sur tous les dossiers importants, prendre des positions communes.
Aussi, si ce traité est appliqué, la position défendue officiellement par la France au Conseil de sécurité sur les questions importantes sera la position franco-allemande. Très souvent, nous avons les mêmes positions, mais nous avons aussi souvent des positions divergentes, notamment sur l’Afrique ou le Moyen-Orient, parce que nous ne partageons pas la même histoire que l’Allemagne avec les pays de ces régions du monde. Je reproche donc à ce traité l’introduction d’un vrai risque de codécision même si, physiquement, le siège sera toujours tenu par un diplomate français.

Par ailleurs, on rappelle dans ce traité que l’un des objectifs primordiaux de la diplomatie allemande est l’obtention d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Pourquoi pas, mais qu’est-ce qu’on a obtenu en échange ? On sait très bien que si un siège devait être donné aux Allemands, les Indiens, les Mexicains, les Brésiliens, les Sud-Africains demanderaient la même chose. Je suis peut-être imbécile, mais je préfère que nous représentions 20 % des membres permanents au Conseil de sécurité plutôt que 5 %. À l’heure actuelle, il n’y a que cinq membres au Conseil de sécurité. Si, demain, il y en a 10 ou 12, le pouvoir de la France sera nécessairement diminué. C’est un héritage du général de Gaulle, je ne vois pas pourquoi nous devrions le brader. Et, je répète, en échange de quoi ? Par le passé, il y avait une expression qui disait “faire la guerre pour le roi de Prusse”. On a un peu oublié, c’était pendant la guerre de succession de l’Autriche en 1740-48. Les Français avaient fait la guerre et gagné des batailles. Mais au moment de négocier la paix, nos diplomates étaient tellement mauvais, et Louis XV étant occupé à autre chose, on a tout laissé à la Prusse. D’où l’expression.
J’ai envie de dire que ce traité ne va finalement que dans un sens. Qu’avons-nous obtenu en échange ? Rien !

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