On les applaudissait tous les soirs à 20 heures, c’étaient nos nouveaux héros nationaux, le président de la République les avait félicités, ils étaient l’espoir d’un peuple entier pour vaincre le mal dont on dénombrait tristement le nombre de victimes tous les soirs à la télé.

Les médecins et tout le personnel paramédical n’ont pas compté leurs heures de travail pour soigner ceux qui étaient victimes de cette nouvelle maladie, et on leur doit de la reconnaissance pour avoir pu, avec le peu de moyens en personnel et en matériel dont ils disposaient, limiter les dégâts et le nombre de décès.

Cette crise sanitaire a mis en évidence le manque de moyens lourds (réa) et de personnel de nos hôpitaux, victimes depuis plusieurs années d’une course à la rentabilité au détriment de l’efficacité. On pouvait donc espérer, crise passée, que des dispositions seraient prises pour augmenter le nombre de lits et embaucher du personnel. C’était sans compter avec le poids de l’administration et la mièvrerie des politiques qui, plutôt que reconnaître leurs erreurs de gestion, ne semblent pas décidés à prendre des mesures destinées à réorganiser les services hospitaliers.

Récemment, le Premier ministre a fait part de son inquiétude face à une possible reprise de l’épidémie. Mais à part proposer à la population une observation stricte des mesures barrières, il n’a pas annoncé de mesures de fond pour réorganiser le système sanitaire.

Tous les médecins et infirmières interrogés par la presse dénoncent ce manque de moyens en matériel et en personnel et redoutent l’apparition d’une nouvelle épidémie (Covid-19 ou autres), car si la situation ne change pas, ils ne pourront pas y faire face.

Certes, il semble que maintenant nous ayons des stocks de masques en quantité suffisante pour en imposer l’usage à l’ensemble de la population, et on teste beaucoup plus qu’il n’y a trois mois, cependant le port généralisé du masque et les mesures d’hygiène ne suffiront pas à résoudre ce problème, surtout si, comme en début d’épidémie, les dirigeants ne comptent que sur les possibilités d’accueil de l’hôpital public et ignorent dédaigneusement l’hospitalisation privée et la médecine de ville dans leur schéma organisationnel. Heureusement, le nombre de malades, lui, n’augmente quasiment pas pour l’instant. On mobilise l’attention de la population sur des mesures barrières, mais on évite soigneusement de parler du problème de fond. On privilégie la communication au détriment de l’efficacité !

Nous ne pourrons faire face à une nouvelle épidémie que si on décide enfin de prendre en compte les revendications des soignants, qui connaissent mieux les malades et les conditions de travail que les décideurs administratifs qui nuisent davantage à la bonne marche des services hospitaliers publics et privés qu’ils ne l’améliorent.

Nos dirigeants sont persuadés de leur bonne gestion pendant l’épidémie ; pourtant, ce sont eux qui avaient déjà géré l’épidémie de grippe H1N1, heureusement pas grave, et démontré leur incapacité. L’apparition du Covid-19 a mis à nouveau en évidence leurs lacunes et leur incompétence.

Hélas, il semble qu’ils ne soient pas prêts à reconnaître leurs erreurs et à en tirer des conclusions. Certes, une réforme de fond a un coût, mais quel est-il en comparaison de celui dû au confinement, conséquence directe de cette gestion désastreuse ?

Va-t-on embaucher des médecins dans les hôpitaux ? Hélas nous en manquons, conséquence, là aussi, des erreurs passées en matière de santé publique.

Va-t-on renforcer le personnel paramédical ?

Va-t-on, enfin, considérer que l’hôpital a pour vocation de soigner et doit s’en donner les moyens ? Ou va-t-on continuer à gérer la santé comme un secteur économique dont le seul credo est le profit ?

Rien, dans les mesures prises aujourd’hui, ne nous permet d’espérer un tel changement ; espérons seulement qu’il n’y aura pas d’autre épidémie plus meurtrière que celle du Covid-19.

21 août 2020

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