Sur France Inter, « ça n’a aucun sens, la cuisine de terroir »
L’émission avait pourtant bien commencé. Les papilles en éveil, l’on s’apprêtait à saliver aux propos de Bruno Verjus, ce grand chef doublement étoilé. Invité sur France Inter, mardi 5 mai, Sonia Devillers déclinait le menu du jour : on allait parler dégustation, partage et transmission. Bien inspiré, celui qui venait présenter son nouveau livre, sobrement intitulé La Recette (Albin Michel), commençait donc par l’éloge de nos traditions. S’il n’a pas dit que pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient, c’est tout comme !
Ainsi, Bruno Verjus de célébrer nos « fondations extrêmement solides », nées dans « la grande cuisine classique bourgeoise française du milieu du XIXe et XXe ». Ce n’est pas Gabrielle Cluzel et son éloge de la savoureuse blanquette de veau, un plat de résistance enraciné s’il en faut, qui le contredirait. Et notre chef de poursuivre sa mise en bouche sur sa lancée : « Parce qu’il y avait une pratique, vous savez, cette petite chose qui fait aussi le vin et les vignerons, c’est l’enseignement par la pratique qui se transmet. »
« Classique », « bourgeoise », « fondations », « qui se transmet »... Avait-il conscience, à ce moment-là, d’employer un vocabulaire piégé ? Une terminologie persona non grata parmi les mots communément admis par la doxa ? Sonia Devillers, tout sourire au début de l’émission, se doit de corriger le tir, ligne éditoriale de gauche oblige dans un univers où le CAP cuisine a été jugé trop identitaire. En professionnelle avisée, elle l’interrompt et l’interroge : « Ça ne fait pas de vous un conservateur ? Ça ne fait pas de vous un réactionnaire ? » C’est bon, l’honneur est sauf ! Il ne sera pas dit qu’elle ne l’a pas contredit. Il fallait réagir, modérer ce que les auditeurs allaient retenir et digérer.
« L'échange des marchandises, des hommes, des cultures »
Immédiatement, Bruno Verjus comprend et se reprend : « Je ne crois pas, la cuisine, c'est le contraire d'être réactionnaire. » On est quand même sur France Inter ! Alors, il enfonce le clou, puisqu’il faudrait politiser aussi la gastronomie : « Quand on parle de cuisine de terroir, je trouve ça aberrant, d'ailleurs. Ça n'a aucun sens, la cuisine de terroir. La cuisine, ce n'est que l'échange des marchandises, des hommes, des cultures, des religions, des pratiques, des savoirs. » Celui qui se vante pourtant sur le site de son restaurant La Table d’un « rapport direct avec nos producteurs locaux » jouerait-il avec les mots ? Peut-on, en même temps, valoriser les plats de nos régions et balayer d’un revers de main « la cuisine du terroir » et tout ce qu’elle fleure bon de spécialités locales, de circuits courts pourtant très prisés par les bobos ?
"La 'cuisine de terroir' ça n'a aucun sens. La cuisine ce n'est que l'échange (...) des cultures", analyse Bruno Verjus, chef à la Table Bruno Verjus. Il publie "La recette". pic.twitter.com/Wgo8fhvueR
— France Inter (@franceinter) May 5, 2026
À ce sujet — Livre : Enracinés !, de Gabrielle Cluzel
Las, comme si cela ne suffisait pas, Sonia Devillers remet une pièce dans la machine à lutte des classes : « Et cette mémoire de la recette, ces archives de la cuisine, ça nous emmène forcément vers la haute cuisine, ou il peut y avoir des traces d’une cuisine plus familiale, plus populaire, d’une cuisine plus pauvre ? », interroge-t-elle. Tout en omettant de préciser à ses auditeurs de gauche (caviar) que le menu unique du monsieur s’inscrit bien dans la gastronomie de ce qu’elle nomme la « haute cuisine » et est proposé, chaque jour, pour la modique somme de 480 euros par convive…
Même s’il n'est pas annoncé, il faut bien justifier ce tarif prohibitif, alors les éléments de langage se font plus conceptuels : « Dans mon menu, il n’y a plus d’idées d’entrées, de plats, de desserts, que je trouve trop codifiées. On essaye, au contraire, de travailler des lignes de goût, des lignes d’inspiration et de sentiments. » Si l’on ne sait si ces fameuses lignes remplissent les ventres affamés, l’on s’est, en quelques minutes d’émission, complètement perdus, de la tradition et la transmission au snobisme germanopratin, on en reste clairement sur sa faim.
« Une belle cuisine paysanne »
La cuisine du terroir, ça n’a aucun sens ? Il faudrait préférer les saveurs venues d'ailleurs ? Ce n’est sans doute pas ce que pense cet autre chef récemment recruté au célèbre Parc de Vendée. Alexandre Couillon, chef trois étoiles de La Marine (Noirmoutier), prend les rênes de l’Auberge du Puy du Fou et ne snobe pas le terroir. Bien au contraire, il annonce : « une belle cuisine paysanne, nourrie par les marais et le terroir vendéens : escargots, volaille, bœuf, poissons de rivière, légumes... Les équipes ont fait un important travail de sourcing locavore : c’est pour moi le maître mot. » Mais peut-être, une fois encore, le Puy du Fou fait-il figure de village d’irréductibles Gaulois ?
Laissons les esprits malins mépriser la cuisine de terroir dans un studio parisien. Il est une autre réalité, celle de ces très nombreux Français, continuellement moqués parce qu'ils sentent le pâté, qui célèbrent leurs traditions, leur Histoire, leurs paysans et leurs vignerons, accusés de festoyer autour de grands banquets. Aux « lignes de goût », ils préfèrent de loin les grandes tablées, pour trinquer et chanter, épaule contre épaule, dans la convivialité. N’en déplaise aux grilles de lecture idéologiques de France Inter, la cuisine du terroir a encore du sens et de beaux jours devant elle, et sa célébration fait précisément partie de notre art de vivre à la française.
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91 commentaires
Je pense qu’il ne s’est pas rendu compte qu’il se faisait piéger! Bientôt, tous sauront qu’aller sur France inter c’est aller dans un piège…. Il n’y aura plus que les hypocrites et les gauchistes pour y aller!
Dommage qu’un tel talent culinaire soit gâché par une telle soumission idéologique…
Merci de bien défendre Notre Belle Cuisine Française qui fait partie de Notre Culture…! Et continuons à nous gaver, que dis-je, nous baffrer de bonnes choses de chez nous, à pas cher… avec 480 €, je fais à manger pour deux personnes, midi et soir, et avec le poulet fermier du dimanche… ça fait 2x30x2=120 repas à 4€ c’est pas mal, pas vrai…? Ces bobos écolos bios paridiots nous cassent les pieds !
Et le couscous, les tajines, le samoussas, le riz cantonais le poulet yassa, etc … ce ne sont pas des cuisines de terroir ? Mais pour ces « chefs » à la mode, seule la cuisine « franchouillarde » est à bannir
il parle de la cuisine pour les ultras riches
Comme quoi on revient toujours à Asterix. Les banquets. Le sanglier devraient être interdits ( recteur de la grande mosquée), le tour de gaillet d asterix mis au pilori. Et surtout obliger le dernier villages d’irréductibles gaulois résistant à l’envahisseur d’ouvrir grand les portes du village
Tout et son contraire !oui c’est un échange de culture, mais au 19e siècle, mangez -t- on des kiwis, bananes, ananas, mangue? Non, car le transport maritime long était incompatible avec les denrées périssables. Alors , il fallait bien manger avec les produits du terroir, n’en déplaise à rance inter. Et oui, il y a toujours eu des conservateurs. Du sel pour la charcuterie et viande sur les bateaux, le fumage , le sable pour enfouir carottes et pommes de terre pour éviter qu’elles gèlent et qu’elles germent au chaud dans une cave…. Nos ancêtres sont arrivés jusqu’à nous, avec leurs pratiques léguées ! Marre des arrivistes bien trop payés. L’aligot est issu de l’ail, la pomme de terre et fromage frais; à la contrée de 3 départements sur une montagne ancienne = l’Aubrac. Né dans un buron ( petite cabane de pierres pour se prémunir du vent et de la neige et conserver le lait et le fromage ! )Ancêtre du réfrigérateur, en somme. Mais je ne déteste pas la cuisine étrangère. Cette façon systématique de tout » fachiser » insidieusement par la gauche, me gave ( sans m’extasier par contre)
Moi, j’aime tout ce qui est bon : Couscous, choucroute, cassoulet, pizzas (maison), spécialités russes japonaises etc…Sans oublier nos escargots et cuisses de grenouilles (français)…Et n’oublions pas nos « patates » que l’on peut préparer de mille façons…Bon appétit…
çà me rappelle une escapade que j’avais fait dans une ferme-auberge du Jura. Le patron était un fan de « nouvelle cuisine » et nous vantait ses plats modernes et originaux. N’empêche que la vingtaine que nous étions luis a commandé le fameux « poulet aux morilles et à la crème », produit du terroir par excellence. Il est reparti en cuisine, dépité de ne pas nous avoir convaincu à ses nouvelles spécialités (dont je ne me rappelle plus mais qui ne faisait absolument pas envie).
« Dans mon menu, il n’y a plus d’idées d’entrées, de plats, de desserts, que je trouve trop codifiées. On essaye, au contraire, de travailler des lignes de goût, des lignes d’inspiration et de sentiments. » Et il y aurait des gens pour gober ces billevesées ? ET aussi payer 480 balles pour « bouffer »? sûrement puisque de tels zozos, des cuistots en fait, arrivent à devenir des notoires… Il n’est pas le seul ! triste monde. Quant à la cuisine de « terroir » papa, elle existait avant toi et elle continuera à nous régaler après toi. Et à 50 balles le bon menu ! ça ira bien pour nous, les gueux !
480 balles pour bouffer 3 petits pois savamment mis en scène , l’assiette seule pesant plus lourd que ce qu’il y a dedans.
J’en ai assez de ces cuisiniers qui, parce qu’ils déposent trois petites fleurs à la pince à épiler dans votre assiette, utilisent du shitaké, du yuzu se voient très beaux.
Plus l’assiette est grande, moins elle contient.
La cuisine, échange des cultures ? Il y en a qui ne doutent de rien ! Combien de kebabs en France, et combien de sandwicheries avec notre jambon-beurre national dans les pays qui nous ont donné le kebab, dont personnellement je raffole ? Petit indice, la réponse est dans la question.
Bien sûr, si vous proposez du jambon au Magreb, l’échange, c’est pas gagné !
La haine de soi-même se retrouve même dans notre gastronomie , pourtant si admirable .
Ce restaurant gauchiste à 480 euros le plat faut le faire,c’est pour les pauvres d’extrème gauche ce restaurant pas pour les gueux de droites heureusement car eux mangent que les bons produits du terroir Français.
Je pense qu’il s’est fait berner par l’animatrice… un bon cuisinier, un bon chef ne peut pas être si bête s’il n’a pas été piégé!
C’est France Inter. Tout est normal. Le mieux ce serait de ne plus parler d’eux.
A vomir.