Bilal Hassani et Lena Situations : les enfants cachés d’Emmanuel Macron ?
Les Inconnus ont malheureusement arrêté leur carrière sans avoir eu le temps de prévoir la déferlante des influenceurs sur des réseaux sociaux qui n’existaient pas à l’époque. D’une certaine manière, ces derniers assurent la relève du fameux trio. Non sans talent, vu qu’ils sont proprement hilarants. Le problème, c’est qu’ils ne le font pas forcément exprès. Ainsi, le numéro estival du mensuel Technikart vient-il de convoquer une sorte de duel au sommet en confrontant l’influenceuse Lena Situations au chanteur Bilal Hassani. Ce n’est pas le championnat du monde des futurs Prix Nobel, mais on s’en approche.
Que cela soit publié dans Technikart nous donne la mesure de la dégringolade de la presse branchée. Car ce mensuel fut jadis l’un des plus innovants de la presse culturelle, tel Actuel au début des années 80. Toujours en pointe dans les nouvelles tendances, la gauche caviar était l’une de ses cibles de prédilection. Aujourd’hui, il est à la traîne des tendances qu’il pressentait jadis. Il est vrai que la mort d’Olivier Malnuit, l’un de ses fondateurs, n’a pas été pour rien dans cette dégringolade, désormais devenue pantalonnade. Car avec Malnuit, au moins rigolait-on, ce gandin ne respectant rien : les lecteurs du mensuel en question se souviennent encore de son enquête sur les laxatifs, rédigée des cagoinces de la rédaction. Ou encore l’envoi de l’ami Patrick Eudeline, l’un des parrains du punk français depuis passé dans le camp de la réaction, en compagnie de Marine Le Pen, lors d’une de ses campagnes électorales en Corse. Deux grands et réjouissants moments de presse alternative.
Le triomphe du vide et du rien…
Depuis, Technikart est rentré dans le rang, en devenant simple piège à pubs. D’où la une plus haut évoquée, qui met en scène le vide intellectuel, alors qu’autrefois il s’en serait gaillardement moqué. Avant de monter sur le ring, présentons les protagonistes, Lena Situations et Bilal Hassani.
La première, Lena Mahfouf de son vrai nom, est enfant de la bourgeoisie algérienne réfugiée en France, pour cause de cette guerre civile ayant ensanglanté son pays d’origine au siècle dernier. Bonne à rien mais prête à tout, elle devient, en 2020, l’une des influenceuses les plus suivies de notre vieux pays. Six ans plus tard, elle a trois millions d’abonnés sur YouTube et cinq sur Instagram. En 2024, elle fait partie des quinze influenceuses les plus puissantes au monde. Canal Plus lui propose de participer à la cérémonie des César en 2024, poste qu’elle occupait encore cette année. Comme quoi la chaîne de Vincent Bolloré n’est pas forcément rétive à la modernité. En 2024, la consécration : elle se retrouve au musée Grévin, en compagnie d’un autre influenceur, un certain Squeeze. Les mauvais esprits affirment alors que leurs avatars de cire sont bien plus expressifs qu’eux. Ce que les gens peuvent être mauvais.
Le second, Bilal Hassani, est un peu le pendant masculin de la première. Lui est d’origine marocaine et se fait connaître en 2015, à l’occasion du télé-crochet The Voice Kids. Quatre ans plus tard, il représente la France à l’Eurovision avec la chanson Roi, co-écrite avec le duo Madame Monsieur. Comme toujours, notre candidat perd. N’est pas Marie Myriam, lauréate du concours en 1977 avec L’Oiseau et l’enfant, qui veut. Peu lui importe, sa carrière est lancée. Le magazine Têtu le tient pour l’un des « trente LGBTQI+ qui bougent la France », tandis que Le Monde y voit « une icône pour la jeunesse LGBTQI+ française ».
Mettre en scène sa non-vie…
Inutile donc de préciser que nous tenons là du lourd. Alors, que donne leur dialogue de carmélites, façon Technikart ? L’actualité ? Elle est brûlante, Lena Situations ayant décidé de mettre fin à ses traditionnels « vlogs » aoûtiens, après dix longues années de bons et loyaux services. Histoire que nos chers lecteurs ne se trouvent pas trop largués, qu’ils sachent qu’un « vlog » est une vidéo retraçant les faits et gestes journaliers de la donzelle. Florilège ; ou, plutôt, pot-pourri.
Lena Situations : « Toute la journée, je filme. Je me réveille et j’allume la caméra jusqu’au moment où je me couche. Elle est très rarement éteinte. À la fin, ça représente facilement trois ou quatre heures de rushes que je vais, par la suite, couper en vingt ou trente minutes de vidéo, avec musique, texte, narration et storytelling, ça me prend facilement quatre à cinq heures de montage par jour. »
Bilal Hassani : « T’as écrit une façon de storyteller propre à toi. »
Et soudain, le journaliste de Technikart semble comme avoir un semblant de remords, ou de conscience professionnelle, évoquant le « syndrome de l’imposteur » propre à ce type de profession.
À ce sujet — Macron tient ses promesses… envers McFly et Carlito
Lena Situations : « Je ne suis pas chanteuse, je ne suis pas danseuse, je ne suis pas actrice, je ne sais pas faire grand-chose, à part monter des vidéos, raconter des histoires et, peut-être l’ordinaire un peu plus extraordinaire. » Un tel instant de lucidité mérite d’être salué.
Bilal Hassani : « Personnellement, je n’ai jamais trop eu le syndrome de l’imposteur parce que je pense avoir un égo surdimensionné. Je sais que je vais être la plus grande pop star de la planète depuis que je suis petit. » Si la modestie ne l’étouffe pas, au moins est-il honnête. Pour avoir un aperçu de l’ampleur de la chose, il convient d’avoir eu, au moins une fois dans sa vie, l’occasion de regarder le « vlog » en question, le plus incongru étant peut-être son alibi caritatif consistant à courir un kilomètre le matin pour venir en aide à l’enfance malheureuse. Cher ami lecteur, on vous retrouve dans une grosse demi-heure, après visionnage de ceci :
La martingale magique
Ceux qui ont survécu à cette épreuve se poseront l’éternelle question consistant à se demander pourquoi des journalistes consacrent autant de place à de tels non-sujets. Tout simplement parce que ces derniers n’ont rien d’anodin. En effet, que nos camarades voltairiens sachent qu’en 2021, Lena Situations a publié un livre de développement personnel, intitulé Toujours plus, ma méthode + = +, vendu à 370 000 exemplaires. Frédéric Beigbeder, pour avoir osé le railler dans Le Figaro magazine, s’est vu cloué au pilori des réseaux sociaux. Son crime ? Avoir juste écrit ceci : « 147 pages de vides, 19 euros 50 de perdus. […] Entre L'Être et le Néant, Lena Situations privilégie plutôt la seconde option. » Encore mieux, le second de ses ouvrages publié en 2025, qui lui aura pris pas loin de deux longues années d’écriture, est, à l’en croire, « un livre sur lequel tu peux gribouiller, écrire, arracher les pages, les garder, les mettre dans ton journal, les coller sur le frigo ». Tel le carnet des courses, en quelque sorte.
Mais, pour le duo Hassani/Situations, il y a le sésame ultime, la martingale magique. Quiconque les critique sera victime du paquet cadeau judiciaire : homophobie, maghrébinophophie, grossophobie (le yoyo sur la balance est partie intégrante du quotidien de la pauvre petite Lena), islamophobie, queerophophie, et plus si affinités.
En revanche, les réseaux sociaux ne sont pas toujours univoques. Et c’est ainsi que nos duettistes y ont également été épinglés pour soutien au Hamas palestinien et dénonciation du génocide perpétré à Gaza. Hormis le fait que le peuple palestinien a déjà assez souffert pour ne pas avoir à endurer de tels soutiens, on notera que Lena Situations, tout sauf bête, n’a pas oublié, en juin 2024, à l’approche d’élections législatives anticipées, de réciter son petit catéchisme consensuel : « Votez et dites à vos proches d’aller voter. Contre l’extrême droite, contre la xénophobie, contre l’intolérance. »
En ce sens, elle ne fait guère pire qu’Emmanuel Macron. À lui, les gugusses McFly et Carlito. À elle, leurs frères jumeaux, BigFlo et Oli. Alors oui, toujours cette question qui doit tarauder nos lecteurs : pourquoi parler de Lena Situations ? La réponse est simple : on parle bien d’Emmanuel Macron. Les deux faces du même effondrement de la société, dira-t-on.
Les Inconnus en rêvaient. Dommage que la réalité les ait précédés.
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Un commentaire
Deux symboles du vide abyssal de notre societe occidentale. Nous n’avons plus de besoins primaires et nous vivons dans un grand confort (même si hélas ça n’est pas le cas de tous les français… l’autre face de la pièce) alors il faut se créer des problèmes ce que font toutes ces minorités qui se vautrent dans la victimisation permanente. Et des qu’on soulève le problème alors on est lynché sur les réseaux sociaux… avec tous les phobes à la mode et tellement pratique quand on n’a pas d’arguments… et oui c’est la culture et la civilisation du néant …