[STRICTEMENT PERSONNEL] Y a pas le feu !
« L’ogre », « le monstre »… Ainsi les différents médias, leurs éditorialistes et leurs envoyés spéciaux ont-ils qualifié le sinistre vorace, en effet doté d’un appétit féroce, qui, succédant aux incendies désormais inséparables de l’été dans la Provence et le Languedoc, puis à celui, insolite, de Fontainebleau, vient de ravager la forêt girondine et landaise et a même, un moment, menacé Bordeaux.
Deux mots pour évoquer la catastrophe qui s’est abattue sur un patrimoine cher à tous les Français. Deux mots qui, en la rattachant au monde des contes et des légendes, semblaient, implicitement et peut-être inconsciemment, exclure toute responsabilité humaine, comme si l’événement relevait de l’inexplicable, de la fatalité, du surnaturel. Du reste, certains porte-parole des autorités concernées et mobilisées par le cataclysme ont abondé dans ce sens, à leur manière, et dans leur langage, en parlant d’un événement « atypique », « hors normes », et se sont complaisamment gargarisés de l’intéressante notion d’incendie convectif et des pyrocumulonimbus qui en résultent. Autant suggérer discrètement qu’on avait affaire à de l’inédit, à du surprenant ; quasiment, en somme, à de l’imprévisible. De l’inévitable, pendant qu’on y est ?
Une tragédie attendue
Ce serait aller un peu vite en besogne. Aucun coup de théâtre, en l’occurrence. S’il y a une tragédie qui était attendue, annoncée et, pour ainsi dire, programmée, c’est bien celle-là. Au-delà de toute controverse, en dehors de toute polémique sur l’origine, l’ampleur, la nature, la dénominations et l’existence même du phénomène considéré, qu’il soit passager ou que nous soyons entrés dans une ère durable de dérèglement ou de réchauffement climatique, la succession récente et répétée d’étés caniculaires, avec leurs conséquences indéniables dans divers domaines, notamment sur les forêts… et les feux de forêts, est malheureusement indéniable.
Le drame collectif que nous venons de vivre (à supposer que l’incendie en cours soit effectivement contenu, fixé, puis maîtrisé) a le mérite de nous rappeler quelques vérités élémentaires. En un sens, la catastrophe de juillet 2026 est une catastrophe naturelle, qui nous oblige à l’humilité et devrait nous convaincre de l’obligation d’être, enfin, vigilants. Eh oui, l’eau mouille et bout à cent degrés. Quant au bois, qui fut pendant quelques millénaires notre source unique d’énergie fossile et de chauffage, il est combustible par nature et a une fâcheuse tendance à brûler même sans intervention humaine, lorsque il est soumis à une conjonction durable de chaleur, de sécheresse et de vent. CQFD. Ce que nous rappelle, cruellement, l’actualité.
À quelque chose malheur est bon ?
Oui, tant, en première ligne face aux flammes, au risque assumé de leur vie, les soldats qui combattent le feu, chacun à son poste, professionnels ou volontaires, nous ont impressionnés par leur engagement, leur abnégation, leur savoir-faire, leur courage, voire leur héroïsme. À leurs côtés, agriculteurs et personnels de santé ont pris leur part de la lutte. D’innombrables bénévoles ont manifesté une solidarité active. Il n’est pas jusqu’aux résidents et aux vacanciers évacués qui n’aient respecté les consignes données et fait preuve de discipline et de sang-froid. Quant aux représentants de l’État sur place, qu’il s’agisse du ministre de l’Intérieur ou de la préfète de la Gironde, ils ont tenu leur rôle.
À ce sujet — Emmanuel Macron ou l’État mendiant
Pour ce qui est personnellement du chef de l’État, il a tout au plus distrait quelques minutes d’un agenda peu chargé pour faire acte de présence, sans se risquer sur le terrain, sans aller au devant de ceux qui ont vu leur vie partir en cendres avec leur maison. On l’a vu, sous l’œil impitoyable des caméras, suivre le compte rendu de la situation sans parvenir à cacher son ennui, avant de répondre à quelques questions, juste le temps de prendre quelques libertés avec la vérité et de prétendre que tout avait été fait pour doter les services de secours des moyens nécessaires, alors que l’Italie et l’Espagne disposent désormais de plus de bombardiers d’eau que la France et que nous en sommes à demander (et à obtenir) l’aide de la Croatie ou du Portugal. Puis, estimant apparemment avoir satisfait au minimum syndical, M. Macron a gagné le lieu de ses vacances. De sa vacance.
Et après ? Et ensuite ? Et pour les années à venir ?
Avant même que l’été qui, par miracle, n’a jusqu’ici été meurtrier qu’à la marge ait terminé son cours, la vie reprendra ses droits, et d’abord, dès la rentrée, la vie politique, la vie parlementaire, les élections sénatoriales, puis, bien entendu, le retour au premier plan, avec ses confirmations et ses surprises, de la campagne présidentielle. Les derniers feux de la saison combattus et jugulés, l’automne viendra, puis l’hiver puis, de septembre à mai ou juin, comme cette année, une saison peu propice aux embrasements. Les Assemblées, si leur ordre du jour n’est pas accaparé par des projets aussi fondamentaux, aussi urgents, aussi impératifs que l’aide à mourir, le gouvernement, s’il y a encore un gouvernement, le président de la République, si la préparation du conflit d’intérêt public qui doit nous opposer, qui nous oppose déjà à la Russie, et si le souci de son recyclage personnel ne l’accapare pas, trouveront-ils la volonté, le temps et l’argent nécessaires pour sauver notre forêt non seulement meurtrie, mais menacée de racornissement, voire d’extinction par l’évolution du climat, par l’incurie desdits pouvoirs publics, par la négligence et le laisser-aller de ses dizaines de milliers de propriétaires institutionnels ou privés, par l’inconscience de ses visiteurs et la folie des pyromanes.
Y a pas le feu, nous dit une expression populaire, prélude à tous les abandons, tous les renoncements, toutes les procrastinations. Elle est bien malvenue lorsque la maison brûle, comme disait, sans faire, Chirac.
Ce n’est pas tout d’avoir hérité de la plus vaste et de la plus belle forêt d’Europe. Encore faut-il l’aménager, la protéger, la cultiver, l’entretenir, pour la sauver. Des avions et des pompiers quand survient, quand surviendra (si rien ne change) un drame pire que celui de l’été 2026 ? Bien entendu. Mais en priorité absolue et au plus vite, pour empêcher la répétition, en pire, de l’épisode, des crédits, des moyens permanents, techniques, financiers et humains, l’ouverture, pourquoi pas, de nouveaux chantiers de jeunesse, y compris par la création d’un service national rémunéré…
En 1949, un gigantesque incendie ravageait la forêt landaise sur cinquante-deux mille hectares, entraînant la mort atroce de quatre-vingt-deux sauveteurs pris au piège. La leçon, sur l’instant, en avait été tirée, l’immense forêt aménagée, quadrillée, surveillée, replantée. Le temps qui passe avait effacé le souvenir du drame. Soixante-dix-sept ans plus tard, la lueur, le crépitement et le retour des flammes nous donnent le plus clair et le dernier des avertissements. À nous de faire qu’il ne soit pas vain.
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17 commentaires
Foin de longs discours, une simple phrase de quelques mots dont le dernier est repris au singulier, et tout est dit. Merci pour cette phrase, marquant la puissance de notre si belle langue capable de résumer des pages de portraits fastidieux, à deux fois le même mot, au pluriel d’abord, au singulier ensuite. Toutes mes félicitations, Monsieur.
« Quant aux représentants de l’État sur place, qu’il s’agisse du ministre de l’Intérieur ou de la préfète de la Gironde, ils ont tenu leur rôle. » = ah bon? Ils ont fait quoi, hormis se pavaner en racontant des sornettes et ne ne faisant rien de concret?
Non, les représentants de l’Etat, à commencer par la Préfète, n’ont pas tenu leur rôle !
Les agriculteurs sont venus avec leurs citernes d’eau pour ravitailler les pompiers, les forestiers avec leurs engins de chantier pour créer des pare-feux, les chasseurs avec leur connaissance du terrain pour guider les brigades venues d’ailleurs…Mais les autorités, elles ont mis des bâtons dans les roues aux volontaires, à coup d’autorisations préalables et de formulaires à remplir !
Un exemple, la pointe du Cap Ferret : si elle a été épargnée, c’est parce que Benoît Bartherotte (a qui, après le vote unanime du SIBA, les autorités ont bien dû laisser le pilotage du ré-ensablement côté océan) a créé avec ses tractopelles un pare-feu de 60 mètres de large avec l’accord verbal des pompiers, mais sans attendre les autorisations administratives, et malgré l’ordre de la mairie de cesser ces travaux.
Quant à la Préfète, avoir osé déclarer qu’heureusement, il n’y avait pas eu de morts, alors que deux pompiers ont été brûlés vifs dans leur camion…
je suis tellement de votre avis.
Oui « les représentants de l’Etat, à commencer par la Préfète, n’ont pas tenu leur rôle ! »
Et le problème est que partout, comme vous l’écrivez, les représentantes de l’état ont tenté de mettre des « bâtons dans les roues des sauveurs » notamment en interdisant que certains bénévoles aident les pompiers et en interdisant parfois aux agriculteurs de venir avec leurs citernes d’eau!
« Quant au bois, qui fut pendant quelques millénaires notre source unique d’énergie fossile et de chauffage »
Le bois n’est pas une énergie fossile. Il se renouvelle en quelques dizaines d’années, on peut donc le considérer comme une énergie renouvelable.
Dans toutes les images que j’ai pu voir, j’ai vu des hautes fougères et des sous-bois non entretenus et très touffus. C’est pour préserver la biodiversité je suppose ??
Je pense que maintenant, elle doit bien faire la gueule, la biodiversité.
Pour le reste, tout ce qui est dit sur Macron et sa visite éclair est vrai. Je l’ai même vu esquisser un sourire narquois d’auto satisfaction. Il n’arrive même plus à dissimuler son mépris.
Tout comme il rigolait, avec Philippe, devant Notre dame en flammes!
M. Jamet parle de juillet 2027, on n’y est pas encore ! Mais pour juillet 2026, la « conjonction durable de chaleur, de sécheresse et de vent » (comme il affirme) n’explique pas tout. Le réchauffement climatique existe pour tout le monde, en Asie ou en Afrique tropicales, et ça ne brûle pas comme dans les P.O. ou en Gironde. Le constat permanent des pompiers et des gendarmes est toujours le même, depuis des décennies: les feux dont essentiellement d’origine humaine, volontaire (criminel) ou pas (mégot de cigarette, foudre, brûlage des bords de route, etc). Donc, STOP avec cette histoire de Réchauffement Climatique à la base de tout (Libé affirmait même, en 2023, que l’augmentation des excisions en Afrique était dû au climat !). l faut débroussailler les bords de route, nettoyer les forêts, planter des espèces adaptées à la chaleur et résistantes au feu. Bref : il faut gérer nos forêts. Et ne pas rêver de gérer un climat que l’humanité ne maîtrise pas, surtout à court terme (comme s’il y avait un thermostat…cette nouvelle idéologie) sauf si on est anti écologiste (perte de modestie face à la nature) comme le sont les prétendus « écologistes » français.
« sauf si on est anti écologiste (perte de modestie face à la nature) comme le sont les prétendus « écologistes » français. » = c’est pourquoi j’appelle ces derniers des « escrologistes »
Le paon a fait trois petits tours et s’en est allé. Quand à la Préfète inconditionnelle des formulaires, elle aussi n’a pas su se taire. Oui, avec eux, y a pas le feu. Mais regardons bien à travers le prisme de nos vies quotidiennes et sachons que ce sont toujours les mêmes, les plus modestes parfois qui font le boulot. C’est sur eux seuls que l’on peut vraiment compter. Oui, cela fait longtemps que les belles promesses, elles, sont parties en fumée et que nos héros le paient quelquefois de leur vie à vouloir nous protéger.
Qu’on arrête surtout avec le réchauffement climatique…. Déjà, en 1870, Georges Sand évoquait la canicule et des températures de 45 degrés.
En 1911
Bon, l’an prochain a pareille époque, on devrait être débarrassés de macron : ce ne peut qu’être mieux …
Pas sûr qu’il ne trouve pas un petit boulot pépère d’où il pourra continuer à détruire
Pas si sûr quand on voit la versatilité des moutons français
Vous êtes bien optimiste!….