« Franchement, ce papier du Figaro est complètement con ». Ainsi réagissait sur Laurence Parisot, ancienne patronne du MEDEF, il y a quelques jours à un papier d’Eugénie Bastié intitulé « Viols en pleine rue à Paris : où sont les féministes ? »

 

Depuis que j’ai fait mon entrée à l’école maternelle, il m’a toujours semblé que les filles avaient, côté vocabulaire, une supériorité (reconnue, d’ailleurs, par les institutrices) : un champ lexical plus fourni, plus subtil, moins grossier. 

Il était d’usage d’ailleurs pour les hommes, jadis, quand ils avaient un peu d’éducation, de préserver les oreilles féminines de leurs vannes graveleuses de corps de troupe, conscients sans doute de leur médiocrité affligeante. 

Il faut croire qu’une des conquêtes du féminisme a été la vulgarité, et son corollaire le jugement à l’emporte pièce dans lequel l’insulte tient lieu d’argumentaire.

Car ce papier du Figaro n’est pas con, bien sûr, mais vrai. Tragiquement vrai. Comme l’écrit Eugénie Bastié, « la situation d’insécurité dans le nord-est parisien est révélatrice de la gêne qui s’empare du féminisme de gauche quand les coupables n’appartiennent pas au camp des dominants ». Ces images terribles de viol en pleine rue n’ont pas « suscité tout l’indignation qu’elles méritent de la part des milieux féministes » car les bourreaux ne rentrent pas dans la bonne grille de lecture idéologique. Tant pis pour les victimes. 

De la même façon, quelle féministe s’est émue du viol sous menace d’un couteau d’une retraitée de 69 ans, dans la nuit du 20 au 21 mai dernier à Palaiseau (Essonne), dans son pavillon, par deux Algériens en situation irrégulière, arrivés il y a dix mois par l’Espagne ? Aucune mention par exemple, sur le compte Twitter « L’Essonne avec Clémentine Autain », si sensible pourtant, habituellement, à ces drames.  

Seul le viol en col blanc, les avances libidineuses de boomers dans les couloirs du pouvoir, parce que tout cela rentre dans leur prisme de dénonciation du patriarcat, intéressent le féminisme de gauche… qui fait mine d’oublier que ces dragueurs compulsifs impénitents sont peu ou prou tous, par leur génération, 68ards. 

Le reste, notamment le risque, assez prévisible, que fait courir aux femmes l’arrivée massive sur notre sol d’une population allochtone masculine esseulée, déracinée, portant culturellement un autre regard sur la femme, arrivant parfois d’un pays, d’une région, où une Occidentale n’a pas le droit de se promener seule et sans voile, doit rester l’impensé, la zone grise, l’angle mort du féminisme sélectif. L’évoquer, c’est “con”. Forcément. Un tabou, c’est fait pour ne pas en parler. 

31 mai 2021

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