Editoriaux - Politique - 3 novembre 2019

Sondages : Macron et Le Pen tous les deux à 29 % en 2022. Vous y croyez ?

Le sondage Elabe pour BFM sur la prochaine présidentielle a quelque chose de désespérant : à la moitié du mandat d’Emmanuel Macron, il nous annonce le remake de l’élection de 2017 avec le même face-à-face de second tour – Macron-Le Pen. En effet, les deux sont donnés dans une fourchette très haute, entre 27 et 29 % des voix. Derrière eux, très loin derrière, le troisième homme serait Jean-Luc Mélenchon, à 12-13 %, puis Yannick Jadot, à 6-7 %. Un autre sondage IFOP, pour le JDD paru ce dimanche, donne quasiment les mêmes chiffres et le même ordre. Pourquoi désespérant ? Parce que cette situation est celle dont rêvent Emmanuel Macron et tous ses soutiens, dans les médias, car elle lui assurerait une réélection automatique.

Évidemment, on redira qu’un sondage n’est qu’une photographie à un instant t, et que cette photographie – désespérante, elle aussi – ne dit en fait qu’une chose : l’absence d’alternative crédible. À gauche comme à droite (entendez : la droite qui n’est ni Macron ni Le Pen). Même si la seconde est dans un état beaucoup plus inquiétant que la première : en effet, quel que soit le candidat LR testé – Xavier Bertrand, Valérie Pécresse ou François Baroin –, aucun ne dépasserait les 10 % ! Eux qui imputaient à la ligne conservatrice et droitière de Wauquiez incarnée par Bellamy le score humiliant de 8 % aux dernières européennes devront, à leur tour, assumer ce score à un chiffre. Remarquons que Nicolas Dupont-Aignan ferait un score d’outsider supérieur à celui de 2017 et devancerait même Valérie Pécresse. La crise des LR a encore de l’avenir.

Mais ce sont surtout les très hauts scores attribués à Macron et Marine Le Pen qui laissent sceptiques. Et pour tous les deux. Pour Marine Le Pen, l’expérience a montré qu’elle était capable d’atteindre 28 %… dans les sondages. C’était déjà le cas en 2017, et elle finit à 21 %… dans les urnes. Mais la performance sondagière d’Emmanuel Macron interroge tout autant : comment le même homme, dont l’impopularité, bien réelle, ne cesse de croître, notamment depuis cette année gilets jaunes, pourrait-il atteindre de tels sommets à un premier tour de présidentielle ? Certes, on en revient toujours à l’élection par défaut, à l’absence d’alternative à gauche comme à droite. Mais on a tout de même du mal à y croire.

Ces sondages seraient donc désespérants pour tous, sauf pour eux deux. Erreur : Emmanuel Macron comme Marine Le Pen devraient, au contraire, s’en inquiéter. D’abord, ils doivent se souvenir que les duels prévus deux ans avant l’élection n’ont jamais eu lieu : les mésaventures de MM. Barre, Balladur, Strauss-Kahn, Juppé ou Fillon nous le rappellent. Ensuite, cette situation peut se révéler anesthésiante si ces candidats – notamment Marine Le Pen – croient pouvoir se dispenser de travailler enfin sur leurs handicaps structurels : alliances, stratégie, crédibilité.

Mais finalement, celui qui a le plus à perdre de cette situation de favori, c’est bien sûr Emmanuel Macron. D’abord, car il est le sortant. Ensuite, car toute candidature crédible à gauche comme à droite l’affaiblirait lui, et pas elle. D’ailleurs, il s’effrite dès que le candidat LR monte un peu, comme le montre le dernier sondage IFOP. Et, plus inquiétant pour lui encore, au second tour (55/45), il perd deux points quand Marine Le Pen en gagne deux… Ce qui fait entrer l’élection dans la zone de tous les possibles.

À deux ans et demi de l’échéance, la stratégie du face-à-face exclusif avec Marine Le Pen pourrait se révéler un piège pour Emmanuel Macron. Après Benalla, Goulard et quelques autres, ce ne serait pas la première fois qu’il commet une grosse erreur de casting.

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