La SNCF est un mal français. Un mal nécessaire que s’infligent quotidiennement plusieurs milliers d’usagers. Pourtant, la SNCF faisait naguère partie, à l’instar de la poste, des administrations que entier nous enviait, à en croire Jean Gabin dans Le cave se rebiffe.

Oui, mais voilà, cette SNCF-là, que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, c’est-à-dire celle d’une époque où les trains partaient et arrivaient à l’heure, où les tarifs étaient à peu près uniformisés et homogènes et qui couvrait à peu près équitablement le territoire, cette SNCF-là est décidément révolue.

Depuis vingt-cinq ans que les dirigeants politiques essayent de la démembrer (entre infrastructures ferroviaires, opérateurs commerciaux et cheminots) pour l’araser au niveau des standards européens, il y a bien un qui finira par avoir sa peau. L’actuel, dirigé par Édouard Philippe sous l’empire jupitérien d’Emmanuel Macron, semble peut-être finalement en voie de réussir là où ses prédécesseurs se sont lamentablement brisés la mâchoire, après avoir mordu la poussière des grèves à répétition.

Des grèves, on en annonce et qui promettent de durer. Le bras de fer s’engage, d’ores et déjà entre les syndicats de cheminots et l’État. Au milieu croule l’usager qui n’en peut mais et devra se maîtriser pour ne pas sauter à la gorge du premier contrôleur venu qui aurait le mauvais goût de venir « trouilloter » les billets des voyageurs mécontents.

Il n’empêche. Le transport ferroviaire hexagonal est en crise, soit, étymologiquement, à la croisée des chemins. La puissance publique n’y est pas pour rien et l’entreprise publique n’est pas, non plus, exempte de responsabilités. Le rapport de l’ancien patron d’Air France, Jean-Cyril Spinetta, sur "l’avenir du transport ferroviaire" remis au Premier ministre le 15 février dernier n’y va pas par quatre chemins : abrogation du statut des cheminots, suppression des « petites » lignes non rentables ou trop peu fréquentées, ouverture à la concurrence ; bref, une véritable révolution copernicienne.

Si le volet des retraites des cheminots ne sera pas ouvert par le gouvernement, il reste, malgré tout, les autres chapitres non moins explosifs. Etait-il, toutefois, nécessaire, hic et nunc, de toucher au sacro-saint « statut », quand l’enjeu de la réforme envisagée est exclusivement économique et financier ?

La vérité est que, face à une hypothèque annuelle de dix milliards d’euros sur le budget de l’État, le se retrouve aujourd’hui dos au mur et doit acquitter la note plutôt salée d’une impolitique structurelle et ancienne en la matière. En résumé, le réseau existant a été sacrifié depuis la fin des années 1970 (sous-investissement, entretien et renouvellement insuffisants des matériels et infrastructures), tandis que la puissance publique se lançait à deniers perdus dans la construction de lignes nouvelles, notamment à grande vitesse.

Le rapport Spinetta estime même qu’"il faudra plus de dix ans d’efforts de rénovation pour remplacer l’ensemble des composants hors d’âge dans la partie la plus circulée du réseau".

Il y a donc le feu à la maison SNCF. Pour sauver ce soldat déraillant, le propose donc d’assouplir le statut juridique de l’entreprise (composé de trois établissements : SNCF – clientèle –, SNCF Réseau – rails – et SNCF Mobilités – trains) en un groupe intégré sous la forme d’une société nationale à capitaux publics. D’où la fin du fameux statut, incompatible avec la nature juridique de droit privé de la future société.

On devine ce qu’il en adviendra, puisque la société s’ouvrira peu à peu et immanquablement aux capitaux privés. Cette réforme amorce donc la déshérence programmée de l’État dans le transport ferroviaire. Dans le même temps, si le Premier ministre a décidé de laisser aux euro-régions le soin de gérer lesdites petites lignes, le scénario qui s’annonce est d’une limpidité cristalline : celles-là vont devoir, dans un premier temps, augmenter les redevances – avec répercussion sur les usagers – pour, dans une ultime épectase, aboutir à la fermeture pure et simple de celles-ci, décidément trop déficitaires.

La réforme Spinetta-Philippe Macron, ou comment abattre l’un des derniers grands services publics français…

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16 mars 2018

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