Le président turc Erdoğan sermonne . Il n’a pas apprécié ses déclarations sur le « séparatisme islamiste » et l’accuse de « dépasser les bornes ». Mais il n’a rien à craindre de son homologue français, qui change d’avis comme de chemise, au gré de ses intérêts.

Ce donneur de leçons le gronde comme un enfant qui fait des bêtises et ne mâche pas ses mots : « Les déclarations de Macron selon lesquelles l’islam est en crise sont une provocation claire, qui dépasse le simple manque de respect », a-t-il souligné, ajoutant : « Qui est-il pour parler de structurer l’islam ? » Et de le traiter de « gouverneur colonial », de lui conseiller de « faire plus attention lorsqu’il parle des sujets qu’il ignore », souhaitant « le voir agir comme un homme d’État responsable ». Il est clair que la dureté de ses propos traduit sa conception d’un islam impérialiste et la volonté de réunir le maximum de musulmans autour de lui.

On peut donc penser qu’Erdoğan comme Macron jouent un personnage pour des raisons politiques. Car le premier n’a rien à craindre du second, plus ferme en paroles qu’en actes. N’a-t-on pas appris, mardi, que le projet de loi contre le séparatisme, qui doit être examiné en Conseil des ministres le 9 décembre, devrait changer de nom pour s’appeler « projet de loi renforçant la laïcité et les principes républicains » ? C’est ce qu’a annoncé Gérald Darmanin, souvent grande gueule, lui aussi, sur les ondes de Radio Classique, avec des arguments qui laisseraient pantois si l’on n’était habitué à ses pantalonnades.

Le ministre de l’Intérieur a, en effet, expliqué que « l’idée était bien de lutter contre le séparatisme principal qu’est l’islam radical », mais que « ce n’est pas le seul objet du texte qui s’adresse à tous les cultes, contre tous les mouvements sectaires, impose la neutralité politique et religieuse ». Car, c’est bien connu, les catholiques et les juifs peuvent être aussi dangereux pour la République que les adeptes d’un islam radical ! Nouvelle preuve de la lâcheté de nos dirigeants, qui n’osent pas nommer les choses pour paraître impartiaux.

À part le Rassemblement national, la droite souverainiste et une partie des Républicains, la classe politique ne s’offusque guère de cette tiédeur. Qui ne voit, pourtant, que la posture de Macron n’a pour objectif que d’attirer l’électorat de droite en vue de la présidentielle, sans se couper de la gauche qui a contribué à son élection ? Le président de la République n’en est pas à une contradiction près : « Le problème n’est pas la laïcité », déclarait-il dans son discours du 2 octobre, « le problème, c’est le séparatisme islamiste ». Avant de se dédire, contraignant son ministre de l’Intérieur, généralement plus royaliste que le roi en matière d’islamisme, à manger son chapeau.

Le président Erdoğan peut dormir sur ses deux oreilles, poursuivre ses remontrances et sa politique impérialiste. Les partisans de Macron, le petit doigt sur la couture du pantalon, ne monteront pas au créneau pour dénoncer le séparatisme islamiste, le communautarisme et le laxisme migratoire, sinon pour séduire une partie de la droite. Il est probable que des Républicains, à l’instar de Christian Estrosi, soutiendront la candidature de Macron dès le premier tour. Le reste suivra au second tour, à l’exception de quelques personnalités lucides.

Il faut condamner les propos et la politique d’Erdoğan, mais il faut aussi condamner l’électoralisme de Macron. Faute de quoi, il ne restera plus, pour se consoler, qu’à méditer ce mot de Joseph de Maistre : « Toute nation a le gouvernement qu’elle mérite. »

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